Musée des sciences et de l’innovation ou Espaces bleus?

«Nous demandons de mettre en place un groupe de travail pour la création d’un Musée des sciences et de l’innovation du Québec dont l’objectif serait de fédérer les institutions muséales et d’unir leurs forces autour d’un réseau diversifié et influent», écrivent les signataires.
Photo: iStock «Nous demandons de mettre en place un groupe de travail pour la création d’un Musée des sciences et de l’innovation du Québec dont l’objectif serait de fédérer les institutions muséales et d’unir leurs forces autour d’un réseau diversifié et influent», écrivent les signataires.

Depuis plus de vingt ans, à titre de dirigeants d’institutions muséales scientifiques, nous nous battons pour assurer la survie de nos institutions. Rappelons que les musées de sciences constituent la catégorie d’institutions muséales la plus fréquentée. Ils représentent 14 % de tous les musées du Québec et ils accueillent pourtant 33 % de l’ensemble des visiteurs de musées et reçoivent 39 % de la clientèle muséale scolaire.

La récente annonce du projet Espaces bleus mis en avant par le gouvernement du Québec nous inquiète au plus haut point. Ce projet qui prévoit le déploiement de 17 nouveaux lieux de diffusion muséale avec un investissement de 259 millions de dollars, auquel s’ajoutera inévitablement un financement récurrent pour maintenir leurs opérations, se réaliserait au détriment des institutions muséales en place.

Cette initiative fait fi des demandes répétées des institutions muséales du Québec qui réclament plus de ressources pour leurs projets de mise aux normes, d’amélioration et de développement de leurs programmes et services afin qu’ils soient accessibles et pertinents au plus grand nombre de citoyens.

Les musées de sciences ont souffert de sous-financement, car ballottés d’un ministère à l’autre, sans appartenance ni reconnaissances de leur légitimité. Bien qu’en 2001, les musées de sciences aient reçu la reconnaissance du ministère de la Culture et des Communications, celle-ci n’était pas assortie du financement essentiel à leur fonctionnement, et cela, contrairement à tous les musées ayant auparavant reçu ce label de qualité. Ce n’est qu’à l’été 2020, après vingt ans de démarches, que les musées de sciences ont finalement reçu un soutien au fonctionnement grâce à une enveloppe budgétaire qui leur est réservée pour cinq ans.

Reconnaissance

Le soutien annuel des musées de sciences ne permet pas, même en ajoutant nos revenus autonomes, de commandites et de dons, de soutenir nos missions, soit gérer les collections, déployer une programmation dynamique d’expositions, proposer des programmes éducatifs innovants et effectuer une gestion humaine et responsable des ressources.

Bien que le gouvernement du Québec ait assuré que l’enveloppe du Programme d’aide au fonctionnement des institutions muséales (PAFIM) ne serait nullement affectée par le projet Espaces bleus et qu’aucune institution muséale agréée n’en serait affectée, nous demandons la confirmation que les musées de sciences verront leur financement protégé et augmenté dans le prochain cycle du PAFIM 2022-2025, afin de leur permettre de poursuivre leur mission de servir citoyens et communautés.

Par ailleurs, cette initiative d’investir dans un nouveau réseau démontre avec éloquence l’ampleur du problème. Le gouvernement ne semble malheureusement pas reconnaître les compétences et l’expérience des institutions muséales en place qui auraient pu se voir confier la réalisation de ces nouveaux projets […]. Il ne semble ni entendre ni donner foi aux besoins réels de consolidation et de mise à niveau du réseau des musées de sciences en place, maintes fois répétés.

Conséquemment, nous invitons le gouvernement du Québec à revoir les termes et le cadre de l’initiative d’Espaces bleus et à mandater les institutions muséales qui le souhaitent pour en réaliser les projets plutôt que de créer de toutes pièces un réseau en parallèle.

Projet similaire

Nous tenons à rappeler qu’en 2018, nous avons présenté un projet fort semblable aux Espaces bleus, celui du Musée des sciences et de l’innovation du Québec, lequel a suscité enthousiasme, adhésion et fierté dans la communauté. Ce concept novateur, plutôt que d’ajouter de nouvelles infrastructures coûteuses, proposait l’unification des musées de sciences existants dans les régions du Québec.

Ce projet de Musée se donnait pour mandat de contribuer au bien commun, en rappelant l’importance à accorder aux sciences, à la recherche, à l’innovation ainsi qu’à la culture scientifique en amont, et ce, pour construire un monde meilleur pour les générations actuelles et à venir. Il permettait de faire rayonner la culture scientifique, technique et de l’innovation auprès de tous.

Il participait à développer chez les citoyens un sens de la responsabilité envers la préservation de la nature, de l’environnement et de leur santé. Il reconnaissait à chacune des institutions qui composeraient le Musée une thématique précise et complémentaire à celles des autres membres. Et, ce projet, élaboré en concertation, visait à assurer un développement durable et responsable d’un secteur névralgique de la muséologie québécoise, celui de la muséologie scientifique.

Conséquemment, nous demandons de mettre en place un groupe de travail pour la création d’un Musée des sciences et de l’innovation du Québec dont l’objectif serait de fédérer les institutions muséales et d’unir leurs forces autour d’un réseau diversifié et influent.

Nous tenons à souligner que notre prise de position est motivée par notre volonté de faire respecter et reconnaître le patrimoine dont nous sommes les gardiens. Nous voulons plus que tout faire de nos musées des lieux accueillants, sources d’émerveillement, de découvertes, de réflexion et d’action pour assurer avec fierté le bien-être des générations actuelles et futures.

* Ont signé cette lettre : Guylaine Archambault, Musée Armand-Frappier ; Sandra Gauthier, Exploramer ; Patrice Corbeil, Centre d’interprétation des mammifères marins ; Michelle Manseau, Fossilarium ; Anne-Marie Dulude, Biophare ; Sandy Letendre, Cité de l’Énergie ; Marie-Josée Bernard, Bioparc ; Stéphanie Girard Beaudry, Cosmodôme ; Denise Cloutier, Centre d’interprétation de l’eau ; David Rodrigue, Zoo Ecomuseum ; Geneviève Destroismaisons, Parc Marie-Victorin ; Christine Métayer, Éco-Nature | Parc de la rivière des Mille-Îles ; Bernard Malenfant, ASTROLab du Mont-Mégantic.

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