Où s’arrête le droit de manifester?

«Où, dans notre société, la démarcation entre les droits de manifester notre désaccord et nos devoirs comme citoyens et comme travailleurs se trace-t-elle?», se questionne l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Où, dans notre société, la démarcation entre les droits de manifester notre désaccord et nos devoirs comme citoyens et comme travailleurs se trace-t-elle?», se questionne l'auteur.

Les diverses manifestations antimasque au Québec prouvent que le droit de manifester est respecté, c’est incontestable. On peut se questionner sur les répercussions possibles sur les proches des participants à de tels événements. Les opinions des spécialistes de pratiquement toutes les disciplines médicales s’entendent quant à l’importance de la distanciation physique et au port du masque. En se prévalant de son droit de s’exprimer contre ces mesures, chaque participant a probablement dû obtenir l’assentiment ou la compréhension de ceux qui forment son cercle personnel.

Maintenant, imaginons un employeur qui, regardant les nouvelles à la télé, voit un ou plusieurs de ses employés participant à une manifestation antimasque. Ils sont bien évidemment là sans masque et ne prennent aucune mesure de distanciation physique avec les autres manifestants. Est-ce que l’employeur pourrait les mettre à pied ? Sans que ce soit une mesure permanente, tout au moins en les suspendant momentanément avec ou sans solde. Une telle décision serait-elle légale et conforme aux différents lois et règlements encadrant le marché du travail ou mis en place pour contrer le virus ? Le but de l’employeur étant ici de protéger ses autres employés, sinon sa production ou ses clients.

Cette mesure vise aussi à éviter une interruption de ses activités à la suite d’une contamination pouvant entraîner un manque de personnel ou pour des raisons sanitaires, comme ce fut le cas dans certains secteurs, notamment d’alimentation. C’est ce même employeur qui a dû investir des milliers de dollars pour rendre conforme son organisation aux nouvelles exigences de la Santé publique ou qui, dans certains cas, doit aussi porter la responsabilité du respect de celles-ci par ses clients.

Après avoir pris conscience du comportement de son ou ses employés, il doit, lui aussi, donner la priorité au droit de manifester de ce ou ces derniers ? Car, outre le manque pour l’employeur, il y a aussi les risques de pertes de revenus pour les autres travailleurs de cette entreprise. Soit après avoir été contaminés ou à la suite d’une suspension des activités de l’entreprise. Donc, l’employeur pourrait-il suspendre un employé dans une telle situation ? Où s’arrête le droit de manifester ? Dans l’actuelle situation de crise sanitaire, où, dans notre société, la démarcation entre les droits de manifester notre désaccord et nos devoirs comme citoyens et comme travailleurs se trace-t-elle ? Si la loyauté à l’employeur ne veut rien dire pour certains, comment interprètent-ils celle envers leurs collègues de travail ?

La situation de pandémie actuelle est une première et nous interpelle tous. Si le questionnement qui précède nous apparaît extrémiste et de type plutôt totalitaire, comment interpréter l’attitude des manifestants qui, par leurs comportements, mettent à risques la santé de ceux qu’ils croiseront ? L’exercice du droit de manifester n’est pas celui d’agir à l’encontre des lois et règlements. Ainsi, une manifestation qui tourne en vandalisme devient une émeute. Ici, dans le cas des manifestations contre les mesures sanitaires décrétées par la Santé publique, les impacts ne sont pas sur le moment même, tout se déroule dans le calme. Mais leurs agissements mettent en péril la santé de ceux qu’ils côtoieront dans les jours qui vont suivre. Encore une fois, où se situe la limite entre le droit et le devoir de chacun d’entre nous dans la situation actuelle ? Comment permettre à ceux qui doutent et s’opposent de se manifester sans ainsi mettre en péril la santé de ceux et celles qui veulent ralentir la propagation du virus en adoptant collectivement des mesures proposées pour y parvenir ? À quel moment parle-t-on aussi de responsabilité, et comment ?

1 commentaire
  • Cyril Dionne - Abonné 23 septembre 2020 09 h 49

    « Woe les moteurs »

    La distanciation physique et le lavage des mains oui, mais pour les masques, c’est une autre histoire. Selon une étude du New England Journal of Medicine, les masques faciaux peuvent réduire la gravité du COVID-19 car le porteur inhalerait une dose initiale plus faible du virus, donnant ainsi au système immunitaire une meilleure chance de combattre le pathogène et de développer des anticorps. La variolisation est le processus d’inoculer les gens avec du matériel prélevé sur une vésicule d'une personne atteinte de variole dans le but de provoquer une infection légère et une immunité subséquente. Cela, il le savait depuis le mois d’avril et c’est pour cela qu’ils ont insisté pour le port du masque jusqu’à le rendre obligatoire. Ils essaient tout doucement d’induire une certaine immunité de groupe chez les gens parce que les masques ne filtrent pas tout. Disons poliment que leur position ne pas tellement éthique parce que les scientifiques n'ont pas encore démontré quelle quantité de charge virale conduit à un COVID-19. De toute façon, ce sont les comorbidités des gens, ou les maladies et/ou divers troubles aigus ou chroniques s'ajoutant à la maladie initiale qui sont amplifiées par l’âge qui est le pire dans toute cette histoire. Moins de 20 000 en bas de l’âge de 60 sont décédés après avoir contracté la COVID-19 sur un total de 976 000 personnes sur la planète.

    Ceci dit, être mis à pied pour avoir manifesté hors des heures du travail est une pente très glissante tout comme pour les policiers qui pourraient entrer dans une demeure sans mandat signé d’un juge. Ne perdons pas les pédales démocratiques parce que la crise a été mal gérée depuis le début au Québec. Protégeons les gens à risque. En plus, pour tous les friands des chartes de toutes sortes, eh bien, celles-ci garantissent les droits individuels sur les droits collectifs. Désolé, mais vous ne pouvez pas avoir le beurre, l’argent du beurre et un sourire de la fermière avec cela.