​REM de l’Est: à la recherche de l’équilibre

«Aujourd’hui, l’objectif en urbanisme est de rendre [le centre-ville] encore plus attrayant, notamment en le bichonnant et en le verdissant davantage. Or, ce projet du REM aérien de l’Est va à l’encontre de tous les objectifs souhaitables en ce sens», juge l'auteur.
Photo: CDPQ Infra «Aujourd’hui, l’objectif en urbanisme est de rendre [le centre-ville] encore plus attrayant, notamment en le bichonnant et en le verdissant davantage. Or, ce projet du REM aérien de l’Est va à l’encontre de tous les objectifs souhaitables en ce sens», juge l'auteur.

Un des principaux principes de l’urbanisme est la poursuite de l’équilibre. Et cette atteinte varie de décennie en décennie, car les villes sont toujours plus ou moins en évolution.

Ainsi, dans les années 1960, la réalisation à Montréal de l’autoroute Métropolitaine sur pilotis s’avérait une solution appropriée et prometteuse. Aujourd’hui, comme l’a fait Boston avec son Big Dig, on aurait tout avantage à la rendre souterraine.

Si on analyse l’actuel projet du REM de l’Est sous cet aspect, on fait face à un déséquilibre à tous les points de vue. Ainsi, ce réseau de transport public est adjacent et parallèle à la ligne verte du métro. Or, cette ligne est loin d’être saturée. Le REM de l’Est, lui, contribuera à la rendre encore moins utile, comme si son objectif était de faire des profits au détriment du métro. Et qui va en faire les frais ? Les citoyens, on le sait bien.

Montréal possède un centre-ville qui a du caractère et qui est bien fréquenté par les piétons. Et, aujourd’hui, l’objectif en urbanisme est de le rendre encore plus attrayant, notamment en le bichonnant et en le verdissant davantage.

Or, ce projet du REM aérien de l’Est va à l’encontre de tous les objectifs souhaitables en ce sens. Il n’aura pas un impact sur le voisinage aussi énorme que la Métropolitaine, bien sûr, mais il présentera les mêmes nuisances : bruits et poussières jour et nuit, déformation des paysages urbains, obstacle à la vue et aux perspectives, ambiance sombre et dominance ennuyante du béton, etc.

Qui est à la recherche de tels objectifs aujourd’hui ? Est-ce que c’est le rôle d’une institution publique comme la Caisse de dépôt et placement d’investir dans un projet qui s’avère une catastrophe annoncée, comme le reconnaissent les architectes et les urbanistes ?

Les Québécois sont fiers de leur culture. Mais si on considère ce qui se passe ailleurs au Canada, ils font plutôt preuve à l’occasion de manque de culture. Ainsi, à Vancouver, les autorités ont décidé de ne pas poursuivre le prolongement aérien de leur Sky Train, préférant l’insérer dans un tunnel. Pour arriver à cette solution, elles ont étudié près de 200 scénarios, rendant ces informations accessibles au public. Or, à Montréal, c’est le silence complet sur le sujet, comme si on revenait un siècle en arrière, à l’ère du Monseigneur qui décide !

La solution concernant la réalisation du REM de l’Est s’avérerait pourtant fort simple et beaucoup moins coûteuse si on raccordait ce réseau d’une façon pratique à la ligne verte du métro.

Ainsi, à la station Viau par exemple, les passagers pourraient prendre le REM souterrain pour se rendre à Montréal-Nord. De même, à la station Honoré-Beaugrand, ils pourraient embarquer dans les voitures du REM aérien pour atteindre Pointe-aux-Trembles. C’est d’ailleurs ce que font les passagers dans le métro en passant de la ligne orange à la ligne bleue ou verte. Il s’agirait tout simplement de s’assurer qu’un billet de métro ou de REM ait les mêmes possibilités au même coût sur ces réseaux.

Si, comme cela aurait dû être le cas, ce projet de REM de l’Est avait été chapeauté par l’Autorité régionale de transport métropolitain, on serait arrivé à une tout autre solution, beaucoup mieux intégrée. Pour éviter qu’il y ait anguille sous roche, le comité d’experts multidisciplinaires sur l’architecture et l’intégration du REM de l’Est n’a guère d’autres choix que de rejeter carrément ce projet, car il y a des limites à préconiser l’absurdité !

À voir en vidéo