Énergie, climat et coronavirus, l’exception chinoise

Une nouvelle nuance vient d’apparaître dans le discours de la Chine, qui parle  de faire baisser les émissions  de GES avant 2030.
Andy Wong The Associated Press Une nouvelle nuance vient d’apparaître dans le discours de la Chine, qui parle de faire baisser les émissions de GES avant 2030.

Énergie 2020 British Petroleum (BP) vient de rendre publique la 70e édition de son rapport annuel Statistical Review of World Energy. On y apprend qu’à l’échelle mondiale, en 2020, il y a eu une réduction de 4,5 % de la consommation d’énergie primaire et de 6,3 % des émissions de gaz à effet de serre (GES). Dans les deux cas, c’est la plus forte réduction jamais enregistrée. Par source fossile, la plus forte réduction est dans la consommation de pétrole (-9,3 %), suivi du charbon (-4,2 %) et du gaz (-2,3 %).

Par pays et par source, le niveau de baisse est variable, avec une seule exception notable : la Chine qui a augmenté aussi bien sa consommation d’énergie (+2,1 %) que sa pollution (+0,6 %) qui avoisine désormais 10 milliards de tonnes (Gt) de CO2-éq/an.

En 2020, avec 18 % de la population mondiale, la Chine est à l’origine de 31 % de la pollution. Même si, par personne, un Chinois (7 t/hab.) pollue deux fois moins qu’un Nord-Américain (13,5 t/hab.), c’est quand même 60 % de plus que la moyenne mondiale (4,1 t/hab.) et c’est nettement au-dessus de la pollution d’un Italien (4,8 t/hab.) ou d’un Espagnol (4,6 t/hab.), pour ne citer que quelques pays latins.

Scénario à 2 °C

À l’origine, ce scénario énonçait que pour limiter l’augmentation de la température à 2 °C à la fin du présent siècle, les émissions de GES devraient plafonner à 32 Gt dès 2020 et baisser de 40 % vers 2030. Même si ce scénario a subi des modifications avec le temps, le fait est que ces émissions de GES ont continuellement augmenté ces deux dernières décennies, pour s’établir à plus de 34 Gt en 2019, soit nettement au-dessus du plafond maximal prévu. En 2020, « grâce » à la COVID-19, les émissions de GES ont baissé de plus de 2 Gt, ce qui veut dire que la pandémie a remis la planète sur la trajectoire 2 °C, une aubaine qui devrait inciter à davantage de réflexion sur l’avenir climatique et, par conséquent, sur l’avenir énergétique.

31 %

C’est la part de la Chine dans la pollution mondiale en 2020, alors que le pays compte 18 % de la population.

Après la pandémie, la croissance de la demande d’énergie sera inéluctable et, à moins de changement de paradigme, les émissions de GES repartiront à la hausse. D’ailleurs, du fait de la forte reprise de la demande mondiale des combustibles fossiles, un récent rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a montré que les émissions de GES pourraient retrouver leur niveau d’avant la pandémie dès cette année, tuant dans l’œuf le rêve secret de faire de 2019 l’année du pic mondial des émissions de GES.

Pic des émissions

Pour faire face aux changements climatiques causés par la consommation d’énergie, la vision d’un nouveau monde à zéro émission nette à l’horizon 2050 fait de plus en plus consensus au sein des sociétés.

La Chine n’est pas en reste, puisque lors de la dernière Assemblée générale des Nations unies, ce pays s’est engagé dans la carboneutralité pour 2060, créant même une certaine surprise puisqu’il se considérait jusqu’ici comme un « pays en développement ». L’initiative chinoise est évidemment positive, même si l’objectif de 2060 est bien plus éloigné que celui de 2050, adopté par le Canada et les pays de l’UE. Mais là n’est pas l’enjeu, car cet ambitieux objectif de long terme doit être accompagné par des objectifs de moyen et court termes tout aussi… ambitieux.

Dans le cas de la Chine, l’enjeu majeur est dans la date de 2030 que ce pays s’est fixée pour atteindre le pic de ses émissions et qu’il est impératif de devancer. Sur la période 2010-2020, la Chine a accru ses émissions de GES de près de 2 Gt. Elle ne peut récidiver lors de la décennie en cours 2020-2030, car non seulement cela rendrait caduc tout effort de réduction des émissions des autres pays, mais pourrait causer des dommages irréversibles à l’environnement.

Or, dans son nouveau plan quinquennal (2021-2025), la Chine a comme objectifs de baisser de 18 % l’intensité carbonique, de porter la part du renouvelable à 20 % du bouquet énergétique d’ici à 2025, et d’assurer une croissance économique d’au moins 6 % pour 2021. Il n’y a aucune allusion au pic des émissions. Par contre, une nouvelle nuance vient d’apparaître dans le discours de la Chine qui parle de faire baisser les émissions de GES avant 2030.

L’enjeu climatique est sans doute le plus grand défi du siècle auquel l’humanité est confrontée, d’autant plus que les scientifiques sont particulièrement inquiets de la rapidité avec laquelle les changements climatiques se produisent ces derniers temps.

Même si le virus SRAS-CoV-2 a germé à Wuhan, la Chine a été beaucoup moins touchée que le restant du monde. Advenant une accélération, voire une perte de contrôle du dérèglement climatique, tous les pays du monde écoperont, la Chine incluse, avec des dommages autrement plus incommensurables que ceux provoqués par la COVID. Ceci dit, pour être crédible, il faut convenir que ce qui est prôné pour la Chine doit aussi s’appliquer ici ; le Canada doit se donner des cibles substantielles de réduction des émissions de GES de court et moyen termes et non juste s’en tenir à la carboneutralité de 2050.

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