Une vision pour restaurer la confiance

«L’État doit affirmer que l’aménagement durable du territoire est une priorité et faire preuve d’exemplarité à cet égard», affirment les auteurs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «L’État doit affirmer que l’aménagement durable du territoire est une priorité et faire preuve d’exemplarité à cet égard», affirment les auteurs.

L’année 2020 avait bien démarré pour l’aménagement du territoire au Québec avec l’annonce de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation de tenir rapidement une conversation sur le sujet. La crise de la COVID-19 est venue bouleverser cet agenda. Pourtant, alors que s’amorce la nécessaire relance de l’économie, le besoin n’a jamais été aussi fort de se donner une vision d’ensemble qui puisse assurer la cohérence des projets, des politiques et des pratiques.

Le projet de loi 61, qui n’a pas été adopté en juin, traitait presque essentiellement d’aménagement du territoire. Construire des écoles et des maisons pour aînés, c’est de l’aménagement. Bâtir des réseaux de transport collectif, c’est aussi de l’aménagement. Protéger les milieux naturels et les terres agricoles, c’est encore de l’aménagement. Dès qu’on investit dans des infrastructures, dès qu’on octroie des contrats publics liés au bâtiment, on marque et on transforme le territoire et les milieux de vie pour des décennies.

L’accélération de la décision ne doit pas aller à l’encontre des objectifs essentiels en aménagement du territoire. Des décisions trop rapides sans une vision préalable claire de ce que nous voulons pour le territoire québécois font courir le risque de mener des actions désordonnées aux conséquences coûteuses pour les collectivités. La biodiversité, le patrimoine, le territoire agricole, la santé, les finances publiques, entre autres, pourraient faire les frais d’une relance de ce type.

Depuis 2015, les membres de l’alliance ARIANE martèlent la nécessité d’une vision cohérente et d’objectifs clairs en aménagement, sans quoi la main gauche et la main droite continueront d’agir en sens contraires.

Prochaine étape

L’État doit affirmer que l’aménagement durable du territoire est une priorité et faire preuve d’exemplarité à cet égard. Un principe de précaution devrait être institué en matière d’aménagement durable et de protection du territoire afin de maximiser les bénéfices environnementaux, sociaux et culturels des investissements publics, particulièrement dans un contexte de relance économique où ceux-ci seront rapides et massifs.

Pour y arriver, le gouvernement doit rapidement donner suite aux intentions de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation. Son ministère est maintenant prêt pour la prochaine étape : l’élaboration d’une Politique nationale d’aménagement du territoire ambitieuse et orientée vers des actions durables.

S’inscrivant en complément de la Stratégie gouvernementale en architecture fortement attendue, cette politique devra tenir compte des nouvelles priorités du gouvernement, tout en s’ancrant dans les réalités et spécificités régionales. Elle devra également prendre en considération les nouvelles préoccupations des Québécois, notamment en matière de protection de l’environnement et être orientée vers des actions durables.

Alors que l’autonomie alimentaire est sur toutes les lèvres et que le gouvernement l’a clairement identifiée comme priorité centrale à tout plan de relance, celui-ci devra à la fois mieux protéger et mettre en valeur son territoire agricole. L’un ne va jamais sans l’autre.

Patrimoine bâti

Par ailleurs, s’il est une priorité qui fait consensus, c’est l’urgence de travailler à la vitalité de nos cœurs de villes et de villages, lieux de rencontre et de mémoire collective. En raison des nouvelles tendances de consommation tel le commerce en ligne, les rues commerciales, qui sont l’âme des collectivités et une source importante de revenus, pourraient être mises à mal si l’on persiste à refuser de faire certains choix concernant la planification de l’espace commercial.

Dans son récent audit sur la protection du patrimoine immobilier, la vérificatrice générale du Québec constate que l’État ne fait pas preuve d’exemplarité en la matière. Elle recommande « la mise en place de mesures structurantes pour que la sauvegarde et la valorisation du parc patrimonial appartenant à l’État fassent partie intégrante des décisions gouvernementales » et de « faire la promotion du patrimoine immobilier comme outil de revitalisation urbaine ». Le Commissaire au développement durable souligne, quant à lui, l’importance sociale, économique et environnementale de la réhabilitation des bâtiments existants.

Grâce à une politique nationale et un plan d’action cohérent en aménagement, une grande partie des 202 projets mis de l’avant par le gouvernement en vue de la relance économique pourraient contribuer efficacement à un aménagement économe, responsable et durable. Planifier finement la localisation des maisons des aînés, par exemple, pourrait servir à consolider le territoire urbanisé, en plus d’offrir des milieux de vie propices au vieillissement en santé.

Rappelons que l’élaboration d’une politique nationale d’aménagement du territoire figurait parmi les propositions du gouvernement lors de la dernière élection. Il est maintenant temps d’agir, avec la participation de la société civile, des experts et des acteurs locaux, afin de se doter de la vision qui guidera dorénavant l’ensemble des plans et des actions. Une telle vision partagée créera l’indispensable climat de confiance pour pouvoir avancer.

La liste complète des signataires est disponible sur nos plateformes numériques.

La liste des signataires (le comité directeur de l’alliance ARIANE)

Christian Savard, directeur général, Vivre en ville
Cynthia Boucher, présidente, Association des aménagistes régionaux du Québec
Diego Creimer, codirecteur par intérim, Fondation David Suzuki
Dinu Bumbaru, directeur des politiques, Héritage Montréal
Isabelle Giasson, présidente, Association des architectes paysagistes du Québec
Marcel Groleau, président général, Union des producteurs agricoles du Québec
Marie-Odile Trépanier, professeure honoraire, Université de Montréal
Martin Vaillancourt, directeur général, Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec
Pierre Corriveau, président, Ordre des architectes du Québec
Renée Genest, directrice générale, Action patrimoine
Ron Rayside, architecte chez Rayside Labossière
Sylvain Gariépy, président, Ordre des urbanistes du Québec
Sylvain Perron, coordonnateur, Mouvement ceinture verte


 
1 commentaire
  • Majella Simard - Abonné 29 juin 2020 10 h 15

    Redynamiser les petites villes des MRC en dévitalisation

    Il y a effectivement urgence d’élaborer une politique provinciale d’aménagement du territoire qui considérera les particularités des diverses régions et MRC du Québec de manière à favoriser une occupation harmonieuse du territoire. Une attention particulière doit être accordée aux petites villes des MRC en dévitalisation, car plusieurs de celles-ci ont subi un déclin démographique considérable au cours de la dernière période quinquennale (2011-2016). Je pense notamment à plusieurs villes du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. En leur accordant un statut particulier, elles seraient mieux à même de polariser l’activité économique du territoire qu’elle couvre et, de ce fait, permettaient de dynamiser certains milieux ruraux en dépeuplement.