Quel sens donner à l’avenir?

«Comment trouver les mots justes alors que la rage, la révolte, le sang et les larmes de son peuple n’ont rien pu changer?», se demande l'autrice.
Photo: Hassan Ammar Associated Press «Comment trouver les mots justes alors que la rage, la révolte, le sang et les larmes de son peuple n’ont rien pu changer?», se demande l'autrice.

Que dire à propos du pays du miel et de l’encens, après tant de négligence, d’escroquerie et d’exploitation de la part de ses dirigeants ? Comment trouver les mots justes alors que la rage, la révolte, le sang et les larmes de son peuple n’ont rien pu changer ? Quel sens donner à l’avenir quand on a été témoin de tant d’injustice, de tant d’arrogance, d’impunité et de si vains discours…

Je ne sais par où commencer pour raconter les épreuves du peuple libanais, car, comment nommer l’innommable et comment concevoir l’inconcevable ? Je ne sais… Peut-être devrais-je commencer par la fin pour que l’histoire finisse sur un début et sur l’espoir d’un avenir meilleur ? Mais il n’y a qu’une seule fin à cette triste histoire et cette fin ne pourra se jouer sans la communauté internationale. C’est-à-dire sans vous.

Les Libanais sont pris en otage par d’anciens criminels de guerre qui ont troqué leurs kalachnikovs contre des costumes-cravates et qui pillent méthodiquement, depuis plus de 40 ans, tout ce qui revient aux Libanais et au Liban. C’est pourquoi il n’y a pas d’électricité, ni d’infrastructures, ni d’éducation gratuite de qualité, ni de couverture universelle de soins de santé, ni de services étatiques dignes de ce nom, ni de… ni de… et je pourrais égrener des exemples ainsi pendant des heures.

Ces seigneurs de guerre, qui ont créé des partis politiques, se sont partagé au fil des ans toutes les aides internationales et tous les contrats de l’État, qui se chiffrent en milliards de dollars américains, pour s’enrichir individuellement. Ils ont dépouillé le pays entièrement, sans scrupule, sans même un semblant de discrétion. Et le peuple aujourd’hui crie sa révolte, le peuple aujourd’hui crie sa famine.

Agonie

La faillite de l’État ainsi que la faillite de son système bancaire, pour ne citer qu’un exemple parmi tant d’autres, ont fait en sorte que l’argent que les gens ont épargné toute leur vie leur est maintenant confisqué par les banques. Les gens n’ont pas le droit de retirer plus de 400 $ par mois…

Imaginez que vous ayez mis de côté 100 000 $ pendant toute une vie de labeur et qu’aujourd’hui les banques vous interdisent de retirer plus de 400 $ par mois, alors que la vie même vous coûte plus de 400 $ par semaine… Que feriez-vous alors ? Vous prendriez la rue… et le gouvernement tomberait. Mais au Liban, les gens ont pris la rue en octobre dernier et rien n’a changé. Rien n’a changé jusqu’à hier…

Alors, tout à coup, on se demande si l’explosion du 4 août, ce n’était pas Beyrouth qui criait son désarroi, qui hurlait son désespoir. Peut-être que, tout simplement, le 4 août, Beyrouth, agonisant, a crié au secours ! Pour que nous nous tournions vers son peuple. Et que nous lui apportions enfin notre assistance. Une assistance efficace et définitive. Comment ? Et pourquoi ne pas recourir au droit international, arrêter tous les criminels qui gouvernent actuellement, les traduire en justice, les juger, les obliger à restituer l’argent volé, les emprisonner pour que plus personne n’ose jamais marcher dans leur sillage ?

Imaginez un instant ce que nous pourrions réussir si on le décidait, si on le planifiait, si on le faisait… C’est seulement alors que la fin de l’histoire deviendrait son début, parce que la Terre serait à l’année zéro et parce que ce sera le début d’un temps nouveau.


 
5 commentaires
  • Maurice Amiel - Abonné 7 août 2020 06 h 32

    ne donnez pas au Liban ... donnez aux libanais

    Avez vous des infos à ce sujet?
    Merci

    Maurice Amiel, abonné

  • Hélène Lecours - Abonnée 7 août 2020 06 h 50

    Je l'espère

    Je l'espère, Madame. "Arrêter tous les criminels qui gouvernent actuellement, les traduire en justice, les juger, les obliger à restituer l’argent volé, les emprisonner pour que plus personne n’ose jamais marcher dans leur sillage ?" Quel beau rêve! Le malheur est que cela se passe partout sur notre planète et pas seulement au Liban. Les meutes de chiens ont tendance à faire front et à s'organiser entre elles. Que d'obstacles pour atteindre une vraie démocratie internationale.

  • Cyril Dionne - Abonné 7 août 2020 07 h 43

    L’auberge espagnole du Moyen-Orient mieux connu sous le nom de la Tour de Babel

    C’est qui le peuple libanais? Est-ce que ce sont les druzes? Les sunnites? Les chiites? Les alaouites? Les ismaéliens? Les maronites? Les chrétiens? Les humanistes ou non-croyants? Vous savez comme nous que le Liban est une société multiculturaliste religieuse dotée d'un système politique fondé sur une répartition du pouvoir proportionnel au poids de chaque communauté religieuse. Oui, une proportionnelle religieuse. « Priceless ». Avant celle-ci, c’était la guerre civile, de 1975 à 1990 dans le pays du miel et de l’encens.

    Le discours que nous entendons ici au Québec n’est pas le même qui résonne hors des sentiers des médias occidentaux. J’espère que les pays du Nord ne feront pas encore cette même erreur qu’ils ont fait partout, c'est-à-dire voir la situation sous leurs filtres et prismes particuliers. Il faut le dire, la moitié du 7 millions d’habitants du Liban sont des chrétiens et les autres, des musulmans. Et ils vivent tous dans cette poudrière qu’on appelle le Moyen-Orient qui n’a pas été très gentille envers les chrétiens.

    Est-ce qu’ils veulent retourner en arrière au temps des kalachnikovs et des bombes parce que c’est justement ce qui va arriver. Que vont-ils faire avec le Hezbollah, l’OLP, l’État islamique, le Hamas, les Frères musulmans, le Jihad islamique égyptien et on pourrait continuer ainsi jusqu’à les vaches reviennent au bercail? Est-ce que tout ce beau monde occidental aux larmes faciles a déjà oublié le massacre de Sabra et Chatila du 16 au 18 septembre 1982 envers des Palestiniens du quartier de Sabra et du camp de réfugiés palestiniens de Chatila à Beyrouth-Ouest par les milices chrétiennes des Phalangistes lors de la guerre civile libanaise? Ici, on ne parlait pas de 150 victimes dues à une explosion, mais plutôt d’un massacre volontaire de 3 500 innocents, femmes, enfants et vieillards.

    Et voulez-vous bien me dire ce que Emmanuel Macron faisait là hier? Reprendre le Liban au temps des colonies françaises? Misère.

  • serge Loupi - Inscrit 7 août 2020 10 h 58

    Comment donner ?

    Si je comprend bien et si on ecarte la langue de bois et l'hypocrisie, l'aide devrait se faire par les armes parce que les pilleurs ne vont pas se laisser faire. Donc se era la guerre (une autre). "On" les attaque, on les captures et on les juges a La Haye ou a Beyrout. A mons que quelqu'un ait une meilleur solution...

  • alain harrison - Inscrit 8 août 2020 21 h 54

    La communauté internationale ????

    Bonjour.

    «« Mais il n’y a qu’une seule fin à cette triste histoire et cette fin ne pourra se jouer sans la communauté internationale. C’est-à-dire sans vous. »»

    L’empereur du Ve empire.
    Le colonialisme du XXI e siècle.
    Macron vient de couper l’herbe sous le pied du peuple Libanais, il vient d’ajouter une division dans le peuple, ou de creuser ce sillon ?
    De l’aide contre les réformes du FMI. Imparable ? Le plan : endettement, austérité et privatisation. Évident ?
    La gauche française, du moins les partisans (de toute la diaspora de la gauche) devront comprendre que le travail de fond sérieux est éclipsé par les tergiversations de l’ "élite". Les GJ ont initié le seul pouvoir du peuple, le pouvoir des citoyens organisés en comités coordonnés pour la Constituante et le parti de transition dont les élus choisi par le peuple et provenant du peuple. Lors du printemps érable (Québec) l’organisation de décision : les portes paroles donnaient la voix aux comités étudiants (les décideurs).

    Le parti de transition citoyen est le porte parole et l’exécutant ce la Constituante Citoyenne.
    Un tandem qui porte la synergie du pouvoir du peuple (Constituante, parti de transition,le nouveau pacte social et le nouveau paradigme économique). Agir ensemble (consensus et coordination), des centaines de comités et des milliers de sous-comités selon les niches à investir et coordonnés sur les priorités de l’agenda politique à mettre en place progressivement et systématiquement.
    La campagne électorale est commencée !!!!!!

    C’est à vous de voir.