Pour construire l’avenir des enfants

«La commission qui a entendu plusieurs de nos rapports ne semble pas les considérer comme moteur de changement», constate l'auteur. 
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «La commission qui a entendu plusieurs de nos rapports ne semble pas les considérer comme moteur de changement», constate l'auteur. 

J’ai tardé à réagir au rapport tant attendu de la commission Laurent. Nous avions des attentes, mais aussi des doutes sur cet immense travail par rapport aux changements qu’il devrait provoquer dans notre société pour assurer encore mieux les droits des enfants et leur protection.

Nous nous retrouvons avec une brique de 500 pages remplie de nombreux constats et de multiples bonnes intentions à ne pas savoir par lesquelles commencer pour passer à l’action. Tout semble à faire, changer la Loi sur la protection de la jeunesse, nommer un commissaire à l’enfance, rajouter la médiation pour la protection des enfants, agir tôt en prévention, renforcer la première ligne et valoriser les intervenantes de la DPJ, par exemple. Il y a pourtant beaucoup de « chantiers » en cours sur ces sujets dans les communautés, que ce soit des initiatives prometteuses d’origine institutionnelle, de projets porteurs du milieu communautaire ou encore de soins intégrés et préventifs déjà en place en pédiatrie sociale en communauté.

Nous avons inspiré ce rapport, mais de cela, on fait peu état. La vie ne commence pas avec le rapport, elle avait commencé bien avant pour provoquer des changements nécessaires. Or la commission qui a entendu plusieurs de nos rapports ne semble pas les considérer comme moteur de changement. Ce serait une grave erreur que de repartir à zéro sans associer dès le début les principaux artisans des changements souhaités.

Approches innovantes

En pédiatrie sociale en communauté, avec plus de 45 centres à travers le Québec, nous fonctionnons déjà avec en tête l’intérêt supérieur de l’enfant. Les enfants nous guident et nous inspirent grâce à leur implication directe dans toutes actions qui les concernent et ils sont consultés régulièrement sur les meilleures pratiques concernant leur intérêt supérieur.

En pédiatrie sociale en communauté, nous agissons tôt pour dépister les enfants dans le besoin et pour offrir des services professionnels intégrés dans leur milieu avec l’entière participation des familles et des partenaires.

En pédiatrie sociale en communauté, nous avons la capacité de soigner l’enfant tant sur le plan physique que social et mental, et nous avons donc un immense impact préventif et curatif.

En pédiatrie sociale en communauté, nous pouvons soutenir la création de filets de sécurité pour les enfants les plus vulnérables et nous enseignons aux enfants et aux familles les meilleures façons de défendre eux-mêmes leurs droits.

La pédiatrie sociale en communauté est un exemple parmi tant d’autres d’approches innovantes. Vous avez entendu plusieurs d’entre nous. Pourquoi ne pas nous impliquer dans les solutions directement puisque nous avons été consultés et cités ? Vous avez reçu nos idées pour construire votre rapport. Laissez-nous maintenant agir sans que vous tentiez de réinventer la roue. Ce serait, je crois, la meilleure façon de ne pas risquer que le rapport se retrouve sur les tablettes.

J’en appelle au regroupement des personnes qui définissent déjà quotidiennement les meilleures pratiques, au quotidien, sur le terrain, intervenants de tous horizons, bénévoles engagés, agents communautaires, levons la main pour construire l’avenir des enfants à la suite du rapport tant attendu de la commission Laurent.

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1 commentaire
  • Cyril Dionne - Abonné 11 mai 2021 08 h 06

    « L’idée de l’avenir est plus féconde que l’avenir lui-même » Henri Bergson

    Un autre rapport qui ira rejoindre tous les autres sur les tablettes. Les constats sont faciles, les bonnes intentions aussi. Le chemin vers l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions. Seulement changer la Loi sur la protection de la jeunesse représente un défi de taille et qui pourrait prendre beaucoup de temps si on arrive à le faire. Et le gouvernement fédéral dans tout cela lorsqu’il s’agit d’enfants autochtones? Ce qu’on occulte dans tout ceci, c’est la lourdeur bureaucratique qui est omniprésente partout au Québec. Tout le monde touche à tout, mais personne n’est jamais responsable.

    Je suis d’accord avec l’approche communautaire qui est mentionnée dans ce texte. On ne peut pas voir ce qu’un commissaire à l’enfance pourrait faire de plus dans l’équation. Des commissaires, nous en avons partout et pourtant rien ne change. Vous n’avez qu’à penser au commissaire aux langues officielles du Canada et de sa redondance comme bureaucrate inutile.

    Essayer de réinventer la roue ne donne absolument rien. Avoir créer une commission d’enquête non plus à part pour les gouvernements de se donner une bonne conscience. On l’a vu avec la commission Charbonneau. Mais les commissaires et les avocats s’ont fait beaucoup de fric.

    C’est le noyau familial qui est le centre de toutes les interventions. Beaucoup de parents n’auraient jamais dû devenir des parents. Comment pouvez-vous vous occuper de quelqu’un d’autre alors que vous ne pouvez même pas vous occuper de vous-même?

    Malheureusement, il y aura d’autre victime et on redéchirera nos chemises. Ce n’est pas si, mais quand.