Gestion efficace de la pandémie au Rwanda

La gestion de la pandémie s’est avérée exemplaire au Rwanda, comme le révèle une étude du Lowy Institute, un groupe d’experts australien.
Photo: Simon Wohlfahrt Agence France-Presse La gestion de la pandémie s’est avérée exemplaire au Rwanda, comme le révèle une étude du Lowy Institute, un groupe d’experts australien.

Malgré le flot continu d’information sur la pandémie, peu, très peu d’information a filtré sur la situation africaine. Si, a priori, on peut imaginer le pire, notamment en raison du faible accès aux vaccins et de la vétusté des installations de santé, on découvre, on y regardant de plus près, au moins un cas remarquable de gestion de la pandémie, celui du Rwanda. Ainsi, pour une population d’un peu plus de 12 millions d’habitants, ce pays comptait 43 nouvelles infections au 14 mars 2021, soit au total, depuis le début de l’épidémie, 20 186 cas enregistrés, dont 18 566 guérisons et 280 décès. Évidemment, la pyramide des âges est radicalement différente de celle du Québec, pratiquement aux antipodes avec un poids important des 30 ans et moins, alors qu’au Québec, la génération des baby-boomers, soit celle née de l’après-guerre jusqu’au début des années 1960, est d’un poids démographique important.

Cela étant, comme le révèle une étude du Lowy Institute, un groupe d’experts australien, la gestion de la pandémie s’est avérée exemplaire dans ce pays dit, de mille collines. Dès le 9 mars 2020, on constitue un groupe de travail chargé de gérer l’épidémie. Le 21 mars, un confinement est instauré avec la fermeture des frontières, l’arrêt des indispensables motos-taxis et les commerces clos à l’exception de l’alimentaire et des pharmacies. Sensible aux conséquences sociales, l’État organise une distribution de vivres à la population. Un couvre-feu est instauré de 20 h à 4 h du matin, et les commerces sont fermés à 18 h.

Des campagnes de sensibilisation ont été organisées telle #GumaMuRugo — un appel à rester chez soi et à sauver des vies — qui a fait le buzz grâce aux efforts et aux innovations de la police nationale rwandaise, du secteur de la santé et des autorités locales en matière de « sensibilisation communautaire et de gestion des rumeurs ». Elle sera suivie d’une autre, #NtabeAriNjye — traduit approximativement par « Que ce ne soit pas moi » —, afin « de relancer la lutte au niveau individuel lorsque la communauté a commencé à montrer des signes de complaisance et à lever le pied [France info] ».

Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons un texte paru dans la revue L’Action nationale, mai-juin 2021, volume CXL, no 5-6.

En sus s’est imposé un leitmotiv encouragé par l’OMS, tester, tester et tester ! Ainsi, on s’est engagé dans cette voie par une stratégie de dépistage audacieuse quand la prévalence de la transmission du COVID-19 était faible : l’échantillonnage groupé. « Au lieu de tester une personne à la fois, les échantillons de plusieurs personnes sont rassemblés et testés en un seul groupe. Si le test groupé est négatif, tous les individus du groupe sont déclarés négatifs. Mais s’il est positif, chaque membre du groupe est alors testé à nouveau individuellement pour que la personne infectée soit identifiée [Franceinfo] »

Tant pour la diffusion de l’information que pour le dépistage, la technologie a été mobilisée, dans le premier cas, en faisant usage de drones et, dans le second cas, avec le concours de robots (capables d’examiner 50 à 150 personnes par minute, selon le ministère rwandais de la Santé), « et de communications officielles par le biais de plateformes de médias sociaux pour lutter contre la désinformation », comme l’a souligné un rapport du Boston College, une université privée située aux États-Unis.

Rwandair, la compagnie nationale rwandaise, a été la première du continent à tester le Travel Pass de l’Association internationale du transport aérien (IATA). Il s’agit d’une plateforme numérique qui devrait aider les passagers à vérifier s’ils sont en conformité avec les obligations liées à la COVID-19 pour voyager.

Enfin, début mars 2021, le pays s’est engagé dans une campagne de vaccination dans un contexte où les pays africains peinent à obtenir le précieux élixir, les pays riches s’étant littéralement servis en premier. À la mi-avril, près de 350 000 personnes avaient reçu une première dose, soit près de 9 % de la cible pour 2021. Selon l’approvisionnement, on souhaite que 60 % de la population soit vaccinée d’ici la fin 2022.

Mais…

Ces résultats, qui illustrent une remarquable proactivité du pays dans la lutte contre la pandémie, et ce, au bénéfice de la population, ne doivent pas occulter les enjeux en matière de respect aux droits de la personne. Comme le souligne Franceinfo dans sa section africaine, l’ONU a interpellé le pouvoir rwandais sur cette question en janvier 2021. Human Rights Watch a aussi relevé des détentions de personnes dans des stades, sans procédure régulière ni autorité légale, des personnes accusées d’avoir enfreint les mesures de lutte contre la pandémie.

Ces observations ne sont pas nouvelles, elles sont récurrentes depuis l’accès à la présidence de Paul Kagame en 2000. Se pose donc la question du prix à payer sur le plan des libertés pour une telle performance face à la pandémie. Le sujet mériterait certes d’être approfondi, mais si on compare avec la situation d’autres pays ayant des résultats enviables à l’égard de la pandémie, notamment Taiwan, on peut émettre l’hypothèse de mesures autoritaires très fortes, que certains considéreraient comme disproportionnées. À ce propos, la comparaison avec le Québec ne tient pas la route. Nonobstant ce que certains peuvent percevoir comme des excès dans le contrôle des individus ne respectant pas les mesures de santé publique, le Québec est un État de droit.

Des commentaires ou des suggestions pour Des Idées en revues ? Écrivez à rdutrisac@ledevoir.com. Veuillez prendre note que cette rubrique fait relâche pour l’été.



À voir en vidéo