Réflexions d’après la pandémie

Le monde est présentement un navire sans gouvernail, où les pays pauvres s’enlisent dans la surpopulation, estime l'auteur. Sur la photo, on aperçoit le bidonville de Makoko, au Nigeria, qui est le pays le plus peuplé d'Afrique. 
Photo: Pius Utomi Ekpei Agence France-Presse Le monde est présentement un navire sans gouvernail, où les pays pauvres s’enlisent dans la surpopulation, estime l'auteur. Sur la photo, on aperçoit le bidonville de Makoko, au Nigeria, qui est le pays le plus peuplé d'Afrique. 

Le comportement de la nature est à ce point complexe qu’il n’est pas sûr qu’un jour nous réussissions à en percer les mystères. Dans celle-ci, ce qui s’est déjà produit dans le passé nous décrit des réels successifs, mais ne nous donne aucune lumière sur les possibles à venir. Même à travers ses formules mathématiques les plus complexes, l’humain ne peut rien savoir de ce qui l’attend vraiment.

Dans son Tractatus logico-philosophicus(Gallimard, 1961), Ludwig Wittgenstein dira d’ailleurs des vérités mathématiques qu’elles ne sont que grammaticales, c’est-à-dire qu’elles ne sont que des règles arbitraires que l’on se donne pour satisfaire certaines de nos attentes au sujet de la nature. Tout système mathématique relèverait d’un ordre utilitariste que l’on impose en vue d’une fin précise : l’exploitation des ressources naturelles.

Pourtant, c’est avant tout dans notre fascination devant la folle démesure de la nature que l’on trouve le plaisir de vivre de même que la motivation nécessaire à la recherche scientifique. Malheureusement, le type de survivance que l’on nous propose encore suite à la pandémie, notamment à travers le discours écologiste récurrent, ne reste qu’une façon de passer à travers une catastrophe environnementale, sans plus !

Mais l’être vivant magnifique que nous sommes a-t-il à se limiter ainsi à sa simple survie ? Notre vie sur Terre est peut-être courte et risquée mais cela devrait être d’autant plus un extraordinaire voyage d’exploration ! Rappelons qu’avec notre conscience, nous sommes l’expression du tout de l’univers face au néant !

Armés d’un tel privilège, nous aurions bien tort de nous limiter à survivre comme des bêtes. Éternellement jeune en son esprit, l’humain possède d’ailleurs une vitalité surprenante. Ce sentiment d’éternelle jeunesse le porte à s’amuser et à rigoler avec les siens. C’est ce qui s’appelle la joie de vivre ! Sans elle, sa vie sur Terre devient vite une complète absurdité.

La Terre s’épuise

Sachons toutefois que notre univers n’a pas besoin de nous pour exister. Aussi, nous resterons toujours l’éphémère et fragile miroir des beautés de la nature. Et malgré notre intelligence particulière, nous ne possédons aucun statut particulier parmi l’ordre des vivants.

Or, il y a actuellement pas loin de huit milliards d’humains sur la planète. On prévoit que d’ici 30 ans il y en aura environ 9,7 milliards et, en l’an 2100, 11,2 milliards ! Grâce aux progrès médicaux notamment, l’explosion démographique atteindra des sommets incroyables.

Présentement, l’empreinte écologique excède d’environ 50 % les capacités de régénération de la Terre en absorption de déchets et en reproduction de ressources. Autrement dit, chaque année, l’humanité utilise l’équivalent d’une planète et demie ! La Terre ne fournit plus et, à ce rythme, nous courons à notre perte.

Cette augmentation de la population du globe nous mène à une concurrence sauvage où il s’agit de produire toujours plus, et ce, peu importe la quantité de matière utilisée. Par ailleurs, on sait qu’un Nord-Américain possède une empreinte carbone 20 fois plus élevée que celle d’un Africain et que, d’autre part, à peine 10 % de la population mondiale est responsable de 50 % des émissions toxiques. Jumelé au libéralisme économique ambiant, ce déséquilibre semble nous condamner à une lente et pénible agonie.

Et malheureusement, plus personne n’est là pour assurer une politique responsable sur notre planète. Ceux qui en auraient les moyens ou le pouvoir sont comme nous : ils sont trop intéressés par la défense de leurs intérêts économiques immédiats. Le monde est présentement un navire sans gouvernail. Les pays pauvres s’enlisent dans la surpopulation et les pays riches dans la surconsommation. Finalement, il nous faudrait à l’échelle mondiale des arbitres pour départager tout cela et mieux équilibrer le savoir technologique et les richesses qui en découlent.

Il faut dire qu’une grande partie du problème rencontré dans l’établissement de politiques mondiales vient de ce que le développement des pays est inégal. Les pays industrialisés parmi les plus puissants ont beaucoup à perdre en s’imposant des règles.

Nous faisons donc face à un défi de taille : assumer collectivement pour les années à venir les nombreux changements provoqués par la donne du libéralisme économique mondialisé. Aujourd’hui, bien que plusieurs organismes internationaux humanitaires s’affairent à réparer les pots cassés et à pallier le pire (Amnistie internationale, Greenpeace, Médecins sans frontières, le Club de Rome, etc.), ceux-ci restent, vu la pauvreté relative de leurs moyens, toujours à l’écart des enjeux économiques importants. Reste à savoir si les plus grandes puissances mondiales sauront enfin adopter cette voie plutôt que de s’embourber dans leurs éternelles luttes de pouvoir.

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