Pour une politique nationale du vieillissement

«Le Québec est devenu un modèle en matière de politique familiale. C’est au tour des aînés de bénéficier d’une telle attention sociale», dit l'autrice.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Le Québec est devenu un modèle en matière de politique familiale. C’est au tour des aînés de bénéficier d’une telle attention sociale», dit l'autrice.

Depuis le confinement dû à la pandémie, le Québec a été témoin des foyers d’éclosion de COVID-19 que sont devenus certains CHSLD. Quelques conditions le prédestinaient, comme les déplacements du personnel soignant entre les établissements pour combler le manque de personnel. Pourtant, la société québécoise était bien au courant que ces endroits n’étaient pas adéquats. Plusieurs journalistes l’ont rapporté : mauvaise qualité de la nourriture (patates en poudre), peu de services offerts aux résidents (une douche par semaine). Sans oublier les multiples cas d’abus et d’agressions physiques que subissent certaines de ces personnes.

En 2031, tous les baby-boomers auront pris leur retraite. C’est alors que le manque de main-d’œuvre dans le secteur de la santé se fera le plus sentir. La pandémie nous permet déjà d’avoir un aperçu des difficultés que cela engendre. Nous avons entendu le gouvernement encourager les individus à venir prêter main-forte. Il a demandé aux infirmières en vacances de retourner au travail et le salaire des préposés aux bénéficiaires a été augmenté. Malgré cela, la pénurie de main-d’œuvre n’a pas été réglée. L’armée et maintenant la Croix-Rouge sont arrivées en dernier recours. Pourtant, une fois la pandémie passée, le manque de main-d’œuvre dans le secteur de la santé demeurera.

De plus, diverses organisations gouvernementales, municipales et communautaires ont actuellement pour mandat de voir au bien-être de la population vieillissante. Certains de ces organismes, même s’ils sont issus du même gouvernement, travaillent généralement en vase clos, c’est-à-dire qu’ils ne se parlent pas nécessairement. Il est d’autant plus difficile, alors, d’avoir une vision intégrale du vieillissement de la population. Une politique nationale permettrait de rassembler tous les mandats de ces organismes en une seule vision. Les enjeux relatifs au vieillissement de la population seraient abordés dans une perspective plus globale et plus cohérente, d’où découleront des services à la population.

Le Québec a déjà résolu un problème social à partir du politique. Pendant les années 1980, le faible indice de fécondité, jumelé à une faible participation des femmes à l’emploi, a fait craindre qu’une crise de la fécondité et de la famille s’ensuive. Pour l’éviter, le gouvernement va développer une politique attrayante pour les individus voulant fonder une famille.

Une politique familiale

En 1987, les démographes sonnent l’alarme. Avec un indice de fécondité inférieur à 2,1 enfants par femme, la société se trouve dans un contexte de dénatalité. Aussi, des groupes de femmes réclamaient un meilleur accès au marché de l’emploi et des services de garde adéquats. Cette situation amena le gouvernement de Lucien Bouchard à proposer une politique familiale interventionniste, c’est-à-dire une politique où l’État met en place des mesures qui incitent les individus à fonder des familles et qui permet aux femmes d’accéder et de rester sur le marché de l’emploi. À partir d’une situation de crise sociale, le premier ministre réussira à mettre sur papier un projet de société. pour aider les parents.

Ainsi, cette politique est caractérisée par la participation active du gouvernement dans la société, et ce, dans un contexte de transformation politique, économique et sociale vers le néolibéralisme. Trois dispositifs fondamentaux le démontrent : le Régime québécois d’assurance parentale (RQAP), le Programme de soutien aux enfants et les Services de garde éducatifs à contribution réduite. Par ces trois mesures, c’est l’ensemble des travailleurs qui, par leurs impôts, cotisent pour aider les parents, et ce, même si certains travailleurs n’en bénéficieront jamais. C’est là un acte de solidarité collective et nous sommes généralement fiers de cette politique.

Certes, le Québec n’est pas encore sorti de son contexte de dénatalité. Les indices de fécondité fluctuent. En fait, la politique familiale comporte des limites, notamment en ce qui concerne les places libres dans les CPE. Toutefois, depuis l’instauration de sa politique, les familles se portent mieux. Mieux pour les parents, mais surtout mieux pour les enfants, grands gagnants de cette politique, car ils vont vivre moins de pauvreté. Mieux pour les femmes, aussi, dont la participation au marché de l’emploi a augmenté depuis 1997. C’est de cela que les personnes âgées ont besoin : un projet de société où l’État joue un rôle social important pour assurer un vieillissement de la population dans la dignité et le respect. Parce qu’être « vieux » aujourd’hui signifie faire partie d’un groupe d’individus très diversifiés, aux identités hétéroclites, dont plusieurs sont actifs et en santé.

Le Québec est devenu un modèle en matière de politique familiale. C’est au tour des aînés de bénéficier d’une telle attention sociale. Se doter d’une politique bénéficierait non seulement à la génération des baby-boomers, mais aussi aux générations futures. Le Québec peut et doit devenir le modèle en matière de politique du vieillissement.

1 commentaire
  • Nadia Alexan - Abonnée 17 juillet 2020 10 h 16

    Une société civilisée se démarque par la façon dont elle traite ses citoyens les plus vulnérables.

    Merci, madame Carolina Iacovino, pour votre cri du coeur important en faveur d'un meilleur traitement de nos ainés. Effectivement, nous avons besoin d'une politique du vieillissement dans la dignité et le respect.
    La pandémie du coronavirus a mis en lumière les failles dans un système de maisons de repos basé sur la mesquinerie et la maltraitance de nos ainés.
    Le temps est venu de corriger la négligence systématique de nos ainés qui ont fait une contribution inestimable à la société québécoise et de favoriser le maintien des vieux à la maison le plus long possible. On pourrait s'inspirer de pays scandinaves qui ont réussi à maintenir leurs ainés à la maison le plus longue possible, au lieu de les entreposer dans des maisons de repos à long terme.