Viser l’étalement zéro

Selon Vivre en Ville, l’étalement urbain, comme ici dans la banlieue de Québec et à limiter absolument, favorise notamment la dépendance à l’automobile, la perte de superficies agricoles, la dégradation, voire la disparition de milieux naturels.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Selon Vivre en Ville, l’étalement urbain, comme ici dans la banlieue de Québec et à limiter absolument, favorise notamment la dépendance à l’automobile, la perte de superficies agricoles, la dégradation, voire la disparition de milieux naturels.

Se pourrait-il que le monde d’avant soit bientôt derrière nous ? Je ne parle pas de la pandémie, mais des pratiques désuètes en matière de développement urbain au Québec. Au printemps prochain, le gouvernement adoptera une première Stratégie nationale d’urbanisme et d’aménagement des territoires, qui devra mener à une refonte en profondeur des lois, des programmes et des pratiques. Les attentes sont très élevées.

Récemment, Vivre en Ville a rendu public son mémoire sur la Stratégie nationale. Nous y mettons en avant la priorité absolue de sortir de l’ère de l’étalement suburbain pour entrer dans celle de la consolidation urbaine. Pour ce faire, deux actions sont essentielles : assumer le leadership de l’État en aménagement du territoire, et imposer un « Test territoire » aux décisions gouvernementales et municipales.

L’ère de la consolidation

Comme le reconnaît le document de consultation gouvernemental, « nos pratiques actuelles encouragent l’étalement urbain, soit le mode de développement le plus coûteux sur tous les plans : économique, environnemental et humain. Dépendance à l’automobile, perte de superficies agricoles, dégradation, voire disparition de milieux naturels et augmentation de la vulnérabilité sont autant d’effets collatéraux de nos façons d’occuper notre territoire ».

Il nous faut, désormais, viser l’étalement zéro. La Stratégie nationale doit mettre fin à l’ère de l’étalement urbain que l’on connaît au Québec depuis des décennies et nous permettre d’entrer, dès maintenant, dans l’ère de la consolidation des villes et villages. Il faut construire beaucoup de logements, aux bons endroits. Au-delà des mesures contraignantes, pour atteindre l’étalement zéro, il faudra en donner au milieu municipal les moyens, tant financiers que sur le plan de l’expertise technique.

Leadership de l’État

Pour tourner la page sur ce mode de développement insoutenable, l’État devra jouer un rôle assumé. La Stratégie nationale doit affirmer la légitimité de l’intervention gouvernementale et de la mise en place de règles communes. Son plan d’action devra intégrer des changements législatifs, des mesures budgétaires, des politiques qui confirment le rôle de leader, d’arbitre et de soutien de l’État.

La protection du territoire agricole et d’une future zone naturelle permanente, le développement d’écoquartiers partout au Québec, la résolution de la crise du logement, la revitalisation des centres-villes exigent un leadership gouvernemental pour agir de manière concertée.

Nombreuses sont les municipalités qui sont prêtes à embarquer dans cette transition nécessaire. Plusieurs en ont exprimé la volonté. Il faut donner les moyens aux plus innovantes d’agir dès maintenant. On s’attend à voir des actions transformatrices être mises en œuvre dès 2022.

Test territoire

Pour faire preuve d’exemplarité et assumer le leadership attendu, l’aménagement du territoire doit devenir une priorité.

Construire des écoles, des maisons pour aînés, des épiceries, des bureaux, c’est de l’aménagement. Dès qu’on investit dans des bâtiments ou des infrastructures, on marque et on transforme le territoire et les milieux de vie. Chacun des projets, des politiques et des programmes gouvernementaux devra être soumis à un « Test territoire ». Parfois, le projet ne passera pas le test, il faudra alors le revoir.

Les mots ont de l’importance. Pour affirmer la primauté de l’aménagement du territoire, il faut qu’il ait un ministère à son nom. Le ministère de l’Aménagement du territoire et du Soutien aux collectivités devra avoir, pour tout ce qui touche au territoire, un rôle prépondérant similaire à celui que joue le Conseil du trésor en matière de gestion des ressources.

Afin de s’assurer de l’atteinte des cibles nationales reliées à l’aménagement du territoire, de la lutte contre les changements climatiques à la santé en passant par la préservation du patrimoine naturel et culturel, la planification municipale en aménagement du territoire devra également intégrer une analyse prévisible de ses effets.

Il devra y avoir un « avant » et un « après » l’adoption de la Stratégie nationale. Désormais, mettons la qualité des milieux de vie, la protection du territoire québécois et l’urgence climatique au cœur de nos décisions d’aménagement.

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