Les municipalités doivent assumer le leadership pour la crise climatique

«En général, les municipalités connaissent déjà très bien les impacts environnementaux associés à leurs pratiques de développement et au mode de vie de leurs populations, ainsi que les menaces qui planent sur ces dernières, sur les écosystèmes et sur les infrastructures», écrit l’autrice du texte. Sur la photo: Sainte-Marthe-sur-le-Lac, qui a connu d’importantes inondations en 2019, après la rupture d’une digue.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «En général, les municipalités connaissent déjà très bien les impacts environnementaux associés à leurs pratiques de développement et au mode de vie de leurs populations, ainsi que les menaces qui planent sur ces dernières, sur les écosystèmes et sur les infrastructures», écrit l’autrice du texte. Sur la photo: Sainte-Marthe-sur-le-Lac, qui a connu d’importantes inondations en 2019, après la rupture d’une digue.

Une coïncidence voulait que la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP 26), considérée par plusieurs comme la rencontre de la dernière chance, se déroule la même semaine que les élections municipales québécoises. Si les politiques actuelles devaient se maintenir, les projections pointent vers une augmentation globale des températures de l’ordre de 2,7 à 3,1 °C à l’horizon de 2100. Un tel scénario risque de déclencher une réaction en chaîne dans les systèmes naturels, dont les conséquences, dramatiques, deviendraient hautement imprévisibles. À cet égard, les municipalités et les communautés locales sont aux premières loges, à la fois en ce qui a trait à la lutte aux changements climatiques et à la course contre la montre pour l’adaptation aux conséquences qui découlent de cette crise.

Nous devons dès maintenant réduire nos émissions de GES et accroître concurremment la résilience de nos systèmes bâtis, écologiques et sociaux. Ces aspects sont interreliés ; ainsi, rénover notre parc immobilier permet-il de réduire la demande d’électricité dont nous avons besoin pour électrifier les transports et les bâtiments ? Repenser l’affectation des sols et les densités résidentielles, permet-il de réduire l’utilisation de l’automobile et de protéger les terres agricoles et les écosystèmes ?

L’urgence de la situation appelle des mesures exceptionnelles. Les processus usuels de développement qui engagent les secteurs public, privé et communautaire, isolément ou de concert, sont trop lents et manquent cruellement de cohérence.

Dans le contexte scolaire qui est le nôtre, fut fondé à l’Université Concordia l’Institut sur les villes nouvelle génération ; qui nous fournit un cadre permettant de présenter les problèmes et d’articuler des réponses hors des modes usuels de fonctionnement universitaire. L’Institut entend faciliter la collaboration entre chercheurs et pédagogues d’horizons les plus divers en vue de développer des approches intégrées et transdisciplinaires. Au cœur de notre démarche, se trouve notamment le désir de collaborer, à toutes les étapes, avec les communautés locales et les parties prenantes, qui sont les premiers “clients”, utilisateurs ou bénéficiaires des fruits de nos efforts. Cette approche novatrice vise une plus grande efficacité et une rapidité d’action pour développer et déployer des connaissances, des technologies et des pratiques qui répondent à l’urgence climatique dans un souci d’équité inter et intragénérationnelle et d’inclusion sociale.

La nature des problèmes et l’urgence d’y faire face collectivement appellent de telles approches transversales et concertées. Même les meilleures technologies ou politiques publiques, sur papier, peuvent s’avérer inutiles si elles n’atteignent pas leurs destinataires. II est inutile par exemple de construire à grands frais des habitations neutres en émission de carbone si leurs habitants dépendent de l’automobile pour leurs déplacements, ou de déployer des réseaux de transport collectif sans contrer l’étalement urbain. Il faut viser à maximiser le « retour sur nos investissements » publics, privés et communautaires en fonction de critères environnementaux, sociaux et économiques et culturels.

La mobilisation collective n’est possible que si un principe d’équité prévaut à l’égard des efforts à consentir et des retombées positives anticipées. Le Québec a une longue tradition de mobilisation collective et de concertation aux échelles locale, régionale et nationale. Cette pratique se déploie depuis des tables de concertation de quartier et des tables sectorielles, jusqu’à la conduite d’états généraux.

Nous appelons les futurs élus municipaux à exercer leur leadership dès la fin des élections et à se servir de ce modèle qu’ils connaissent bien afin de mobiliser leur communauté pour la lutte et l’adaptation aux changements climatiques. En général, les municipalités connaissent déjà très bien les impacts environnementaux associés à leurs pratiques de développement et au mode de vie de leurs populations, ainsi que les menaces qui planent sur ces dernières, sur les écosystèmes et sur les infrastructures. Mais là comme ailleurs, on y avance en ordre dispersé et beaucoup trop lentement. Nous encourageons donc les municipalités et les communautés locales à établir des tables locales de lutte contre les changements climatiques afin de définir les enjeux locaux et de fédérer les efforts des citoyens et organisations de bonne volonté pour définir les priorités et un plan d’action. Les gouvernements devraient faciliter ces exercices en y consacrant des ressources conséquentes et en favorisant la diffusion et le transfert des connaissances et des savoir-faire avec les institutions d’enseignement et de recherche.

Il nous tarde de partager nos expertises et de mobiliser nos étudiants et étudiantes dans le cadre d’activités de recherche et d’enseignement pour faire œuvre citoyenne. Nous encourageons fortement les communautés locales à se tourner vers les ressources disponibles dans les réseaux des cégeps et des universités. Nous ne doutons pas que nos pairs et leurs étudiants partagent notre volonté d’agir.

*Texte cosigné avec Carmela Cucuzzella, Pierre Gauthier, Govind Gopakumar, Me-ghan Joy, Janis Timm-Bottos, Chun Wang et Erkan Yonder, chercheuses et chercheurs de l’Institut sur les villes nouvelle génération de l’Université Concordia

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