Réflexions sur la destruction des campements

«Mais se construire un abri de fortune avec ce qu’on trouve dans la rue, dans les poubelles, parce que notre société est défaillante, ce n’est pas permis.»
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Mais se construire un abri de fortune avec ce qu’on trouve dans la rue, dans les poubelles, parce que notre société est défaillante, ce n’est pas permis.»

Démantèlement d’un autre campement dans le Centre-Sud, au coin des rues Notre-Dame et Iberville. Une fois n’est pas coutume. Sauf que. Une fois de plus. Une fois qui n’est pas la première et qui ne sera pas la dernière, puisqu’on est incapable d’écouter ces personnes et de prendre en compte leurs besoins. Ce n’est plus seulement une fois, c’est toutes les fois. Toutes les fois de trop. Toutes les fois où on détruit la vie de personnes que la société a déjà bien amochées.

Pourtant, on continue de le faire, sans aucune impunité, sans aucune compassion, sans aucune humanité. Sans regret aussi, sans questionnements, sans remise en cause. Seulement des bulldozers, des policiers, des pompiers, des cols bleus pour démolir ces abris de fortune. On laisse les personnes sur le bord du trottoir. De toute façon, qui les écouterait, qui leur parlerait, qui s’inquiéterait de savoir où elles vont dormir, quand elles vont manger, qui va soigner leurs blessures, qui elles sont et d’où elles viennent ? On les stigmatise, on les invisibilise, on les muselle, on les infantilise. Un article une fois de temps en temps, des promesses, de l’espoir, puis on va se coucher, car nous avons un lit, un chez-nous que personne ne viendra détruire, car il est fait selon les règles de l’art.

Mais se construire un abri de fortune avec ce qu’on trouve dans la rue, dans les poubelles, parce que notre société est défaillante, ce n’est pas permis. Ça rend l’itinérance trop visible, ça dérange, car ça nous montre que l’itinérance est systémique, qu’en tant que société on a échoué à être humain, égalitaire, à assurer le bien-être de chaque personne, à combler les besoins primaires. Nous n’aimons pas être dérangés. Il est plus facile de faire l’autruche. De diriger les personnes en situation d’itinérance vers des ressources temporaires où ces personnes pourront être accompagnées pour se réinsérer dans la société. Mais pour aller où ? On détruit les abris de fortune, mais on ne construit pas plus de logements sociaux. Bien au contraire.

Ça nous montre que l’itinérance est systémique, qu’en tant que société on a échoué à être humain, égalitaire, à assurer le bien-être de chaque personne, à combler les besoins primaires

La crise du logement est bel et bien présente. Le système capitaliste, colonial, patriarcal, capacitiste crée l’itinérance. Et la solution ? Des ressources temporaires dans des hôtels ou des arénas ? Des ressources qui imposent des horaires précis où tu dois passer ta journée à l’extérieur, où il n’y a aucune intimité, où tu n’es pas toujours en sécurité, où tu ne peux pas te reposer, prendre une douche comme tu veux, manger comme tu veux. Où, pour toute une multitude de raisons qui sont légitimes et qui sont les tiennes, tu ne veux pas y aller. Ce n’est pas une solution. Tout comme ce n’est pas une solution de détruire les abris de fortune sans des solutions durables, sans la construction de logements sociaux, sans écouter ce que ces personnes ont à nous dire, sans les prendre en compte, sans les inclure, sans même prendre la peine d’avoir des intervenants psychosociaux pour soutenir, accompagner ces personnes qui voient tout ce qu’elles possédaient réduit en cendres. Car, non, personne n’était là pour elles. Leur abri a été réduit en poussière en silence, encore une fois, une fois de trop.

 

À voir en vidéo