Le temps de la citoyenneté responsable est venu

«Jusqu’à quel point les individus doivent-ils permettre à l’État de réguler leurs comportements?» se questionne l'auteur. 
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Jusqu’à quel point les individus doivent-ils permettre à l’État de réguler leurs comportements?» se questionne l'auteur. 

Pendant près d’un an, les gouvernements ont entretenu l’espoir que les vaccins allaient enfin nous permettre de reprendre une vie normale en offrant un bouclier efficace contre le virus de la COVID-19 et que, en conséquence, les mesures liberticides qui étaient imposées n’étaient qu’un mal nécessaire et temporaire. Pendant toute cette période, nous avons vécu dans l’idée que nous allions pouvoir reprendre une vie normale et un mode de vie antérieur à celui de l’hiver 2020 lorsque la pandémie s’est incrustée dans nos vies.

Malheureusement, il y a des raisons de remettre en question cet optimisme à la lumière de la situation sanitaire qui prévaut ailleurs dans le monde, où le virus continue sa progression (certes, à un rythme plus lent) auprès de gens pourtant pleinement vaccinés. Cette situation doit nous forcer à admettre l’inévitable : au lieu de s’imaginer un monde sans COVID, les individus et les gouvernements doivent plutôt commencer à imaginer ouvertement de quelle manière nous allons pouvoir trouver les moyens les plus efficaces de lutter contre ce virus qui semble destiné à demeurer dans nos vies, et ce, de la façon la moins liberticide possible.

Tout d’abord, l’idée n’est pas de nier l’évidence : dans une très large mesure, les vaccins ont tenu leurs promesses et les données épidémiologiques le prouvent. Partout dans le monde, le nombre d’infections parmi la population pleinement vaccinée est en chute libre et la majorité de ces cas (ainsi que les cas de gens hospitalisés) est attribuable aux individus non vaccinés, d’où la raison pour laquelle il est légitime d’inciter les gens encore récalcitrants à lever leurs manches. Cela a évidemment incité un nombre incalculable de gens vaccinés à reprendre une vie normale, comme en ont fait foi les images de gens festifs sur des terrasses en Israël et ailleurs dans le monde. Toutefois, on se rend compte aujourd’hui que ces vaccins (que ce soit celui de Pfizer, celui d’AstraZeneca ou encore le Spoutnik V, là où je réside) ont leurs limites respectives contre la nouvelle souche dominante (ou qui est appelée à le devenir dans les quelques pays où ce n’est pas encore le cas).

Que doit-on conclure de cette situation ? Que, comme tout autre virus similaire, le coronavirus qui ruine nos vies depuis un an et demi est, à l’instar de celui de l’influenza qui cause la grippe, constamment en mutation et que les compagnies pharmaceutiques auront toujours un variant de retard sur cet ennemi invisible qui ne pourra être éradiqué durablement. Il est maintenant temps pour nous d’accepter ce fait et pour les gouvernements de le dire ouvertement, ce qui doit inévitablement ouvrir la porte à une réflexion en profondeur sur les manières permanentes de lutter efficacement contre ce virus, manières qui doivent être beaucoup plus respectueuses des droits de chacun.

L’heure à la remise en question

Il est temps de remettre en question les méthodes liberticides copiées sur le modèle chinois qui ont été mises en place par intervalles depuis le printemps 2020, qui ne font en définitive que freiner momentanément le nombre d’infections en cassant les différentes vagues et qui contribuent à donner un peu d’oxygène aux systèmes de santé. Pour être réellement efficace, cette méthode doit entièrement sacrifier les droits individuels, comme en Chine où tout déplacement est enregistré, de sorte que le gouvernement totalitaire de Xi Jinping peut rapidement placer en quarantaine forcée tout individu ayant été en contact de près ou de loin avec une personne contaminée. Pareil système, que les sociétés occidentales ont néanmoins copié en partie, est antinomique aux principes qui gouvernent les sociétés libérales.

Certes, le fait d’avoir été pris au dépourvu l’année dernière explique en grande partie pourquoi les gouvernements occidentaux ont fait ce choix. L’imposition de mesures d’exception liberticides n’est pas en soi une hérésie en régime démocratique, mais ces dernières se doivent d’être limitées dans le temps. Cependant, si nous acceptons la réalité devant nous, ce temps est révolu et les sociétés libérales doivent désormais commencer à agir comme des sociétés libérales et trouver des solutions qui sont propres à leurs fondements. Quel équilibre doit être trouvé entre les droits individuels et l’intérêt général ? Quelles doivent être les limites raisonnables imposées par l’État aux déplacements des individus ? Jusqu’à quel point les individus doivent-ils permettre à l’État de réguler leurs comportements ?

Voilà des questions auxquelles ces sociétés vont devoir réfléchir sérieusement si elles choisissent de continuer à considérer ce virus comme un grave danger public. L’heure n’est plus à penser à des confinements, à des couvre-feux ou à des quarantaines, mais plutôt à une discussion sur ce qu’une citoyenneté responsable devrait être, c’est-à-dire sur la manière dont les droits sacrés des individus doivent être respectés et garantis dans un contexte où des limitations à ceux-ci (qui doivent demeurer raisonnables) s’imposent.

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