Une profession sous le respirateur artificiel

«Avec la COVID-19 qui rôde autour de nos écoles, la complexité de la tâche enseignante s’est accentuée: en plus de notre rôle d’enseignantes, on nous demande désormais d’être, entre autres, concierges, surveillantes d’élèves et agentes de salubrité», estime l'auteur.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «Avec la COVID-19 qui rôde autour de nos écoles, la complexité de la tâche enseignante s’est accentuée: en plus de notre rôle d’enseignantes, on nous demande désormais d’être, entre autres, concierges, surveillantes d’élèves et agentes de salubrité», estime l'auteur.

Dans les dernières années, les conditions de travail du personnel enseignant se sont considérablement alourdies, ce qui a rendu la profession de moins en moins attirante. Pour preuve, on peut regarder l’augmentation du nombre de retraites anticipées ainsi que les inscriptions dans les facultés universitaires en éducation qui ne cessent de diminuer depuis 10 ans. La rétention des jeunes enseignantes est également peu reluisante : 25 % des enseignantes abandonnent la profession dans les 5 premières années de pratique. Qui va les blâmer d’aller chercher mieux ailleurs ?

Avec la COVID-19 qui rôde autour de nos écoles, la complexité de la tâche enseignante s’est accentuée : en plus de notre rôle d’enseignantes, on nous demande désormais d’être, entre autres, concierges, surveillantes d’élèves et agentes de salubrité. Quand on lit ce qui est demandé de plus aux enseignantes dans l’ensemble de la province, pour ne nommer que quelques exemples, c’est sidérant : « supervision de la désinfection des mains des élèves toutes les heures », « nettoyage de plancher », « arriver de 30 à 45 minutes plus tôt que les années précédentes afin de superviser l’arrivée progressive des élèves », « aucune heure de dîner, car il faut rester avec les élèves dans la classe », « faire des récupérations les soirs entre 18 et 20 heures ».

Besoins pédagogiques

Rappelons que les besoins pédagogiques des élèves sont déjà immenses vu l’énorme retard pris lors des mois de scolarisation qui ont été perdus entre mars et juin. Des enseignantes de 2e année du primaire se retrouvent devant des élèves qui savent très peu lire, tandis que des enseignantes d’histoire au secondaire se retrouvent face à des groupes n’ayant vu que la moitié des notions de l’année précédente. Et des exemples d’incohérences comme celles-ci, on pourrait en nommer des dizaines.

Il apparaît évident que ce n’est pas en imposant plus de tâches connexes aux enseignantes qu’elles pourront faire ce pour quoi elles sont formées : transmettre des apprentissages et consolider les savoirs de leurs élèves.

En plein contexte de négociation de la convention collective, les enseignantes demandaient déjà, le printemps dernier, plus de temps pour la planification, la correction et la concertation entre collègues.

Ce qu’on constate depuis la rentrée, c’est une surcharge de travail. Un nombre d’heures par semaine augmenté. L’absence de pauses. Une surexploitation du personnel enseignant pour réaliser des tâches pour lesquelles il n’est pas formé. Il est urgent que le gouvernement de la CAQ amène des solutions telles que :

1. L’ajout de personnel de soutien dans les écoles pour alléger la surcharge de travail des enseignantes ;

2. Augmenter significativement le salaire d’entrée dans la profession pour attirer les jeunes enseignantes ;

3. Améliorer les programmes d’insertion professionnelle des jeunes enseignantes afin de limiter les démissions ;

4. Donner des salaires aux enseignantes suppléantes en fonction de leur expérience afin de rendre la suppléance plus attirante qu’elle ne l’est actuellement ;

5. Augmenter les budgets pour le co-enseignement et l’enseignement ressource afin de pallier au maximum le retard pris par les élèves lors de la première vague de COVID-19.

La profession n’attirait pas la relève avant la COVID-19 et ce n’est pas d’un coup de baguette magique qu’on pourra changer les choses. Il faut des mesures concrètes, et cela, très rapidement. Au lieu d’étrangler la profession qu’il a juré de défendre, le ministre Roberge devrait lui donner une tape dans le dos. On pourrait alors retrouver une bonne respiration afin de poursuivre cette année qui sort de l’ordinaire. Devant la fatigue déjà considérable du personnel enseignant en à peine un mois d’école, il est urgent de lui donner de l’air.

3 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 29 septembre 2020 07 h 55

    Qui veut enseigner aujourd'hui en temps de pandémie?

    Bien d’accord avec cette lettre. Mais espérer que le gouvernement respecte les conditions de base proposées, on peut en douter. Il doit injecter des sommes énormes pour répondre à ces mesures et cela n’arrivera pas aujourd’hui. Lorsqu’il s’agit d’augmenter les salaires ou bien de faire du co-enseignement, je doute que le gouvernement s’y attarde beaucoup en temps de crise épidémiologique. Pourtant c’est simple; vous voulez les meilleurs qui vont rester, eh bien, payez-les et donnez leurs des conditions de travail qui sont plus alléchantes. On pourrait aussi se concentrer à garder les enseignant.e.s qui sont près de leur retraite aussi au lieu de les pousser dehors.

    Le gouvernement n’est certainement pas conscient de l’importance des enseignant.e.s dans les salles de classe même s’il se bombe le torse en le disant. Ce sont les actions beaucoup plus que les paroles qui valorisent les gens. Or, la rentrée de 2020 parle d’elle-même et la pagaille qui va s’ensuivre lorsque la 2e vague aura atteint son summum au début de décembre risque de saper le moral des enseignant.e.s. si ce n’est pas déjà fait.

    Pour les syndicats, par où commencer. Ceux-ci devraient se concentrer à améliorer les conditions de travail des professionnels de l’éducation au lieu de faire de la politique. Ils n’ont pas été élus par la population, mais par les membres qui paient leur cotisation parce qu’ils y sont obligés.

    Enfin, même si les parents redécouvrent des vertus aux enseignant.e.s à cause de la pandémie et l’école à la maison, les enfants rois 2.0 et les parents rois 1.0 n’aident certainement pas la cause. Plus facile de critiquer l’école que son enfant. Et aujourd’hui, tout le monde gagne un trophée pour avoir participé. L’effort requis pour acquérir les connaissances et les compétences n’est plus prescrit de la part des apprenants en 2020. Selon certains parents, leur enfant est un génie. S’il ne réussit pas, c’est l’enseignant.e qui enseigne tout croche.

  • Colette Bérubé - Abonné 29 septembre 2020 09 h 15

    Propagation de l'essoufflement

    L'article de J.F. Gaumond soulève avec pertnence les sempiternels problèmes que vit notre système scolaire depuis des décennies et qui sont amplifiés par la pandémie actuelle.
    Ses cinq solutions, susceptibles de contrer l'essoufflement de notre corps enseignant aux niveaux primaire et secondaire, doivent être mises en place de toute urgence.
    Par exemple, pourtant rôdée aux déficiences du système, ma soeur orthopédagogue est déjà essoufflée - voire crevée - avec une rentrée "sur les chapeaux de roue". D'ex-collègues universitaires cherchent encore leurs marques après le virage à 180" de l'enseignement à distance du printemps dernier, malgré un exemplaire soutien technique.
    C'est ainsi que j'anticipe des départs massifs vers des retraites anticipées chez les profs en fin de carrière qui n'ont que faire du stress supplémentaire, de même qu'une nouvelle baisse du taux de rétention de jeunes profs dont le caractère vocationnel n'est plus celui d'antan.

    Qu'attend le ministe Roberge, pourtant ex-enseignante, pour mieux contrer les déficiences actuelles de notre système scolaire en pleine pandémie ? Est-il réellement ministre ou non ?

    Colette Bérubé, Ph. D. (Socio-Andragogie)
    Professeure d'université à la retraite

  • Loyola Leroux - Abonné 29 septembre 2020 19 h 26

    L’enseignement un emploi non prioritaire et une vocation !

    La Covid a démontré clairement, que l’enseignement n’est pas un emploi prioritaire. C’est dur pour l’égo et l’estime de soi, – qui est au centre du curriculum des écoles maintenant – pour les enseignants, qui formaient des ‘’chaines humaines autour des écoles’’ et qui présentaient leur métier – de col bleu syndiqué - comme étant ‘’la priorité prioritaire à prioriser en priorité’’ par le gouvernement du Québec.

    Ceux qui critiquent : ‘’ l’énorme retard pris lors des mois de scolarisation qui ont été perdus entre mars et juin’’, sur quelles études et données probantes se basent-ils ?

    Pourquoi continuer cultiver la confusion en présentant l’enseignement comme une profession alors que c’est une vocation. Normand Baillargeon dans son livre ‘’Enseigner au Québec’’, le démontre et je le cite «L’enseignement se situe à un carrefour très particulier où se croisent un métier, une profession et une vocation. … le mot vocation est bien celui qui convient pour rappeler la très forte dimension éthique, politique et normative de l’enseignement et de l’éducation.» D’où les Écoles normales d’autrefois avec un nom qui reflétait bien la réalité.
    Concernant la fatigue, le stress et l’abandon du métier, au lieu de se plaindre continuellement, pourquoi ne pas envisager la possibilité que plusieurs ne sont pas à leur place, tout simplement, comme un bon nombre d’élèves, qui n’ont pas leur place dans une école !