Pour une politique nationale québécoise de lutte contre le racisme et la discrimination systémiques

La Commission invite le gouvernement à donner l’élan nécessaire pour corriger les inégalités structurelles qui freinent le plein exercice des droits garantis par la Charte, dont le droit à l’égalité, pour des pans de la population québécoise confrontés au racisme.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La Commission invite le gouvernement à donner l’élan nécessaire pour corriger les inégalités structurelles qui freinent le plein exercice des droits garantis par la Charte, dont le droit à l’égalité, pour des pans de la population québécoise confrontés au racisme.

Le décès de George Floyd, dans des circonstances odieuses, secoue les États-Unis et le monde entier, jetant une lumière crue sur l’oppression persistante envers les Afro-Américains au sein de la société américaine. La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse tient à exprimer sa solidarité envers les communautés noires du Québec et partout à travers le monde. Elle rappelle que le racisme et la discrimination systémiques et le profilage racial, tout comme les actes haineux motivés par le racisme, sont des violations graves des droits de la personne qui doivent être sanctionnées.

La Commission contribue depuis des décennies à lutter contre le racisme, la discrimination et le profilage racial. Pour ce faire, elle a recours à l’ensemble des moyens d’action que lui a confié le législateur. Son expertise est éloquente et elle détient une longue feuille de route en la matière. En vertu du mandat qui lui est confié par la Charte des droits et libertés de la personne, la Commission a entre autres réalisé de nombreuses études, des consultations et des mémoires sur ces questions, en plus de recevoir des plaintes de personnes victimes de discrimination et de les représenter devant les tribunaux lorsque, après enquête impartiale, la preuve est suffisante. Elle applique également un programme d’information et d’éducation en vue de lutter contre les préjugés et stéréotypes.

La vague d’indignation soulevée par la brutalité policière dépassant tout entendement, à laquelle le monde a assisté, a transcendé les frontières américaines pour atteindre le Québec de plein fouet. Interpellé par la situation, le premier ministre du Québec, François Legault, a affirmé l’importance de lutter contre le racisme et s’est engagé à présenter un plan en ce sens. La Commission salue cet engagement du premier ministre et enjoint au gouvernement de présenter les détails de ce plan à la population québécoise, car c’est collectivement que nous viendrons à bout de ces maux sociaux que sont le racisme et une de ses manifestations, le profilage racial. La Commission est d’avis que ce plan devrait impérativement se décliner en une politique nationale de lutte contre le racisme.

Bien qu’au Québec tout le cadre législatif concoure à interdire le racisme et les multiples formes de discrimination, il n’en demeure pas moins que ces phénomènes hautement pernicieux et nocifs continuent de se manifester dans de nombreux domaines de la société : l’emploi, le logement, la sécurité publique, le système judiciaire, le milieu scolaire, le système de protection de la jeunesse, etc. Rappelons à cet égard que la perpétuation du racisme et des discriminations systémiques, qui en sont une déclinaison, et leur reproduction représentent un obstacle important pour les groupes qui en sont victimes. Ces mêmes obstacles se manifestent également pour les nouvelles générations de Québécois et de Québécoises racisés.

L’engagement de la société québécoise dans la quête de l’égalité et de la justice sociale a significativement marqué les années 1970 et 1980. Différentes lois ont été adoptées et plusieurs réformes sociales et législatives ont été promulguées. Néanmoins, le Québec ne s’est jamais doté d’une véritable politique nationale de lutte contre le racisme et la discrimination.

La Commission invite le gouvernement à donner l’élan nécessaire pour corriger les inégalités structurelles et les inégalités raciales qui freinent le plein exercice des droits garantis par la Charte, dont le droit à l’égalité, pour des pans de la population québécoise confrontés au racisme.

À titre d’exemple, une étude réalisée par la Commission en 2012 démontre qu’à caractéristiques et à compétences égales, un candidat au patronyme québécois a au moins 60 % plus de chances d’être appelé en entrevue qu’une personne qui a un nom à consonance africaine, arabe ou latino-américaine, faisant ressortir les préférences discriminatoires des employeurs. La Commission rendra d’ailleurs public son sixième rapport triennal qui porte sur la situation des groupes historiquement discriminés en emploi, une occasion de prendre toute la mesure des conditions qui ont permis la mise en place et la reproduction des systèmes discriminatoires actuels.

La Commission propose quelques pistes concrètes pour amorcer ce travail de grande importance pour la société québécoise :

Le gouvernement doit affirmer son leadership dans la mise en place d’une politique nationale québécoise de lutte contre le racisme et la discrimination systémiques qui tient compte des réalités particulières que vivent les personnes autochtones, les personnes racisées, les personnes des communautés noires et les personnes immigrantes. Cette politique devrait être placée dans son contexte sociohistorique et appréhendée dans une perspective systémique et intersectionnelle.

Cette politique devrait être accompagnée d’un plan d’action et d’une évaluation régulière de ses mesures, notamment par la définition d’indicateurs et la mise en œuvre de mécanismes de collecte de données désagrégées, fiables, uniformisées et anonymisées qui respectent l’ensemble des droits protégés par la Charte.

Des moyens d’action structurants doivent être mis en œuvre pour lutter contre le profilage racial. La Commission réitère en ce sens une de ses recommandations phares, soit d’interdire de façon définitive les contrôles policiers de routine, qui affectent certains groupes de façon disproportionnée, notamment les Noirs et les Autochtones.

Nous croyons que des actions structurantes sont nécessaires pour pérenniser les effets d’une politique de lutte contre le racisme et la discrimination. La Commission restera attentive à la réponse gouvernementale et continuera de jouer un rôle prépondérant en vertu de la Charte et sur toute matière relative à la protection des droits et libertés au sein de notre État de droit.


 
24 commentaires
  • André Jacob - Abonné 6 juin 2020 04 h 00

    Politique et éducation de masse

    La position de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse s'impose et est une invitation à agir d'une manière cohérente et exhaustivee. Le déni n'a plus sa place. La demande d'une politique digne de ce nom s'impose.
    Dans ce cadre, un vaste programme d'éducation de masse ou, dit autrement, de sensibilisation, devrait occuper une place significative dans la prévention du racisme et de la discrimination. Ces deux réalités se vivent au quotidien dans les milieux de travail, dans les processus d'embauche, en somme partout. La discrimination systémique est comme le covid19, elle est présente et on finit par ne pas la reconnaître tellement elle est insidieuse.
    Des mesures structurelles et structurantes d'éducation populaire s'imposent pour renforcer la prévention et prévenir les dérapages. Il en va du respect des droits des personnes à participer pleinement à la vie sociale, économique, politique et culturelle.
    André Jacob, professeur retraité de l'UQAM
    Ex-coordonnateur de l'Observatoire international sur le racisme et les discriminations

    • Cyril Dionne - Abonné 6 juin 2020 09 h 23

      Bon M. Jacob, vous seriez peut-être d’accord avec moi qu’il y a deja un décalage des mots lorsqu’on décrit un citoyen américain comme un Afro-Américain. Pardieu, vous êtes Américain où vous ne l’êtes pas. Les Blancs ne se disent pas des Européens-Américains ou des Blancs-Américains. Ils se disent Américains.

      Coudonc, les missives qui décrivent le Québec comme un endroit où la discrimination systémique est supposément rampante et qui pleuvent durant ces temps de pandémie, nous parviennent la plupart du temps, de Québécois d’origine haïtienne. Cette Commission, créée par le gouvernement majoritaire libéral de 1975, ne fait que renforcer le concept du « Nous » et les « Autres » au Québec. Pardieu, les textes de cette commission semblent être immuables comme ceux qu’on retrouve dans toutes les organisations religieuses.

      Ceci dit, il faut séparer l’entité « policière » des Québécois puisque la première n’est pas représentative du peuple québécois. C’est un organisme paramilitaire composé de gens sous-éduqués et surpayés qui a le droit légal de porter des armes, d’en faire usage en plus d’exercer un pouvoir de coercition sur les citoyens. Et, il serait curieux de juxtaposés les données sur le profilage avec celles de ceux qui commettent les crimes au Québec.

      Affirmer qu’à caractéristiques et à compétences égales, un candidat au patronyme québécois a au moins 60 % plus de chances d’être appelé en entrevue qu’une personne qui a un nom à consonance africaine, arabe ou latino-américaine, ne fait ressortir pas les préférences discriminatoires des employeurs puisqu’avec la politique de discrimination positive dans le public, c’est plutôt le contraire. C’est dans le privé que ce phénomène se produit et pour des causes qui n’ont rien à voir avec la discrimination ou bien le racisme. Ici, on ne parle pas de l’équivalence des diplômes qui est souvent impossible à prouver et des accommodements déraisonnables qui surviennent souvent avec différentes cultures.

    • Claude Bariteau - Abonné 6 juin 2020 13 h 18

      Une des causes de la discrimination systémique, qui a souvent la forme d'un racisme non avoué, est l'absence d'une citoyenneté québécoise que seul un État indépendant peut octroyer.

      Au Québec, la citoyenneté est canadienne et le Canada, depuis 1982, est un État post-national avec des ayants droits et pour nations reconnues celles des peuples autochtones.

      Issu d'un régime colonial britannique qui a cloisonné les habitants sur ses territoires, le Canada a poursuivi sur cette lancée après que le Québec, dans le sillage de la Révolution tranquille, s'est redéfini avec pour visée de quitter le Canada pour créer son État indépendant avec sa citoyenneté et développer un « vivre-ensemble » original dans le respect des droits individuels.

      Ce ne fut pas le cas. Le peuple québécois ne s'est pas doté d'un régime politique propre et d'un système politique qui opère sur une base autre que le système politique hérité du Royaume-Uni.

      Les pratiques de ce système opèrent comme la discrimination systémique. Elles assurent la reproduction du système politique comme la discrimination assure le maintien des cloisons en l'absence de règles citoyennes minimisant la discrimination.

      L'éducation, même si j'en ai une haute estime, participe à la reproduction de la discrimination systémique comme à la reproduction du système politique dans lequel nous nous exprimons.

      M. Blondin l'a découvert.. Ce qu'il écrivit n'eut que peu d'échos même s'il a pointé du doigt les silences des autorités et insiste aujourd'hui pour qu'elles soient plus attentives.

      Quand le PM Legault nie la discrimination systémique, entend assurer sa réélection en banalisant le recours au scrutin proportionnel et dépose une loi 61 contrant les règles pour réaliser des projets, il accentue, somme toute, les effets pervers d'une gouverne provinciale.

      Il importe d'empêcher que ses vues s'incrustent, ce que les futurs citoyens et les futures citoyennes peuvent faire en se mobilisant.

  • Pierre Boucher - Inscrit 6 juin 2020 08 h 59

    Racisme à l'envers?

    5 juin, 12h30.
    J'entre au petit dépanneur El Mundo, rue St-Hubert. Distanciation impossible, à moins d'attendre à la porte.
    Seul client, je suis au comptoir pour payer. Entre un couple noir faisant fi de la distanciation. Poliment, je dis :
    « Monsieur, 2 mètres s'il vous plaît ».
    Il n'en fallait pas plus pour déclencher une crise de victimes racisées.
    Ils m'ont engueulé comme du poisson pourri jusqu'à ce que je sorte.
    Je n'ai pas tout compris, à cause de l'accent, sinon un quelconque « Nous aussi on vit dans ce pays. ».
    Le caissier leur a demandé de se calmer.

    En sortant, les regardant dans les yeux, je leur ai souhaité bonne journée.

    Voilà un incident banal où je suis un raciste et avec lequel on accusera encore le Québec d'être raciste.

    • François Beaulne - Abonné 6 juin 2020 11 h 49

      Ces comportements de racisme inversé à l'endroit des blancs, souvent francophones, devraient également être inclus dans tout examen objectif des comportements racistes au Québec.

    • Simon Grenier - Abonné 7 juin 2020 03 h 48

      Faudrait faire la part des choses entre un événement anecdotique et une réalité documentée qui perdure.

      La réaction du couple ici n'était pas appropriée. Mais venaient-ils tout juste de se faire traiter de nègs? Ou cela leur arrive-t-il souvent? Se font-ils insulter par leur propriétaire chaque mois, comme l'un de mes amis (ça aussi, une situation anecdotique), qui se fait dire qu'on est surpris qu'il n'ait jamais encore été en retard dans le paiement de son loyer?

      À l'inverse, des gens - blancs, noirs, jaunes, bariolés - qui sautent une coche lorsqu'on leur demande de respecter les règles de santé publique et qui invoquent toutes sortes de libertés et citoyennetés plus ou moins pertinentes, il y en a beaucoup - un char pis une barge, même. Et puisque vous n'avez pas compris ce qu'ils vous disaient "à cause de leur accent", beeeeen on ne sait pas trop quelles étaient leurs récriminations à votre endroit.

      Ce qui vous est arrivé est effectivement très banal comparativement à se faire menacer de se faire arrêter parce qu'on conduit sa propre voiture. À répétition.

      Quant à rapprocher cela avec de la ségrégation "inversée" envers les francophones, c'est de la pure fantaisie complexée. Il faudrait vraiment arrêter d'accuser tout le monde de nous mépriser et commencer à être fier de soi-même. Sa propre vie devient si belle quand on cesse de s'auto-détester. Et on cesse de projeter ses propres complexes sur les autres, qui ont une réalité cooooomplètement différente de la nôtre.

    • Cyril Dionne - Abonné 7 juin 2020 07 h 31

      M. Boucher, nous sommes en pleine pandémie et occultant le racisme inversé évident dans ce que vous décrivez, ce type de comportement est typique dans la ville qui représente moins de 5% de la population canadienne et pourtant compte plus de 40% de ses décès due à la COVID-19. En tout cas, j’espère que ces gens n’étaient pas de ceux-là qui avaient arpenté illégalement le chemin Roxham et qui travaillaient comme préposé aux bénéficiaires dans les CHSLD.

      Ceci dit, c’est quoi toutes ces manifestations de plus de 10 000 personnes à Montréal en pleine pandémie? Il nous semblait que les rassemblements de plus de 10 personnes étaient interdits pour des raisons sanitaires évidentes. Montréal, capitale de la COVID-19 et on laisse des gens en grand nombre se ressembler pour manifester impunément sans qu’ils soient inquiétés. Vous faites de même chez vous avec quelques amis et on vous colle un billet d’infraction avant de dire qui est à la porte. Ce que je vois présentement à Montréal et dans toutes ses villes américaines où les gens manifestent, ce sont des bombes épidémiologiques à retardement. Vous verrez, plus tard ils viendront se plaindre qu’ils sont les plus touchés par cette pandémie à cause de leur situation socioéconomique et non pas à cause de leur comportement irresponsable. La tempête parfaite épidémiologique se prépare lentement mais sûrement pour cet automne.

      En passant, comme francophone en Ontario, il y a longtemps que j’avais arrêté de compter les actes de discrimination linguistique envers ceux qui parlent la langue de Gilles Vigneault par cœur. Vous parlez en français dans la sphère publique en Ontario et vous n’avez pas besoin de compter jusqu’à cinq avant qu’un commentaire désobligeant soit émis à votre égard. Ce type d’ethnocentrisme est implanté partout dans le merveilleux monde du ROC.

    • Marc Therrien - Abonné 7 juin 2020 09 h 59

      M. Dionne,

      Comme disent plusieurs ces temps-ci: « Y a pas juste la Covid-19 dans vie ». On continue comme avant de mourir de bien d’autres choses. La mort d’un citoyen noir sous la force d’un policier blanc ramène le désir que tout redevienne comme avant et qu’on continue de lutter contre des adversaires visibles et bien identifiés. Ça ne donnerait rien de manifester contre la Covid-19. Ce serait faire preuve d’un excès d’autoritarisme que de suspendre le droit de manifester en invoquant l’état d’urgence sanitaire dont on sait maintenant avec le projet de loi 61 que le Gouvernement Legault aimerait bien pouvoir en étendre la durée de façon indéterminée et d’avoir le pouvoir discrétionnaire d’y mettre fin lorsqu’il le jugera approprié.

      Marc Therrien

  • Michel Lebel - Abonné 6 juin 2020 09 h 08

    Vaste chantier!

    Bon texte. Oui! il faudra une solide politique. Mais je crois que c'est surtout par l'éducation et autres formes de sensibilisation que les choses peuvent changer. Une éducation citoyenne qui peut contrer celle de certains parents et institutions, tel la police et l'armée. Vaste et long chantier!

    M.L.

  • Denis Blondin - Abonné 6 juin 2020 09 h 38

    Une composante ignorée du racisme

    Monsieur Tessier, Madame Pierre,
    Je souscris totalement à vos propositions, mais j'aimerais attirer votre attention sur l'existence de l'un des fondements essentiels du racisme dans notre société et dans ses rapports avec les autres. Ce fondement est d'ordre cognitif: c'est le système de représentations dont nous avons hérité, notamment par sa transmission dans les contenus enseignés à l'école.
    J'ai réalisé, à la fin des années 80, une analyse de contenu des manuels scolaires québécois pour tenter de cerner ce système insconscient qui supporte une vision du monde qu'on pourrait qualifier non pas de raciste mais plutôt de racialiste, en ce que sa cohérence et sa logique internes reposent sur une séparation et une opposition radicale entre Nous et les Autres, comme s'il s'agissait d'espèces zoologiques distinctes.
    L'espace d'un commentaire ne permet pas d'en faire un résumé. Par contre, je vous signale l'existence de cette analyse, publiée en 1990 sous le titre L'apparentissage du racisme dans les manuels scolaires. Cette publication est restée lettre morte. Elle a été totalement ingnorée et enterrée, y compris par le MEQ. Trente ans plus tard, je peux vous affirmer qu'à ma connaissance, aucun universitaire québécois n'a émis de commentaires ou de critiques à ce sujet. Vous admettrez peut-être que c'est plutôt hallucinant.
    J'ai ensuite tenté de reprendre cette analyse dans une version plus facile d'accès, en publiant un autre essai intitulé Les deux espèces humaines (La Pleine Lune, 1994), avec la même réaction.
    Si la Commission que vous dirigez s'intéresse sérieusement au problème du racisme systémique, peut-être pourriez-vous confier à l'un ou l'autre de vos professionnels de recherche le soin de prendre connaissance de cette analyse. Si le détail des contenus enseignés a bien changé en 30 ans, leurs fondements cognitifs sont loin d'être disparus. Je vois souvent des traces très claires, qui ne sont nullement perçues par leurs porteurs.
    Denis Blondin, anthropo

  • Denis Drapeau - Abonné 6 juin 2020 10 h 16

    L'exagération discrédite le propos et nuis à la cause

    «Rappelons à cet égard que la perpétuation du racisme et des discriminations systémiques, qui en sont une déclinaison, ...»

    La lutte contre le racisme est fondamentale et urgente. Toutefois, il est bien connu que toutes exagération et généralisation abusive discrédite le propos. Dire que chaque discrimination à l'égard des noir est une déclinaison d'une pensée raciste est absurde car le racisme suppose que TOUTE personne qui discrimine un noirs conçoit celui-ci comme inférieur.

    Racisme : Idéologie postulant une hiérarchie des races.

    Prenons le cas d'un propriétaire blanc d'un logement qui, après s'être fait saccager son logement par des blancs sans référence, refuse de louer à un noir lui aussi sans référence. Dira-t-on qu'il est raciste? Certes, il y aura discrimination envers un noir mais elle ne sera pas raciale. Pourtant, dans les statistiques brandies sans nuance par les militants antiracistes, ce cas y figurera. Même chose pour les "interpellations" policières plus nombreuse à l'égard des noirs. Vrai, mais dans qu'elle proportion? Après tout, une solution adéquate appelle un juste diagnostique du problème et de son étendue. Les interpellations à la suite d'un vol, par exemple, ne devrait pas faire partie d'une statistique visant à démontrer le racisme de la police. Le critère de distinction est le suivant, si le geste à l'origine de l'interpellation avait été commis par un blanc, un policier non raciste aurait-il procédé à cette interpellation?. Certes il y aura toujours des cas difficiles à trancher mais on éliminera au moins de nombreux cas qui ne démontre absolument pas le racisme que l'on cherche à prouver.

    Le racisme est un problème urgent à régler mais de grâce que l'on cesse de discréditer cette lutte en utilisant des statistiques et argument qui ne prouve rien. Surtout pas que le racisme au Québec est systémique.

    • Simon Grenier - Abonné 7 juin 2020 03 h 16

      Quand on tombe dans le "systémique", ce n'est plus une question d'idéologie: c'est une question d'effets concrets et de réalité. Les gens issus des communautés ethniques sont plus touchées par le chômage, le profilage de tout acabit (policier, POPULAIRE, etc.), la pauvreté, la discrimination (la fraction qu'on peut documenter, du moins). Ils sont surreprésentés dans les milieux dégueulasses (incarcérations, travailleurs de la santé mal rémunérés ou peu/pas respectés, sorteurs de frites de la friteuse, etc.) et disons-le, toujours sous-représentés dans la sphère publique ou visible (politique, culture, etc.) On entend parler de ces situations toutes les semaines - sinon plus - depuis que je suis né.

      Il n'y a aucune politique nulle part qui dit "pas de Noirs" mais dans les faits, il n'y a tout de même "pas de Noirs". On peut ne pas aimer le mot racisme mais suffit de le remplacer puisqu'il est effectivement inexact (mais pas loin): ségrégation, discrimination, inéquité, injustice, mépris. On s'en contre-fiche, du terme, c'est la qualité de vie des gens dont il est question, qualité de vie qui est parfois médiocre pour aucune raison - ce qui est encore plus frustrant pour qui en est victime.

      Des gens que bien souvent, on est allés supplier de déménager chez nous!

    • Claude Bernard - Abonné 7 juin 2020 11 h 19

      M Drapeau
      Vous utilisez la définition restreinte du racisme; la définition élargie inclus toute discriminaton sans que celle-ci soit nécessairement basée sur l'idée d'une hiérarchie des races.
      Les Chartes et les lois interdisent cette pratique, sans parler de hiérarchisation.
      Dans ce second sens le racisme systémique existe bel et bien au Québec et est reconnu par la SQ et le SPVM.
      Pour les victimes, la question n'est pas la définition, mais la lutte contre la discrimination, le profilage, les insultes à l'école; autrement dit l'injustice.

    • Denis Drapeau - Abonné 7 juin 2020 11 h 26

      Étant un fan de la vérité, je déteste la déformation des faits et l'exagération. C'est contre-productif et ça divise la population 2 clans: victime et agresseur. Vous dites, «Les gens issus des communautés ethniques sont plus touchées par le chômage, le profilage (..), la pauvreté, la discrimination...." Faux, la grande majorité des asiatiques, des italiens et autres ethnies européennes (est comme ouest) ne se reconnaissent pas dans ce discours et ne se posent jamais en victime. Il n'y a donc pas cette vision tronquée et simpliste des méchants racistes québécois de souche impliqué dans un "système" ponant la supériorité raciale à l'égard des autres ethnies.

      Parlons maintenant chômage et pauvreté. Si un blanc de souche de 30 ans avec un secondaire 5 pas terminé «sort de frites de la friteuse« chez Mcdo, personne ne dira qu'il est victime de racisme mais de son manque d'instruction. Pourquoi ça devient automatiquement du racisme s'il est noir ? Lui a-t-ont interdit l'école ? Lui-a-t-on demandé des frais exorbitant comme aux USA? Ben non, cette personne a quitté l'école trop tôt pour toutes sortes de raisons qui ne diffèrent pas tellement de celles d'un blanc de souche dans la même situation. Dans ce cas, il ne s'agit pas d'une lutte de races qui divise les défavorisés entre eux mais d'une lutte de classes qui devrait plutôt les unir pour revendiquer une égalité pour tous. Le discours victimaire non seulement divise inutilement mais il absout les gens visés de toute responsabilité dans leur malheur. Or, tous les malheurs des non blanc de souche ne sont pas dus au racisme. Je plaide simplement pour la nuance et le juste diagnostique car les bonnes solutions en dépende..

    • Denis Drapeau - Abonné 7 juin 2020 11 h 28

      Si vous voulez me parler de racisme, parlez-moi des immigrés fortement scolarisés qui ne trouve pas d'emploi à la hauteur de leur diplôme; là je vous suivrai. Et si vous cherchez du "systémique" allez voir du côté de certaines corporations professionnelles qui ne cessent de faire du chichi pour ne pas reconnaitre ces mêmes diplômes ou pour rendre plus facile une mise à niveau, le cas échéant. Non monsieur, on ne doit pas s’en contre-ficher des mots. Surtout quand l’utilisation de mauvais termes et généralisation abusive incite la population à se fermer au problème pourtant réel plutôt qu’à s’ouvrir au dialogue et à des solutions.

      Nb: Normand Brathwaite, Gregory Charles, Boucar Diouf, Anthony Kavanagh, Jean-Philippe Wauthier., Didier Lucien, Frédéric Pierre, Michel Mpambara, Widemir Normil Iannicko N’Doua-Légaré , Leila Donabelle Kaze, Rachid Badouri et Mariana Mazza et j'en passe, sous représenté en culture vous dites?

    • Denis Drapeau - Abonné 7 juin 2020 12 h 34

      M. Bernard

      Les chartes ne donnent pas un nouveau sens au mot "racisme", elles visent plus large en faisant fi de hiérarchisation propre au racisme. Si tu discrimines sur la base de la race, c'est une faute même si tu ne penses pas que les noirs sont inférieurs. Donc, tout racisme est une discrimination raciale mais toute discrimination raciale n'est pas nécessairement du racisme. Ce sont deux concepts différents.

      D'autres parts, nul doute que la discrimination raciale systémique existe mais le racisme systémique, ça reste à prouver. Et je doute fort qu'un aveu de la SQ et du SPVM soient une caution intellectuelle significative pour nous dire ce qu'est le "racisme systémique". D'ailleurs, il y a autant de définition de ce terme qu'il y a de sites qui en parle. Quant à l'importance des mots justes, je vous renvoie au commentaire que je viens d'adresser à M. Grenier.

    • Claude Bernard - Abonné 7 juin 2020 20 h 43

      M Drapeau
      La définition élargie de racisme systémique n'est l'apanage de la SQ ou du SPVM.
      Elle utilisée en anthropologie, en sociologie, dans les jouraux spécialisés, la recherche, partout en francophonie.
      Je crois pourtant que nous nous entendons sur le principe.
      Quand il y a autant de définitions que vous dites, le mot juste devient difficile à connaitre, non?
      L'idée est d'admettre que problème il y a et qu'un changement de culture et de paradigme chez les corps policiers et en général est urgent.

    • Claude Bernard - Abonné 7 juin 2020 22 h 04

      M Drapeau
      La vérité, à mon avis, devient impossible à trouver quand on se perd en discussions sur la définition des mots.
      Le «racisme systémique» dans le sens où vous le concevez existe au Japon ou en Israël.
      Ici, il n'est jamais loin quand la discrimination raciale systémique est là.
      Pour une police raciste brutaliser un «crotté» parce qu'il est inférieur est normal; profiler à répétition les noirs au volant de voitures couteuses est ok parce qu'ils sont inférieurs et ne peuvent gagner honorablement leur vie donc ils conduisent une voiture volée, ce n'est qu'une excuse pour prouver leur supériorité.
      Je ne dis pas que c'est toujours le cas; il devient frustrant pour les victimes de toujours devoir prouver le racisme systémique, alors que, comme vous dites, c'est si difficile.