Un déni d’exister à la source de la révolte des Israélo-Palestiniens

«La colonisation, on ne le répétera jamais assez, est un crime», écrit l'auteur.
Photo: Ahmad Gharabli Agence France-Presse «La colonisation, on ne le répétera jamais assez, est un crime», écrit l'auteur.

Une fois encore, le Proche-Orient s’embrase. Combat entre la branche armée du Hamas, « terroriste » pour les Occidentaux, qui trouve sa légitimité dans la défaite, et l’armée israélienne dans son « droit à se défendre ». Selon l’ONU, 1800 Palestiniens sont morts durant la dernière guerre de Gaza en 2014, dont 65 % de civils et 30 % au moins d’enfants. Même si moins dévastateurs, les tirs de roquettes n’en sont pas moins injustifiables. Michel Goya, militaire et historien français, a écrit : « les Israéliens préfèrent la sécurité provisoire à une paix véritable en réalité. Et le Hamas en profite également ». L’histoire aujourd’hui se répète.

Mais que s’est-il passé depuis 2014? Peu d’actions violentes du côté palestinien. Ce contexte de quasi-paix aurait pu être une occasion pour Israël de faire un bon geste. Ce ne fut pas le cas, bien au contraire. La droite israélienne, appuyée par une extrême droite raciste et suprémaciste, a intensifié la colonisation. Le président Donald Trump, totalement partial, a voulu imposer un plan qui aurait de facto installé définitivement les territoires palestiniens en « bantoustans ». Les bantoustans étaient, selon Wikipédia, « les régions créées durant la période d’apartheid en Afrique du Sud et au Sud-Ouest africain, réservées aux populations noires et qui jouissaient à des degrés divers d’une certaine autonomie [...] Aujourd’hui, le terme bantoustan désigne par extension tout territoire ou région dont les habitants sont victimes de discriminations et se sentent considérés comme des citoyens de deuxième classe dans leur propre pays ».

Il aurait été souhaitable que le gouvernement canadien exprime avec force et conviction son désaccord avec cette dérive de la droite et ultradroite israélienne. La colonisation, on ne le répétera jamais assez, est un crime. L’article 1514 (XV) de la Charte des Nations unies, est clair à cet égard : « la sujétion des peuples à une subjugation, à une domination, une exploitation étrangère constitue un déni des droits fondamentaux de l’homme, est contraire à la Charte des Nations Unies et compromet la cause de la paix et de la coopération mondiale ».

Déni d’exister

Récemment, la droite et l’extrême droite israélienne ont réaffirmé la notion d’État juif. En rupture avec la laïcité « sociale » promue par les « pères » fondateurs d’Israël. Déniant de facto l’existence d’une minorité palestinienne (environ 20 % de la population). Nombre de radicaux en Israël, à l’instar des suprémacistes blancs américains pour les minorités visibles, se satisferaient de sa disparition. J’ai d’ailleurs une photo prise quand j’étais en poste, qui aurait horrifié les survivants de l’Holocauste. Un racisme systémique tant décrié chez nous. Ce déni d’exister est la source de la révolte actuelle des Israélo-Palestiniens.

Il semblerait que ces problématiques soient tombées dans les oubliettes de notre politique extérieure. Espérons que la crise actuelle nous ramène à une indignation raisonnable pour ce qui est certainement une grande injustice historique. Paul Martin avait en son temps appuyé de façon exceptionnelle l’effort de construction d’un État palestinien, sans renier les liens indéfectibles qui nous unissent à Israël.

Pour paraphraser Churchill, les peuples ne souhaitent que vivre en paix tout en pratiquant une activité économique normale. Je dédie cet article à la minorité dans la minorité, les Palestiniens chrétiens : ils souffrent en silence et n’ont souvent d’autre choix que de quitter un endroit jugé sans avenir.

À voir en vidéo