Le Canada doit cesser d’armer l’Arabie saoudite

La majeure partie des exportations d’armes canadiennes vers l’Arabie saoudite consiste en des véhicules blindés légers fabriqués par General Dynamics Land Systems-Canada, rapportent les auteurs.
Photo: Fayez Nureldine Agence France-Presse La majeure partie des exportations d’armes canadiennes vers l’Arabie saoudite consiste en des véhicules blindés légers fabriqués par General Dynamics Land Systems-Canada, rapportent les auteurs.

La politique étrangère n’est généralement pas un enjeu lors des élections au Canada, et cette élection ne fait pas exception. Le rôle du Canada dans le monde a jusqu’à présent reçu peu d’attention sur le terrain. Cependant, en tant qu’anciens députés de quatre des cinq principaux partis politiques du Canada, nous sommes d’accord sur une question urgente de politique étrangère qui doit transcender les lignes de parti, soit celle de mettre fin aux exportations d’armes du Canada vers l’Arabie saoudite et de faire de cette question une priorité du prochain gouvernement, quelle que soit sa couleur politique. […]

La majeure partie des exportations d’armes canadiennes vers l’Arabie saoudite consiste en des véhicules blindés légers, ou VBL, fabriqués par General Dynamics Land Systems-Canada à London, en Ontario. En 2014, le gouvernement canadien a négocié la vente de centaines de VBL à la Garde nationale saoudienne. D’une valeur estimée à 14 milliards de dollars, ce contrat d’armement est le plus important de l’histoire du Canada. Les transferts d’armes vers l’Arabie saoudite représentent désormais une majorité écrasante du total des exportations militaires non américaines du Canada.

L’Arabie saoudite présente un bilan désastreux en matière de droits de l’homme, tant sur son propre territoire qu’à l’étranger. Sur le plan intérieur, les autorités saoudiennes répriment les dissidents, les militants des droits des femmes et les religieux indépendants. Sur le plan international, l’Arabie saoudite dirige depuis 2015 une coalition d’États militairement impliqués au Yémen, où elle cherche à soutenir le gouvernement du président Hadi, engagé dans un conflit armé avec les forces rebelles houthies qui seraient liées à l’Iran.

Depuis que cette coalition a commencé son intervention, elle a été largement condamnée pour des violations graves et répétées du droit international humanitaire international, notamment le ciblage délibéré de personnes civiles à l’aide d’armes fournies par plusieurs des principaux exportateurs d’armes du monde. Le bilan des Houthis n’est pas meilleur et mérite certainement d’être condamné. Mais c’est l’Arabie saoudite que le Canada arme.

Des personnes civiles tuées

Les frappes aériennes de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite ont été indiscriminées et disproportionnées, tuant des milliers de personnes civiles tout en détruisant des infrastructures essentielles, notamment des installations d’eau, des fermes, des hôpitaux, des usines et des marchés. En 2017, une frappe aérienne de cette coalition contre un autobus scolaire a tué 40 enfants yéménites et en a blessé des dizaines. Un récent rapport d’une organisation yéménite indépendante de défense des droits de la personne a révélé que la coalition dirigée par l’Arabie saoudite pourrait avoir commis le crime de guerre consistant à utiliser la famine comme méthode.

Un récent rapport du Groupe d’experts éminents des Nations unies sur le Yémen a désigné le Canada, pour une deuxième année consécutive, comme l’une des puissances mondiales qui contribuent à perpétuer le conflit yéménite en continuant à fournir des armes à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite. Ardi Imseis, professeur de droit à l’Université Queen’s et membre du groupe d’experts, a déclaré ceci : « Tant que les armes continueront à circuler, cette guerre ne fera qu’empirer. »

Traité sur le commerce des armes

Le 17 septembre 2021 a par ailleurs marqué le deuxième anniversaire de l’adhésion du Canada au Traité sur le commerce des armes, un accord multilatéral historique qui vise à réglementer le transfert international d’armes afin de réduire les dommages causés aux personnes civiles pendant les conflits armés. En tant qu’État partie, le Canada doit veiller à ce que les armes canadiennes ne soient pas utilisées pour cibler de telles personnes civiles. Comme l’a montré un récent rapport d’Amnistie internationale Canada et de Project Ploughshares, le Canada continue d’exporter, en violation de ces obligations juridiques, des véhicules blindés vers l’Arabie saoudite en dépit des violations des droits de la personne commises — et largement documentées — par ce pays dans le cadre du conflit au Yémen.

Après six ans de guerre, le Yémen connaît l’une des pires crises humanitaires au monde. On estime que 20,1 millions de Yéménites ont besoin d’une aide humanitaire, que 16,2 millions sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë et que plus de 5 millions sont au bord de la famine. Le Yémen souffre d’années de conflit et d’un blocus imposé par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite. […]

Le Canada a un rôle à jouer pour ramener la paix au Yémen ainsi qu’une obligation juridique de se conformer aux contrôles nationaux et internationaux des exportations. Le prochain gouvernement du Canada devrait suivre l’exemple de plusieurs pays européens et suspendre immédiatement les exportations d’armes vers l’Arabie saoudite, accroître l’aide humanitaire au Yémen et jouer un rôle diplomatique pour mettre fin à ce conflit brutal.

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