Bang bang, t’es mort…

Fleurs et peluches ont été déposées dans l’arrondissement de Villeray afin de rendre hommage à Thomas Trudel, un adolescent de 16 ans qui a perdu la vie.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Fleurs et peluches ont été déposées dans l’arrondissement de Villeray afin de rendre hommage à Thomas Trudel, un adolescent de 16 ans qui a perdu la vie.

Le « scoring », qu’ils appellent ça. Un à zéro. Trois à deux. Cinq à quatre. C’est comme au hockey ou au baseball, on marque des points ou on en perd, à la différence qu’ici, ce sont des vies humaines qui seraient en cause, celle de Thomas Trudel, plus particulièrement.

Si l’hypothèse du scoring devait se confirmer, à savoir que la vie du jeune homme s’était brutalement arrêtée afin de permettre à une personne de marquer un point à ce jeu sordide, où le simple fait de fréquenter une école ou un parc te place dans une équipe ou une autre, c’est au plus cinglant constat idéologique qu’il faudrait conclure, celui du nihilisme.

Comprenons-nous bien. Tout indique que les jeunes d’aujourd’hui sont comme ceux d’autrefois, empreints de vitalité et d’un désir de réviser et de changer des façons de faire et les mentalités de leurs parents. Rien de bien nouveau sous le soleil, direz-vous. Comme les générations qui ont précédé, cette jeunesse contestatrice, révolutionnaire, doit être écoutée, appuyée. Elle constitue notre avenir à tous.

Comme chacun le sait, on a tué, depuis des décennies, pour se débarrasser des rivaux qui appartiennent à la bande criminelle rivale. Si malheureuses soient-elles, ces tueries font et feront partie de la réalité des grandes villes dans lesquels des trafiquants se disputent des territoires et des parts de marché. Inexcusables, les meurtres s’expliquent aisément. Gagez que l’on boira encore bien longtemps nos tasses de café matinales en parcourant, sans émoi, de grands titres où figurent des assassinats reliés, entre autres, au trafic de stupéfiants.

L’hypothèse du scoring qui pourrait expliquer le meurtre de Thomas Trudel nous entraîne par ailleurs dans un tout autre monde. C’est ce que signifie « être civilisé » qui est en cause. Si l’on peut tuer pour un oui ou pour un non, que la vie elle-même est désormais réductible, pour certains, à la valeur des pixels sur lesquels les échanges s’enflamment sur les réseaux sociaux, il faut sonner l’alarme. Nous évoluerions en compagnie d’une frange de la jeunesse qui aurait perdu tout contact avec la société qui l’a vu naître.

Ce n’est pas que le parc ou l’école que l’on fréquente qui revêtent tout à coup un caractère terrifiant, mais l’idéologie relativiste à laquelle on associe le nihilisme, à savoir que la vie d’une personne et les valeurs les plus élémentaires sur lesquelles se fonde notre société seraient avilies au point où plus rien ne saurait véritablement tenir. Nous serions alors, pour certains, devant une telle dégradation des structures qui fondent les différences entre le bien et le mal que la distinction qui se trace, par exemple, entre la réalité et la fiction s’effacerait complètement.

Est-ce la violence gratuite et les meurtres aléatoires que l’on pourrait associer à la culture prévalente dans certains univers virtuels qui colmate avec la vie de quartier de Montréal ? L’apparente gratuité du geste prépare la voie aux questions les plus troublantes.

Chose certaine, combattre le nihilisme ne se fera pas par la répression policière, mais par une reconfiguration complète des rapports qui s’exercent entre les générations.

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