Des employés du MBAM s’expriment

«Harcèlement et intimidation récurrents devant témoins ont ponctué les journées de plusieurs d’entre nous, notamment lors des montages d’expositions», témoignent les signataires.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Harcèlement et intimidation récurrents devant témoins ont ponctué les journées de plusieurs d’entre nous, notamment lors des montages d’expositions», témoignent les signataires.

Depuis le début de juillet, de nombreuses personnes se sont exprimées dans les médias et ont signé lettres et pétitions pour clamer leur point de vue sur la crise qui secoue le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). Mais c’est sans connaître ce qui s’est véritablement passé au sein du Musée. Devant ce tumulte de commentaires et de prises de position publiques, nous avons gardé le silence et tenté de nous concentrer sur notre travail. Mais trop, c’est trop !

Nous, les signataires de cette lettre, sommes employés ou ex-employés du MBAM ; nous savons ce qui s’est véritablement passé, alors que nous y avons vécu des événements troublants. Nous croyons qu’il est maintenant nécessaire de faire entendre notre voix pour que cesse ce tapage médiatique qui ne fait qu’affaiblir notre institution.

Depuis de nombreuses années, notre milieu de travail s’est détérioré ; plusieurs collègues sont partis alors que d’autres se sont résignés au silence. Il est temps de faire preuve de courage et de parler.

Nous reconnaissons la vision et la grande capacité de rayonnement de Nathalie Bondil. Mais sous sa direction, nos voix n’étaient pas entendues. Nos idées étaient pour la plupart rejetées ou encore reformulées par une directrice générale plus préoccupée par sa réputation personnelle que par celle du Musée. Pire, les succès de projets développés par des employés leur étaient rarement attribués. Le mérite revenait à l’ancienne directrice générale et ses très proches collaborateurs.

Harcèlement et intimidation récurrents devant témoins ont ponctué les journées de plusieurs d’entre nous, notamment lors des montages d’expositions. Ces pratiques étaient tolérées, et même cautionnées par l’ancienne directrice générale. Les griefs étaient aussi bloqués, et des collègues étaient mis au placard à répétition. Les équipes n’avaient aucun pouvoir décisionnel et étaient toutes systématiquement en attente de la disponibilité de l’ancienne directrice générale pour la moindre approbation.

Le résultat ? Temps, coûts supplémentaires et stress qui auraient pu être évités. Les projets, qui s’enchaînaient à un rythme effréné, étaient constamment repris, sans consultation préalable véritable ni bilan ; la microgestion de l’ancienne directrice générale paralysait le travail des employés. Le quotidien était fait d’urgences continues. La présence au travail tard le soir et les fins de semaine était considérée comme une démonstration d’engagement.

Au vu de cette situation et du chaos créé, comment l’ancienne directrice générale peut-elle publiquement se présenter comme victime de « lynchage » ?Cette posture démontre une insensibilité choquante à l’égard des enjeux culturels et politiques de ce terme, et des valeurs humanistes du MBAM qu’elle dit épouser. Comment peut-elle affirmer une chose pareille après tout ce qu’elle a cautionné ?

Aujourd’hui, nous souhaitons également nous adresser à l’instigateur de la pétition des membres qui circule. Il s’acharne à discréditer publiquement le Conseil dont l’action vise pourtant les intérêts supérieurs du Musée et, surtout, permet de redonner aux employés un cadre de travail sain, ce dont nous avons été privés depuis plusieurs années. Nous sommes sidérés de l’attitude de cet ancien directeur dont l’objectif nous paraît pour le moins douteux. Nommé à l’époque par la directrice générale sans compétence spécifique pour son poste, il est parmi ceux qui ont contribué au climat malsain qui prévalait au Musée.

Comme membre de la direction, ce « pétitionnaire en chef » a été exposé, avec l’ancienne directrice générale, au compte rendu explicite du bureau syndical sur le climat de travail toxique et la détérioration de notre environnement de travail. Et cela, à la demande du conseil. Comment peut-il affirmer, aujourd’hui, que le conseil a outrepassé les règles de bonne gouvernance ? C’est honteux !

Le MBAM n’aurait jamais dû être plongé dans ce cirque médiatique. Nous demandons respectueusement à toutes les personnes qui ont signé cette pétition qu’elles réfléchissent aux valeurs qui sont promues par le Musée. La ministre de la Culture et des Communications a demandé une enquête sur le processus de gouvernance ; et c’est tant mieux. Nous l’invitons à nous parler pour obtenir des éclaircissements.

Nous poursuivons notre travail. Rien ne peut nous détourner de notre engagement envers le Musée et sa longue histoire. Depuis trois semaines, nous y constatons un nouvel élan, un nouvel esprit de collaboration, de respect pour les idées de tous nos collègues, sans harcèlement ni intimidation, grâce à la bienveillance d’un conseil d’administration qui a pris une décision responsable et sans précipitation. Pour nous, la page est tournée. Nous regardons vers l’avant et attendons avec optimisme la personne qui viendra diriger notre beau Musée. Le Musée, c’est nous tous, employés, membres, donateurs, prêteurs, bénévoles, fournisseurs !

*Lettre signée par les employés Iris Amizlev, Maxime Archambault, Gwen Baddeley, Maude N. Béland, Diane Bernard, Mélissa Bezzi, Danielle Blanchette, Gaétan Bouchard, Thérèse Bourgault, Gisèle Bourgeois, Stéphanie Boucher, Patricia Boyer, Orélie Brulet, Carolina Calle, Sandoval Sabine de Villenoisy, Philippe Chabot, Jérémie Desmarais, Éric Charland, Sébastien Carayon, Aïcha Chaouachi, Anna Ciociola, Linda-Anne D’Anjou, Anne Marie Deland, Jacques DesRochers, Bénédicte Devault, Laurence Amélie De Coste, Mara Di Trapani, Christiane Fabi, Geneviève Flageol, John Fossey, Clara Gabriel, Richard Gagnier, Frank Galliay, Normand Garand, Louise Giroux, Hilliard Goldfarb, Anne Grace, Helen Jane Groake, Isabelle Goulet, Nadia Hammadi, Sebastien Hart, Marie Hajehssain, Erell Hubert, Gaëtan Hénault, Juliette Hérivault, Jean Houle, André Jalbert, Carline Javel, Marie-Claude Journault, Sofie Kaegi, Moridja Kitenge Banza, Roxanne Labrèche Perron, Sylvie Lacerte, Marilyn Lajeunesse, Mathieu Laperle, Pierre Larivée, Charlotte Leblanc, Marcelo Leiva, Stéphane Léveillé, Sacha Marie Levay, Audrey Marcoux, Mireille Masse, Eric Ménard, John Mingolla, Claudine Nicol, Catherine O’Meara, Lilly-Doris Panzou, Marilyne Pilon, Jacinthe Pépin, Matthieu Pépin, Richard Pelletier, Joanne Perron, Esther Pomerleau, Marie-Laure Rahli, Marianne Raymond, Nathalie Richard, Diane Roe, Denis Routhier, Marie-Claude Saia, Patricia Saffré, Agata Sochon, Denise St-Jean, Manon Tremblay, Isabelle Trottier, Sylvain Turcotte, Nathalie Vanier, Cristian Vasile, Laura Vigo et Kate Walker, et les ex-employés Danièle Archambault, Charles Blouin, Anne-Marie Chevrier, Alain Drouin, Marie-Eve Beaupré, Magdalena Berthet, Diane Charbonneau, Marie Faugnon, Jeanne Frégault, Diane Lambert, Geneviève Goyer-Ouimet, Christine Guest, Francine Lavoie, Marcelle Marcotte, Estelle Richard, Danielle Roberge, Natalja Scerbina et Michèle Sylvestre.


 
16 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 11 août 2020 04 h 14

    Cela se retrouve dans tous les milieux de travail

    Cela se retrouve dans tous les milieux de travail, mais les milieux champions de ces types de comportements se retrouvent dans les officines gouvernementales de tous gouvernements: fédéral, provincial, municipale, et maintenant dans les choses nomées "services des commisions scolaires". Et gare à la personne qui "se la rouvre"... c'est le harcèlement qui débute à vitesse grand V... et les "collègues" de travail s'y mettent aussi... Un seul combat: tous unis, contre le "pleureur" pas fin pantoute pantoute.

    Quant aux syndicats, ils agissent exactement comme les bénis-oui-oui: refus de grief, refus de procéder, refus dans tout... Ils sont, la majorité du temps, les haut-parleurs de l'employeur. Les champions dans cette manière d'agir concerne surtout les syndicats se retrouvant dans les sociétés para-gouvernementales et péri-gouvernementales (SAQ, Loto-Québec, etc.). Seuls les "petits copains" syndicaux reçoivent une attention particulière pour leurs "bleurages de bébés gâtés"... Les autres, même si les griefs sont 100% fondés... La réponse syndicale est simple "bof!, non fondé".

    Les corporations professionnelles se trouvent généralement à 100% du côté des employeurs, et les membres de ces dites corporations sont uniquement "représentés" quand un particulier ose porter plainte contre l'un de ses membres... Les corporations se comportant comme des syndicats en défensent des membres face aux plaignants du "peuple" au lieux de défense des utilisateurs face à ses membres... En fait, elles se comportent exactement comme les syndicats.

    Ils toujours bien pour ces syndicats et corporations professionnelles d'être du bord du "boss", c'est avec lui que l'on peut faire embaucher "ti-coune cousin ou cousine", boire café à longeur de journée, avoir des invitations à à soupers dans les grands restaurants - et quelques fois des voyages "au Sud" ou de "pêche & chasse"... Cela, le petit travailleur payeur de cotisation, lui ne peut l'offrir... Conséquemment, lui: BOF! et RE-BOF!

  • André Joyal - Inscrit 11 août 2020 07 h 44

    Wow! J'en sais suffisamment pour ne pas signer la pétition

    Ça m'apprendra (oui, même à mon âge) à ne pas réagir sans avoir les deux côtés de médaille : Dewor Bondil! Et restez-Y!

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 11 août 2020 15 h 30

      Je suis de tout cœur avec vous. La première qualité d'une direction générale c'est bien d'inspirer le personnel dont elle a la responsabilité et non pas de considérer les employés comme ses vassaux. Cette dame a bien fait la démonstration de son incapacité pour motiver et recueillir le meilleur de tous. Elle aurait pourtant dû savoir que ce qui en résulte demeure toujours plus grand que la simple addition des parties... Or, à l'évidence ici, c'était surtout dans la soustraction que cette directrice générale excellait.

  • Normand Ouellet - Abonné 11 août 2020 08 h 09

    La résistance du modèle de gouvernance Top Down

    On ne peut que constater que nous sommes dans l'ère de l'inégalité systémique qui produit des célébrités et des milliardaires. Jusqu'à maintenant, les sources qui ont alimenté les médias sur la chicane à l'exécutif provenaient du haut de la pyramide et elles faisaient état d'une controverse de valeurs où la collaboration et la mise à contribution des expertises de l'équipe du Musée était atrophiée. Dans notre monde de célébrités, il est difficile de valoriser l'équipe et de bonifier la collaboration. Mine de rien, sans vraiment en prendre conscience nous avons intégré le modèle traditionnel de gouvernance Top Down et ce sont les acteurs qui en bénéficient le plus qui occupent les tribunes et les espaces de parole.

    Bravo pour votre initiative de communication empreinte d'un désir de reconnaissance. Sans les collaborations des membres de l'ensemble de leur équipe, les organisations ne peuvent mener à bien leur mission. Avec une gouvernance davantage collaborative, nous pouvons sauvegarder et peut-être même, bonifier notre démocratie.

  • Pierre Bernier - Abonné 11 août 2020 09 h 41

    Évidence !

    Le meilleur spécialiste d'un domaine n'en fait pas le meilleur gestionnaire !

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 11 août 2020 10 h 23

    La bisbille...un virus qui s'attrape ?

    Une autre pierre, dans une marre de boue...?
    Des "égos" en mal de reconnaissance ?

    Une institution, le MBAM, qui mérite MIEUX que ces "chicanes de bureaux ".


    Le gouvernement Legault doit y mettre un "holà" !
    $16,000,000.00 ...Une subvention qui n'est pas à dédaigner !
    Le citoyen, l'amateur...a aussi son mot à dire.! Voilà !

    • Gaétan - Abonné 11 août 2020 11 h 30

      Voilà une lecture bien biaisée de la réalité. Je vous invite, cordialement, à relire la lettre. Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

      Gaëtan Hénault