Retour en arrière au Moyen-Orient

«Macron a expliqué que ses entretiens avec ben Salmane se justifiaient, car l’Arabie saoudite était un acteur incontournable», écrit l'auteur.
Photo: Bandar AL-Jaloud/Saudi Royal Palace/AFP «Macron a expliqué que ses entretiens avec ben Salmane se justifiaient, car l’Arabie saoudite était un acteur incontournable», écrit l'auteur.

La visite éclair que vient de réaliser le président français, Emmanuel Macron, dans quelques pays du Golfe confirme que rien n’a vraiment changé dans les relations des pays occidentaux avec les régimes autoritaires au Moyen-Orient.

Lors de sa récente tournée, Macron a d’abord fait escale aux Émirats arabes unis pour y signer un contrat de vente de 80 avions de chasse Rafale et d’hélicoptères militaires, le tout d’une valeur d’une vingtaine de milliards de dollars.

Ces ventes d’armes et leurs retombées économiques arrivent à point, à l’aube d’élections présidentielles françaises, prévues en avril 2022.

Macron s’est rendu ensuite à Doha, au Qatar, pour remercier l’émir d’avoir facilité le départ d’Afghans qui avaient travaillé pour les Français avant le retour des talibans à Kaboul.

Plus controversée fut sa rencontre avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, soupçonné d’être derrière l’assassinat crapuleux en 2018 de l’opposant Jamal Khashoggi, sans oublier la catastrophe sur le plan humain au Yémen.

À Riyad, le président français aurait essayé de le convaincre de contribuer à une solution au chaos libanais.

Macron a expliqué que ses entretiens avec ben Salmane se justifiaient, car l’Arabie saoudite était un acteur incontournable. Et que tous les sujets avaient été abordés, dont ceux qui ne plaisaient pas à son hôte.

Là aussi, des contrats ont été conclus avec des entreprises françaises.

Avec cette rapide tournée, Paris essaye probablement de profiter de la perte d’influence américaine et britannique dans le Golfe, jadis leur pré carré commercial et stratégique. Il vise peut-être aussi à compenser celle que Paris n’a plus au Maghreb.

Ces pays où il a fait escale n’ont rien à perdre à raffermir des relations avec d’autres acteurs comme la France.

Rappelons-nous que lors du Printemps arabe, en 2011, certains dirigeants occidentaux avaient déclaré que l’appui traditionnel que leurs pays accordaient aux dictatures pour maintenir la stabilité dans cette région n’était plus de mise. La répression et la pauvreté avaient contribué à faire descendre les populations dans la rue. Il fallait changer d’approche.

Washington, Paris, Londres et même Ottawa croyaient voir poindre une éclaircie démocratique et l’ont même encouragée avec plus ou moins d’énergie.

Période révolue

Cette période semble donc révolue. Le président al-Sissi, au Caire, Bachar al-Assad, à Damas, et les monarchies pétrolières apparaissent bien en selle. Même la Tunisie, seule rescapée de ce mouvement de liberté, traverse une période de questionnement quant à son avenir politique.

L’an dernier, lors d’un passage à Paris, Macron avait même discrètement décoré le président égyptien al-Sissi de la grand-croix de la Légion d’honneur, alors que le bilan du raïs en matière de droits de la personne était très peu reluisant, et c’est un euphémisme.

C’est vrai que l’Égypte est un gros client du secteur de l’armement français.

À l’instar d’autres nations, la France a conclu, avec raison, que les pressions exercées pour le respect des droits de la personne, sinon une amorce de démocratisation, n’auront pas donné grand-chose au Moyen-Orient.

Les régimes autoritaires ont repris confiance. Ils peuvent faire ce qui leur plaît, sans beaucoup de conséquences. Certains pays comme le Canada auront beau « tweeter » leurs préoccupations, pour se donner bonne conscience, cela n’a que peu d’effet.

Dans ce contexte, c’est la course aux contrats qui a repris, sans arrière-pensées. Les Français veulent leur part du gâteau. Si ce n’est pas nous, ce seront des compétiteurs, se disent-ils.

La realpolitik et la manne économique sont de retour. Les belles résolutions de changement n’auront pas duré longtemps. La page est tournée. Du moins côté français.

Et ce sont les populations locales qui en paieront le prix, car cette légitimation que reçoivent les potentats assoit leur autorité et les encourage à continuer dans la répression et la corruption. En toute impunité.

Triste réalité à la veille du prochain sommet sur la démocratie de Biden. On entendra sûrement de beaux discours. On va bien rigoler à Pékin et à Moscou !

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