Et maintenant, on fait comment?

Le 19 décembre dernier, des centaines de personnes se sont rassemblées dans le centre-ville de Montréal en opposition à la troisième dose de vaccin et  aux mesures  sanitaires.
Valérian Mazataud Le Devoir Le 19 décembre dernier, des centaines de personnes se sont rassemblées dans le centre-ville de Montréal en opposition à la troisième dose de vaccin et aux mesures sanitaires.

Bon, alors, on fait comment, maintenant ? Je ne suis pas virologue ou scientifique, ni spécialiste de rien. Et non, je ne fais pas mes recherches en parcourant des sites Web « alternatifs », pas plus que je ne me fie à la Bible ou à l’Univers cinématographique Marvel pour essayer d’analyser et de comprendre le monde qui m’entoure.

Je suis ici comme un simple citoyen inquiet qui essaie le plus possible de se fier aux faits vérifiables, relayés en général par des organes de presse qui emploient encore des journalistes rigoureux, quoi qu’en pensent les médiasceptiques. Ça me semble être encore, pour moi, la meilleure manière d’aborder cette crise pour essayer de se situer collectivement par rapport à la menace virale.

De toute façon, ce n’est pas mon intention de relancer le débat stérile science versus croyances ou celui opposant les relais médiatiques traditionnels aux « webinews » de sous-sol. Je dis ça, c’est pour expliquer ma posture sociale en crise avant de me questionner un peu sur la suite des choses.

Cela étant posé, ce que je comprends de cette pandémie, c’est qu’on n’aura pas le dessus tant que 90 % de la planète ne sera pas vaccinée. Et trois fois plutôt qu’une, apparemment. Je m’en voudrais d’être pessimiste, mais, à vue de nez, ça me semble simplement impraticable pour le moment, et pour des tas de raisons, allant de la vaccination équitable dans les pays pauvres aux nombreux résistants à la vaccination.

La somme de ces raisons fait en sorte que nous allons beaucoup trop lentement sur le terrain face au virus et à ses mutations. On est confrontés à notre unique prédateur et il nous lamine à plates coutures sur le plan de la vitesse. Là, Omicron débarque et on serre la vis encore, mais j’ai confusément l’impression qu’on ne pourra pas tout fermer et se cacher en dessous du tapis chaque fois qu’un nouveau variant fera son apparition.

Tissu social

Les conséquences de ces mouvements de « stop and go » vont finir par égrener le tissu social jusqu’au point de non-retour. On sent déjà que, cette fois, ça passe mal même chez ceux qui suivent les consignes depuis le début. Des gens doublement vaccinés doutent. Des jeunes, beaucoup. On commence à se demander « quossé qu’ça donne de se faire vacciner si c’est pour continuer à se faire chier de même ».

Même si on sait que les premières doses réduisent considérablement la force des symptômes et des hospitalisations, je peux cependant comprendre l’éclosion de ce raccourci scientifique généré par la frustration de devoir se plier de nouveau aux contraintes sanitaires. J’ai moi-même eu cette réaction pendant 24 heures avant de reprendre mes sens.

À la lumière de l’évolution pandémique, je me demande si on ne devrait pas adopter une nouvelle approche face au virus. Je commence à penser qu’au lieu d’être sur le mode réaction, improvisation et frustration, il serait temps de se demander comment on peut prendre les devants afin de cohabiter stratégiquement avec la COVID-19, qui sera parmi nous pour un bout de temps, je le crains.

Je lance ça comme ça. C’est facile à dire et j’aimerais arriver avec un chapelet de solutions, mais je n’en ai aucune. À part quelques idées de scénariste qui fonctionnent dans un film, mais pour lesquelles je doute qu’il y ait des applications réalistes. Pour le moment, je ne fais que me questionner publiquement en espérant que des gens qui ont comme compétences de trouver ce genre de solutions puissent se mettre à réfléchir à la suite.

Antivax

Et, puisqu’on parle de cohabitation, on fait quoi avec les antivax ? Dans ma gang, l’exaspération envers les « résistants » a monté d’une couple de degrés sur l’échelle socio-sismique. Leurs discours agressifs et décalés de la réalité commencent à sérieusement nous chauffer les oreilles et il m’apparaît de plus en plus évident que la fracture est nette entre « eux » et « nous ».

Pour eux, nous sommes les « moutons », les « traîtres », les bornés. Pour moi et ma gang, au mieux, ce sont des enfants égoïstes et mal élevés qui vivent dans un monde où les animaux parlent. Au pire, ce sont des paranos en plein délire qui sont prêts à prendre les armes pour sauver leur sacro-sainte libarté.

Oui, il y a aussi une bonne partie des antivax qui, sans nier l’existence du virus, sont sincèrement inquiets de l’imposition du vaccin sans qu’on ait effectué les protocoles de recherche normalement requis. Des gens qui aimeraient qu’on se questionne plus avant afin de débattre le sujet sans tomber dans les crises, les invectives ou le délire. Je comprends tout à fait leurs inquiétudes et je respecte leur position. Ce billet ne s’adresse pas à eux.

Alors, que faire avec les antivax radicaux ? Pour le moment, je crois que nous devrions simplement les sortir de l’équation. Ils font de plus en plus partie du problème et ça ne sert plus à rien de considérer leurs « opinions » et leurs « vérités alternatives ». On connaît leur disque rayé. Nous faisons clairement partie de clans qui n’évoluent plus sur le même plan astral.

Comment pourrais-je avoir une discussion avec quelqu’un qui me hurle à la gueule en couinant que tout ça n’est qu’une invention du Nouvel Ordre mondial dans le but d’instaurer des dictatures, et que sais-je encore ? Nier l’existence du virus, c’est comme si quelqu’un essayait de me convaincre que la Terre est plate. Fin des programmes. Y’a plus rien à discuter en partant. Adios.

Comment cohabiter avec des gens qui ne vivent plus dans le même espace-temps que nous ? On ne le peut pas. Je crois donc que la meilleure chose à faire pour l’instant est, comme l’a fait François Legault il y a quelques jours, de leur demander le plus poliment possible de rester chez eux, le nez dans leurs recherches, afin de ne pas encombrer les hôpitaux.

On vous demande juste ça. Comme les profs le disaient aux cancres à une époque où j’étais moi-même un jeune cancre dynamique : « Allez au fond de la classe, occupez-vous à ce que vous voulez, mais ne dérangez plus ceux et celles qui travaillent à nous sortir de la merde. »

Ça fait que c’est ça. On sait que vous existez. On ne veut juste plus vous entendre. On vous laisse mijoter vos théories du complot dans vos cuisines. Vivez avec vos choix et bonne chance pour la suite. Pour les autres, encore intéressés par le « vivre ensemble », je repose la question du début : « Bon, alors, on fait comment, maintenant ? » On essaie de s’adapter.

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