Cri du coeur pour nos coeurs de villes et de villages

«Le Québec a besoin de ses cœurs de villes et de villages. Ils sont notre identité, notre lieu d’accueil par excellence, notre carte de visite collective», pensent les membres de la Coalition Coeurs de villes et villages.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Le Québec a besoin de ses cœurs de villes et de villages. Ils sont notre identité, notre lieu d’accueil par excellence, notre carte de visite collective», pensent les membres de la Coalition Coeurs de villes et villages.

Nous avons besoin de nos cœurs de villes et de villages. Que nous vivions à Montréal, à Rivière-du-Loup ou à Coaticook, ils sont notre ancrage culturel, social et économique.

C’est dans nos rues principales que nous nous sentons faire partie d’une communauté. Nous connaissons leurs commerçants. Nous y voyons passer les saisons. Nous nous rencontrons à leurs coins de rue et sur leurs parvis d’églises, que nous soyons actifs ou retraités, en famille ou isolés, et même riches ou pauvres.

C’est dans nos artères commerciales, nos centres-villes et nos noyaux villageois que nous trouvons les commerces et les services utiles à notre quotidien. Proches et accessibles, ils nous aident à alléger le bilan carbone de nos déplacements.

Nos municipalités ont besoin de leurs cœurs. Pour assurer leur vitalité : répondre aux besoins des ménages, attirer des visiteurs, renforcer l’emploi local. Pour équilibrer leur budget, grâce aux revenus de taxes élevés et aux infrastructures optimisées. Pour rassembler et accueillir les événements, défis sportifs et festivals.

Le Québec a besoin de ses cœurs de villes et de villages. Ils sont notre identité, notre lieu d’accueil par excellence, notre carte de visite collective. C’est aussi là que se crée l’emploi, que se développe l’innovation, que s’assure la résilience.

Nous avons besoin, partout au Québec, de cœurs de villes et de villages vibrants et dynamiques.

Et aujourd’hui, plus que jamais, nos cœurs de villes et de villages ont besoin de nous.

Leur situation était déjà préoccupante avant la COVID-19 : perte d’animation, vacance, patrimoine en péril, concurrence d’offres commerciales… Plusieurs indicateurs étaient au rouge avant même que la crise n’éclate.

Les cœurs de villes et de villages ont, depuis, payé cher la mise sur pause du Québec.

L’offre commerciale de proximité a particulièrement souffert de la mise à l’arrêt des commerces « non essentiels ». Alors que plusieurs grandes surfaces pouvaient continuer de vendre des produits divers, les boutiques locales spécialisées sont demeurées fermées de longs mois, à une saison cruciale. Nombre de vélos, de barbecues et de jardinières ont été achetés en grande surface, plutôt que dans les rues principales, et cela ne se rattrapera pas.

Même si les commerçants ont fait de leur mieux pour prendre le virage du commerce en ligne, un certain retard technologique et la concurrence déjà présente ont sans doute miné une partie des bonnes intentions des Québécois en faveur de l’achat local.

En temps normal, les travailleurs des centres-villes sont aussi des clients, tant pour les commerces alimentaires que pour ceux de détail. La fermeture des lieux d’emploi a ainsi privé les commerces de proximité, et les privera encore longtemps, d’un achalandage essentiel.

Au sortir de la crise, les cœurs de villes et de villages pourraient encore subir les conséquences de finances municipales mises à mal. Avec quel argent poursuivre l’embellissement de l’espace public, le soutien aux événements locaux, l’appui aux acteurs sociaux, culturels et communautaires ?

Un plan de relance spécifique

Si nous ne voulons pas que nos cœurs de villes et de villages cessent complètement de battre, nous devons mettre sur pied, à l’échelle nationale, un plan spécifique, partie intégrante de la relance solidaire, prospère et verte prônée par le G15+.

Pour compenser les pertes subies par l’offre commerciale de proximité, l’État doit soutenir les municipalités, qui pourront ainsi déterminer les mesures les plus appropriées à leur contexte.

Les campagnes gouvernementales en faveur de l’achat local doivent promouvoir spécifiquement les commerces de nos cœurs de villes et de villages. Dès aujourd’hui, achetons local dans nos rues principales.

Les acteurs publics devront montrer l’exemple par des politiques d’achats responsables, remplaçant la règle du plus bas soumissionnaire par la prise en compte des retombées complètes.

Pour redonner vie à nos cœurs de villes et de villages, il faut y réinvestir.

Donnons les moyens aux municipalités de se faire belles pour la visite, en requalifiant leurs artères commerciales et leurs noyaux villageois. Soutenons davantage les activités et les événements culturels et lançons des campagnes de promotion touristique mettant en avant le cœur de nos collectivités.

Nombre des bâtiments patrimoniaux qui font la fierté des communautés sont situés dans leurs cœurs : les restaurer permettra de créer, partout au Québec, de l’emploi local.

Pour tout ce qui se construit de nouveau, privilégions nos cœurs de villes et de villages, qu’il s’agisse de logements sociaux ou de services publics. Plusieurs emplacements névralgiques y sont actuellement sous-utilisés.

Les municipalités, les acteurs locaux et les citoyens sont aux premières loges pour travailler à réanimer les cœurs de leurs collectivités. Mais pour y parvenir, ils auront besoin du soutien financier, du leadership et de l’engagement de l’État, au moyen d’un plan d’action complet à court, à moyen et à long termes.

 

*Les membres de la Coalition Cœurs de villes et villages : Béatrice Alain, directrice générale, Chantier de l’économie sociale ; Jean-Pierre Bédard, président, Regroupement des sociétés de développement commercial du Québec ; Renée Genest, directrice générale, Action patrimoine ; Jeanne Robin, directrice principale, Vivre en Ville ; Christian Savard, président exécutif de Rues principales ; Caroline Tessier, directrice générale, Association des sociétés de développement commercial de Montréal.


 
1 commentaire
  • Jean Coulombe - Abonné 26 mai 2020 11 h 57

    Un politique commerciale dévastatrice pour les municipalités rurales

    Les compagnies de pétrole qui exploitent des commerces en région ont selon mon observation, une politique qui favorise l'extinction des centres vitaux des communautés. En exigeant de plus grands commerces (dépanneurs) qui fournissent des produits divers, dont l'épicerie, ils encouragent les gens à ne faire qu'un arrêt à la limite du village (car c'est souvent là qu'ils sont situés) pour faire le plein et acheter des produits tels le pain, le lait, la loterie et la bière, par exemple. Les commerces tels l'épicerie et le dépanneur situés au centre du village ne peuvent que pâtir de cette situation et éventuellement fermer leur porte. Ce qui amène à moyen terme la dévitalisation de la communauté.

    Jean Coulombe