Vieillir dans la communauté

Vieillir dans la communauté reste le premier choix des personnes de 65 ans et plus, rappelle l’autrice.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Vieillir dans la communauté reste le premier choix des personnes de 65 ans et plus, rappelle l’autrice.

La situation des personnes dans les CHSLD pendant la pandémie témoigne de notre échec à bien nous occuper des personnes âgées en lourde perte d’autonomie. La crise met une fois de plus en lumière les failles du système tant pour l’organisation des services ou les ressources humaines que pour la gouvernance de ces établissements. Manque de personnel, rémunération insuffisante, carence dans la prévention des infections, manque de surveillance, de soins, absence de cadres responsables sur place, dans les installations. Bien sûr, il faut aussi reconnaître que, dans plusieurs endroits du Québec, les CHSLD réussissent quand même à rendre les services de façon satisfaisante. Au cours des dernières semaines, nous avons assisté, impuissants, au pire et au meilleur des personnes âgées laissées à elle-même, sans soins, déshydratées. Par ailleurs, nous avons entendu des témoignages et eu connaissance de gestes de compassion et d’affection touchants de la part de membres du personnel, notamment des préposés aux bénéficiaires.

Cependant, les CHSLD en difficulté sont nombreux, et le gouvernement doit réaliser une réforme de ces établissements. La population du Québecvieillit : dans dix ans, près de 30 % des Québécois auront plus de 65 ans. Comme cela est le cas aujourd’hui, une grande majorité de ces personnes seront actives et en mesure de vivre longtemps à domicile avec les services appropriés. Cependant, un faible pourcentage de ces personnes aura besoin d’un lieu d’hébergement de longue durée. Étant donné le vieillissement de la population en 2030, il faudrait deux fois plus de places en hébergement qu’aujourd’hui. C’est pourquoi il faut revoir le modèle, le financement, l’organisation des services et des pratiques cliniques, le lien de ces établissements avec leur communauté. L’investissement ne devrait pas se concentrer uniquement sur le béton.

Cette réforme longtemps reportée doit être planifiée maintenant et se réaliser à court terme.

Vieillir dans la communauté reste le premier choix des personnes de 65 ans et plus. Faire en sorte que les personnes âgées puissent rester chez elles doit devenir une priorité pour le gouvernement. Tous les rapports remis au gouvernement sur le système de santé depuis les années 2000 vont en ce sens. Pensons au rapport de la commission Clair en 2001, aux travaux de l’AQESSS en 2010 ou encore au projet d’assurance autonomie du gouvernement Marois.

Le nombre de personnes âgées est en croissance, et la société doit faciliter le vieillissement, pour faire en sorte que les aînés prennent la place qui leur revient. La plupart des personnes de plus de 65 ans, et même 70 ou 75 ans, sont autonomes, actives, contributives à la société. Elles sont en santé et souhaitent pouvoir vieillir le plus longtemps possible en santé, chez elles.

Cela doit devenir un projet collectif ; nous devons changer notre façon de concevoir les services et de les financer. La personne âgée doit être en mesure de faire ses choix, de contribuer dans la mesure de ses moyens au financement des services. Ce projet collectif ne doit pas se limiter à la santé et aux services sociaux. Bien sûr, ce secteur est indispensable, pour les services à domicile, pour les suivis de santé. Mais vieillir, c’est d’abord vivre dans un village, un quartier, une communauté, c’est avoir des services de proximité, des loyers abordables et des contacts avec les autres générations. En ce sens, les municipalités et les organismes communautaires, entre autres, doivent s’associer et contribuer à ce projet. Les citoyens doivent pouvoir aussi participer aux décisions les concernant.

Concrètement, un comité ministériel sous la responsabilité du premier ministre doit définir ce projet. Assisté par le ministère de la Santé et des Services sociaux, et le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, le conseil exécutif serait responsable. Beaucoup de solutions ont déjà été avancées. Il faut mettre les bonnes personnes autour de la table et s’assurer de consulter toutes les parties intéressées, mais surtout donner au gouvernement un plan d’action réalisable à court terme. Le temps est à l’action.

15 commentaires
  • François Beaulé - Inscrit 2 juin 2020 06 h 48

    Le vieillissement de la population est un problème en soi

    Si la population vieillit au point où dans dix ans, 30 % des Québécois auront plus de 65 ans, cela indique un problème plus fondamental, une fécondité trop faible. On manque de jeunes. Et cela révèle un déclin de la société sur lequel on devrait se pencher rapidement.

    Le manque de solidarité que déplore l'autrice existe aussi entre les veillards. Si « La plupart des personnes de plus de 65 ans, et même 70 ou 75 ans, sont autonomes, actives, contributives à la société », ces gens de plus en plus nombreux devraient mieux s'occuper de la minorité qui a besoin de soins. Les jeunes de moins en moins nombreux ne pourront pas s'occuper des vieux de plus en plus nombreux en plus d'assumer toutes les autres tâches.

    • Raymond Giroux - Abonné 2 juin 2020 11 h 33

      Beaucoup d'aînés sont actifs déjà comme bénévoles dans différents organismes accompagnant jeunes et vieux, solitaires ou en groupes par des moyens très variés. Actuellement on les empêche de jouer leur rôle et d'apporter leur contribution unique en prétextant les risques pour leur santé. Ceux qui en sont privés risquent beaucoup plus et manquent un support nécessaire et pourtant irremplaçable. Que les décideurs élargissent leurs perspectives.
      Raymond Giroux, bénévole dans une maison de soins palliatifs

  • Nadia Alexan - Abonnée 2 juin 2020 09 h 26

    Sortir le privé des soins et des services pour les ainés.

    La première chose à faire c'est de sortir le profit, le privé des services pour les ainés. Faire de l'argent sur le dos des ainés, les gens les plus vulnérables de la société démontre d'un manque de responsabilité et d'un manque de civilisation.

    • Michel Bédard - Abonné 2 juin 2020 09 h 56

      Tellement raison, Madame. Sortir le profit, donc le privé. Ou beaucoup beaucoup mieux ''encadrer'' les rapaces de ce secteur...

    • Pierre Grandchamp - Abonné 2 juin 2020 15 h 11

      Il y a des résidences privées responsables et où les résidents paient en conséquence. Le problème: comment distinguer une résidence capable de s'occuper de son monde de A à Z?

      Je ne pense pas qu'une nationalisation de toutes les résidences soit logique. Mais, possiblement de celles qui sont conventionnées, c.à.d. où il y a entente avec le public, d etype CHSLD.

    • Nadia Alexan - Abonnée 2 juin 2020 16 h 14

      À monsieur Pierre Grandchamp: Le but du privé est la maximisation de profits. L'expérience internationale de tous les pays démontre un échec total, sans équivoque, du privé en matière de l'eau, de l'électricité, de vidanges, du transport, des égouts, des maisons d'ainés et de tout ce qui concerne l'usage des êtres humains. Il ne faut pas mélanger le bien commun avec le profit. N'oublions pas que le privé n'est pas imputable. La nationalisation est la seule solution.

  • Claude Bernard - Abonné 2 juin 2020 09 h 41

    Créer un ministère de la vieillesse dans la société?

    L'idée est excellente.
    Moi, je crains les cadeaux empoisonnés des buraucraties bien intentionnées et bien pensantes.
    Encore des chemins pavés vers l'enfer,
    L'État en mène trop large déjà, il en a plein les mains, il ne fournit pas à la tache; n'en rajoutez pas, la cour déborde.
    S'Il ne peut surveiller les CHSLD, ne lui donnez pas d'autres responsabilités.
    Avec ce qu'il a fait à la santé et services sociaux, au transport, à l'éducation, à l'urbaniste, à la protection des terres arabes, à la lutte pour le climat et contre la pollution etc... on ne voit pas qu'il est compétent pour organiser la vie des vieux.

    • Louis-Philippe Tessier - Abonné 2 juin 2020 10 h 41

      Arable et non arabes.
      AGRICULTURE
      Qui peut être labouré, cultivé. Sol arable.

  • Annie Marchand - Inscrite 2 juin 2020 10 h 33

    Paroles vides

    Mme Denis,

    Comme ex-sous-ministre à la Santé et aux Services sociaux, vous n'êtes pas sans savoir que les organismes communautaires se battent depuis des décennies contre les coupures budgétaires dont elles sont victimes de la part du gouvernement, au point de devoir accepter des sources de financement philanthropique parfois douteuses. Les oc sont désormais tributaires de redditions de comptes, travail statistique quantitatif qui mobilise temps et personnel, en plus d'avoir perdu une part de leur autonomie d'action en leur imposant des cibles et une approche clientèliste.

    Convoitez la participation des oc comme vous le faites dans votre texte (en insinuant qu'ils sont réfractaires?) me paraît une insulte aux intervenantes qui doivent répondre aux défaillances du réseau en ayant toujours moins de moyens. Et croyez-moi, elles le font admirablement. L'appareil gouvernemental profite très certainement de ces logiques sociales de don de soi... C'est vrai pour les services aux aînés. C'est aussi vrai pour les services aux familles, aux femmes, aux enfants...

    Or, trop c'est trop. Il arrivera un temps où ces reliquats de charité ne tiendront plus le système. Ce qui se passe dans les CHSLD en donne déjà une bonne idée.

    Cessons de voir les personnes comme des marchandises.

    • Marc Pelletier - Abonné 2 juin 2020 14 h 28

      Vieillir dans la communauté, pourquoi pas ?

      Je connais plusieurs personnes octogénaires, dont moi-même, qui résident encore dans leurs propres demeures; certaines utilisent les services qui leur sont offert et d'autres se débrouillent encore seuls, car ils en ont encore la capacité.

      Certaines de ces personnes ont accueilli et pourront acueillir chez eux leurs enfants et leurs petits-enfants, ils peuvent cotoyer et donner un coup de main à l'occasion à de vieux chums et de plus jeunes.....

      Et..., les soins à domicile ça existe et j'espère que ces soins seront consolidés car je ne crois pas que la qualité de vie soit la même dans les RPA et les CHSLD à tout le moins tant que la crise actuelle ne sera pas chose du passé. De plus, la population veillit et le béton ne suffira pasa à lui seul à répondre à une demande grandissante.

      Mme. Marchand, pour ma part, je crois qu'il existe encore, dans notre société, des humains qui sont prêts à s'occuper de nos ainés dans les CHSLD : le gouvernement vient de faire un bon pas dans cette direction en leur garantissant un salaire décent et je souhaite que plusieurs manifesteront leur intérêt en répondant présents.

  • Yvon Bureau - Abonné 2 juin 2020 10 h 55

    Intéressante et nécessaire article. MERCI

    Vive le CLSC 24/7 ou au moins 18/7.
    Avec des missions claires de maintien à domicile et SURTOUT avec les BUDGETS appropriés.
    Avec une personne responsable, avec pleine autorité.

    Abondantes salutations, Madame Denis.