François Legault et l’étalement urbain

Les services publics associés à un quartier de type banlieue coûtent 2,4 fois plus que ceux associés à un quartier plus urbain, précise l'auteur.
Photo: Jonathan Taillefer Getty Images Les services publics associés à un quartier de type banlieue coûtent 2,4 fois plus que ceux associés à un quartier plus urbain, précise l'auteur.

Dans son récent discours du « trône » dit discours « inaugural », le premier ministre François Legault a annoncé la fin des opérations d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures. Il y voit une contribution significative du Québec à la lutte contre les changements climatiques. Cela mérite d’être souligné, mais aussi d’être relativisé compte tenu des échecs multiples de telles opérations au Québec.

Par contre, le premier ministre passe sous silence le fait que la production de gaz à effets de serre au Québec découle infiniment plus d’activités de consommation que de production d’énergie fossile. Et au centre de notre consommation de ce type d’énergie se trouvent notre utilisation croissante de véhicules motorisés toujours plus gros sur des distances toujours plus grandes, ainsi que notre amour croissant pour les maisons unifamiliales et la « campagne urbanisée ».

Un cul-de-sac

Un des premiers gestes posés par le gouvernement Legault a consisté à dézoner 160 hectares de terres agricoles dans la MRC de Montcalm comprenant, entre autres, Saint-Lin–Laurentides, Saint-Esprit et Saint-Roch-de-l’Achigan. La MRC de Montcalm correspond grosso modo au comté provincial de Rousseau, dont monsieur Legault a été le député de 1998 à 2009.

Les dézonages accordés dans cette région en 2019 avaient été refusés à sept reprises par la Commission de protection du territoire agricole. Le dernier Doc Humanité intitulé « Québec, terre d’asphalte » et la dernière émission Enquête illustrent parfaitement bien le cul-de-sac de l’étalement urbain au Québec.

L’exemple de Saint-Lin–Laurentides est des plus éloquents. Le signal envoyé par les dézonages de 2019 a lancé une course entre les promoteurs de toute espèce. Au cours des dernières années, la population de Saint-Lin–Laurentides a explosé sous l’administration du maire Patrick Massé. Résultat : l’alimentation en eau de cette municipalité est totalement insuffisante, tant pour ceux qui sont branchés sur l’aqueduc municipal que pour ceux qui ont un puits artésien, le système municipal étant alimenté par la même nappe phréatique que les puits individuels.

Questionné à ce sujet, le maire se fait rassurant. Corriger la situation nécessite des investissements que la population actuelle de sa ville ne saurait financer. Aussi convient-il d’augmenter encore plus cette population en dézonant encore plus de terres agricoles afin de répartir les coûts de l’alimentation en eau entre de plus nombreux contribuables. En somme, la solution aux problèmes causés par l’étalement urbain, c’est l’étalement urbain !

Pour le moment, tous ceux qui ont migré vers Saint-Lin–Laurentides en rêvant d’un paradis à la campagne déchantent. Leur propriété ne vaut plus rien ou presque (qui veut d’une maison en manque d’eau ?). Ils n’envisagent pas d’autre issue que de voir leur avis d’imposition municipal monter et monter toujours plus. Les promoteurs dont les projets domiciliaires sont en cours sont coincés. Et le maire Patrick Massé, sentant la soupe chaude, ne se représente pas. Il les a tous bernés…

Ce scénario est archiconnu. On l’enseigne dans tous les cours d’urbanisme depuis belle lurette et, pourtant, les gouvernements du Québec n’osent pas y mettre un terme. On temporise. On flatte notre électorat des banlieues. On se crée ainsi une base électorale qu’on ne peut décevoir. Et les problèmes ne font que s’accroître.

Une troisième couronne

Les services publics associés à un quartier de type banlieue coûtent 2,4 fois plus que ceux associés à un quartier plus urbain. Cela comprend les routes et les trottoirs, l’aqueduc, la gestion des déchets, des eaux usées et des eaux de pluie, les parcs, les services d’urgence (police et incendie), le transport collectif, le transport scolaire, ainsi que certains services et infrastructures publics en culture, en économie et sur le plan de la gouvernance.

Le 8 janvier 2019, soit avant les dézonages de la MRC de Montcalm, les maires de Varennes, de Repentigny, de Terrebonne et de Mascouche ont lancé publiquement un cri d’alarme et souligné qu’une troisième couronne était en formation hors de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). Cette dernière n’a aucune autorité sur cette troisième couronne, dont le gouvernement québécois actuel ne freine pas le développement.

Il pourrait tout au moins étendre le territoire de la CMM de façon à circonscrire cette troisième couronne. Mais on ne l’envisage même pas. Ces gens-là votent pour la CAQ. Il ne faut surtout pas se les mettre à dos.

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