Le Canada est toujours une moyenne puissance

Le premier  ministre du  Canada, Justin Trudeau, et  le président américain,  Joe Biden, au sommet du G7, en Angleterre,  le 11 juin dernier
Kevin Lamarque Associated Press Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et le président américain, Joe Biden, au sommet du G7, en Angleterre, le 11 juin dernier

Six mois après l’investiture du président Biden — que les dirigeants canadiens entrevoyaient comme un moment décisif pour le Canada sur la scène internationale —, il vaut la peine de se demander « qu’est-ce qui a changé ? ».

L’imprévisible président Trump a été remplacé par un politicien de carrière pour qui une saine relation avec le Canada serait une priorité. C’est du moins ce que croyaient certains Canadiens. Car si le vent d’optimisme était bienvenu, le président Biden a été tout sauf conciliant avec le Canada jusqu’ici.

Peu après son entrée en poste, il a révoqué le permis de Keystone XL. Depuis, le gouvernement Biden continue de percevoir des droits de douane sur les produits solaires canadiens, il reste inflexible dans les dossiers du bois d’œuvre résineux et des produits laitiers et, malgré les demandes répétées du Canada, a refusé d’intervenir dans le différend autour du pipeline transfrontalier la « ligne 5 ». Bien sûr, le nouveau président américain ne menace pas de déchirer des accords de libre-échange historiques ou d’imposer des tarifs sur l’acier et l’aluminium pour des motifs douteux, mais la partie n’est pas encore gagnée pour le premier ministre Trudeau.

Personne ne semble se demander si ce froid dans les relations canado-américaines est un fait isolé ou s’il est représentatif de l’approche du premier ministre en matière de commerce et de politique étrangère.

Pourtant, dans le plus récent bulletin annuel de La politique étrangère du Canada, M. Trudeau a reçu un D+ dans la catégorie de la diplomatie pour « la simple raison que le gouvernement n’a fourni aucune orientation stratégique en matière de politique étrangère depuis 2015 ».

C’est là que le bât blesse. Pour être une vraie moyenne puissance, il faut être prêt à intervenir.

Or, tout au long du mandat de Trudeau, d’autres acteurs ont défini les incursions canadiennes dans le monde de la diplomatie. Une bonne partie du mandat a été consacrée à renégocier l’ALENA sur l’insistance du président Trump ; et une autre partie, à tenter d’obtenir d’autres puissances qu’elles fassent don au Canada des vaccins ou de l’équipement de protection individuelle fabriqués sur leur territoire. Sur les deux fronts, les efforts ont été vains.

Avant la pandémie, le Canada a tenté de se tailler une place au Conseil de sécurité des Nations unies, mais s’est incliné devant l’Irlande et la Norvège pour un certain nombre de raisons, notamment sa contribution moindre au maintien de la paix et à l’aide étrangère.

En Chine, le Canada est coincé au milieu d’une impasse sino-américaine, alors que les « deux Michael » sont détenus par le gouvernement chinois. Lors d’un récent forum de l’Université Ryerson, le premier ministre Trudeau a déclaré à ce sujet qu’il pratiquait une « diplomatie discrète », que l’on pourrait mieux qualifier de diplomatie silencieuse.

De toute évidence, face à Trump ou à Biden, à la Chine ou aux Nationsunies, l’approche actuelle ne fonctionne pas. Si le Canada souhaite réellement exporter ses idéaux ou ses produits de par le monde, il doit faire mieux à deux chapitres : nouer des amitiés et ajouter de la valeur.

Cependant, la dernière incursion de Trudeau dans l’arène internationale est particulièrement déroutante. Dans le but de lutter contre le vapotage chez les jeunes, son gouvernement a adopté un règlement qui réduit de deux tiers la quantité de nicotine dans ces produits. Je n’ai rien contre cet objectif, mais ce faisant, M. Trudeau contourne les délais de mise en œuvre de l’OMC concernant les avis réglementaires qui ont une incidence sur le commerce. En effet, il passe d’une période bien établie de 6 mois à seulement 15 jours. Les Chambres de commerce du Canada, de l’Ontario et du Québec ont rédigé une déclaration commune aux côtés de Manufacturiers et Exportateurs du Canada, avertissant qu’un délai écourté « crée un inquiétant précédent dont nos partenaires commerciaux ont pris note ».

Si le Canada veut être vu comme un modèle de démocratie, d’équité et d’éthique, il doit non seulement respecter les règles, mais aussi contribuer à leur application à l’étranger. Comment pouvons-nous, en tant que pays, nous attendre à ce que l’OMC se prononce en notre faveur sur le bois d’œuvre ou les produits laitiers alors que nous faisons fi des règles dans un domaine aussi simple que les périodes de mise en œuvre ?

Le Canada doit réfléchir à sa place sur l’échiquier mondial et chercher à redorer son image de moyenne puissance digne d’être écoutée. Il peut se réaffirmer de deux façons : en gagnant en importance ou, surtout, en pertinence.

Dans le premier cas, il choisira d’accroître son poids économique et donc international. Si, à l’issue de la COVID-19, il est déterminé à ne plus recourir à l’emprunt et à réhabiliter véritablement ses industries stagnantes, comme les secteurs manufacturiers et des ressources naturelles, il aura besoin d’un plus grand nombre de partenaires commerciaux et d’être un peu plus pris au sérieux par les autres pays.

Deuxièmement, le Canada pourrait mener la charge parmi les moyennes puissances et s’imposer dans les conversationsinternationales importantes, s’il défendait réellement les idéaux qu’il exprime souvent. Il ne tient qu’à lui de participer davantage au maintien de la paix, d’aider les pays pauvres à acheter et à distribuer des vaccins, et d’affirmer ses positions prodémocratiques.

En somme, le Canada peut soit faire de son mieux pour être invité à la table des grands, soit décider de se tirer lui-même une chaise. L’un ou l’autre des chemins mène à destination et, franchement, les deux peuvent être suivis simultanément. La clé est d’élaborer une véritable stratégie et de s’y tenir. Parce qu’une chose est claire : espérer que le président Biden nous garderaune place ne porte pas ses fruits. 

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