Ados et millénariaux, je vous souhaite votre Michel Nadeau

«Je souhaite à chaque ado et à chaque millénarial de compter sur un ou plusieurs Michel Nadeau», écrit l'auteur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Je souhaite à chaque ado et à chaque millénarial de compter sur un ou plusieurs Michel Nadeau», écrit l'auteur.

Il y a une semaine, le Québec perdait un grand homme, Michel Nadeau.

C’est le 11 septembre 2005, lors du lancement de l’IGOPP (Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques), que j’ai rencontré pour la première fois monsieur Nadeau. Devant les médias, de nombreuses grandes pointures étaient présentes : Yvan Allaire (l’un des plus grands stratèges de l’histoire du Québec), Stephen Jarislowsky (philanthrope milliardaire qui a financé l’IGOPP), Jean-Marie Toulouse (directeur de HEC), Claude Lajeunesse (recteur de Concordia) et Michel Nadeau, nouveau d.g. de l’IGOPP. Monsieur Nadeau témoigna de l’importance pour le Québec de compter sur une gouvernance forte pour ses organisations et de compter sur 15 000 administrateurs de talent pour les guider.

À la fin de la conférence, du haut de l’arrogance de mes 32 ans, j’allais voir Michel Nadeau en le félicitant, mais en ajoutant au passage qu’il n’y avait pas 15 000 administrateurs au Québec, mais plus de 100 000 ! Il me regarda avec son sourire intéressé et me demanda sur quoi je me basais. Je lui répondis : il y a 3000 écoles comptant en moyenne 10 parents administrateurs, 1100 villes comptant en moyenne 7-9 élus, 400 établissements de santé comptant au moins 15 administrateurs, 5000 OBNL comptant au moins 6-7 administrateurs, etc. Il m’interrompit et avec un clin d’œil ainsi qu’une tape sur l’épaule, il m’invita à le rencontrer la semaine suivante. Une relation de 15 ans suivra…

Un mentor et un ami

J’ai obtenu mon premier mandat à l’IGOPP. Il me demanda de faire la cartographie de tous les administrateurs du Québec dans tous les domaines. Lors des six années qui suivront, j’ai travaillé à raison de trois jours par semaine auprès de l’IGOPP, côtoyant monsieur Nadeau, réalisant des centaines de mandats et de formations avec lui. Il m’a démontré à maintes reprises son amour envers les Québécois par ses actions et ses multiples anecdotes desquelles j’ai tant appris.

Je me permets de partager l’une d’entre elles, celle de l’achat de Provigo par Loblaws en 1998. Monsieur Nadeau, alors à la Caisse de dépôt, pilotait ce dossier. Après des négociations ardues, l’heure butoir de minuit arrivait à grands pas. À minuit moins dix, les parties s’entendirent enfin sur le prix. Alors que l’acquéreur s’apprêtait à sabler le champagne, monsieur Nadeau sortit un lapin de son chapeau et interpella l’acquéreur en lui disant qu’il restait toujours la « clause Québec » à signer… Malgré la furie de l’acquéreur, monsieur Nadeau arriva à ajouter à la transaction que Loblaws assume l’obligation d’acheter un minimum de 50 % de produits en provenance de fournisseurs québécois pour une période de sept ans.

Pour un jeune homme comme moi, côtoyer monsieur Nadeau et ses expériences fut un apprentissage incroyable. Il était gentil et humain, mais aussi exigeant. Par la suite, il est devenu mon ami. Entre 2011 et 2020, nous déjeunions ensemble plusieurs fois par année, nous avons assisté ensemble à de nombreux galas, nous avons fondé le Musée de la femme avec sa conjointe Lydie, etc. Il me prodiguait régulièrement des conseils d’affaires, politiques et humains.

Un jour, lorsque j’ai eu un conflit important avec un associé, il a déposé ses deux mains sur mes épaules, m’a regardé droit dans les yeux avec ses yeux brillants et m’a dit : Donald, cela ne te sert à rien de te battre avec lui, il a plus d’argent que toi et va te rendre la vie infernale. C’est un requin. Tu as ton épouse, tes enfants, et tu es encore jeune, tourne la page. Je l’ai écouté et fondé avec lui, mon père et quelques autres personnes l’Institut de la confiance dans les organisations (ICO). L’une des meilleures décisions de ma vie !

Encore dimanche il y a trois semaines, alors qu’il était aux soins palliatifs, il m’a accordé une trentaine de minutes de son temps précieux. Toujours positif, il ne s’est pas plaint de son sort ou de sa maladie, il en a profité pour me donner encore quelques conseils ! Quel grand homme ! […]

Je souhaite à chaque ado et à chaque millénarial de compter sur un ou plusieurs Michel Nadeau. Non seulement pour connaître du succès en affaires, mais pour s’épanouir culturellement, politiquement, socialement et personnellement. Ultimement, comme Michel Nadeau a su le faire, de contribuer à une meilleure société. […]

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