Soutenir les pays africains, une occasion pour le Canada

«Le Canada a un rôle de premier plan à jouer dans cette coordination des efforts multilatéraux face à la COVID-19», écrivent les auteurs.
Photo: Rijasolo Agence France-Presse «Le Canada a un rôle de premier plan à jouer dans cette coordination des efforts multilatéraux face à la COVID-19», écrivent les auteurs.

Dans les pays africains déjà lourdement affectés par des crises sociales et sanitaires causées par la pauvreté omniprésente pour une large majorité de la population, l’état de déliquescence des structures sanitaires et la faiblesse des moyens institutionnels de riposte, l’arrivée de la maladie à coronavirus (COVID-19) est un nouveau et coûteux fardeau. Les systèmes de santé ont déjà du mal à répondre aux maladies courantes avec des taux de morbidité très élevés, comme le paludisme ou la rougeole, ainsi que les maladies chroniques, comme le diabète et les accidents cardiovasculaires. Des conséquences apocalyptiques sont redoutées pour le continent africain face à la pandémie de la COVID-19.

L’hécatombe est prédite par le secrétaire général de l’ONU, qui annonce des millions de morts sur le continent « en l’absence d’une action coordonnée internationale et d’un investissement de 3000 milliards de dollars nécessaires pour éviter une propagation sans limites de l’épidémie ». Cette déclaration sur fond de catastrophisme, qui a révulsé bon nombre d’Africains, vient en écho à l’alarme donnée par le directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la nécessité pour les gouvernements africains de se « réveiller face à la pandémie » et de prendre des mesures énergiques pour éviter des drames humains d’une ampleur sans précédent.

Mais que faire pour des pays où la survie quotidienne relève du miracle pour de larges proportions de la population tant urbaine que rurale ? Comment agir dans un contexte de sous-équipement sanitaire de certains pays de l’Afrique subsaharienne, qui ne comptent que 1 médecin pour 10 000 habitants contre 241 médecins pour 100 000 habitants au Canada ; sans compter les drames générés par les conflits, les calamités naturelles et les catastrophes liées au changement climatique ? Comment mettre en œuvre des mesures de confinement pour des populations majoritairement cantonnées dans une économie de débrouille qui les oblige à se déplacer quotidiennement pour assurer les besoins de base, notamment la nourriture, au point que dans l’imaginaire populaire, les populations font face au dilemme suivant : le coronavirus ou la famine.

Les prévisions sont très pessimistes, voire alarmistes pour l’Afrique face à la pandémie de la COVID-19. Le continent ne peut être laissé seul à son sort. C’est d’ailleurs dans ce contexte de crise généralisée que la solidarité internationale et des réponses coordonnées à l’échelle globale sont encore plus impératives.

Certes, les principaux pays donateurs sont eux-mêmes aux prises avec une crise qui appelle la mobilisation de moyens financiers colossaux. Cependant, comme le souligne avec justesse un éditorial du journal Le Monde, « vaincre la COVID-19 suppose d’aider l’Afrique ». Si les pays du Nord arrivent à endiguer la pandémie à l’intérieur de leurs frontières nationales et que les pays en développement continuent de se battre contre la COVID-19, le problème n’aura pas été réglé. D’après Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, « la maladie reviendra du Sud vers le Nord. Alors, c’est dans l’intérêt des pays du Nord de faire cet investissement massif en Afrique ».

Les États africains eux-mêmes doivent être conscients de leurs propres responsabilités et s’engager résolument dans la lutte contre la pandémie de la COVID-19 en adoptant des réponses appropriées sur les plans sanitaire, économique, environnemental, politique et institutionnel. Le soutien international pourra ainsi apparaître comme un appoint à ces efforts faits au niveau national.

Le Canada a un rôle de premier plan à jouer dans cette coordination des efforts multilatéraux face à la COVID-19. Il a été l’un des premiers à débloquer un soutien financier malgré quelques réactions négatives de son opposition, notamment du Parti conservateur, pour qui l’aide aux pays étrangers pouvait attendre et qui pensait que le gouvernement Trudeau devrait concentrer ses efforts exclusivement et en priorité envers les Canadiens. Le Canada a toujours privilégié une approche multilatérale dans son aide au développement. Cette approche est encore plus indispensable à l’heure de la pandémie de la COVID-19 qui se joue allègrement des frontières.

Le gouvernement canadien a donné, au cours des dernières semaines, un aperçu de sa volonté de se montrer solidaire envers les pays en difficulté en versant, dès le 11 février 2020, 2 millions de dollars à l’OMS pour aider les pays vulnérables à se préparer et à réagir aux événements en lien avec la COVID-19. Le 11 mars 2020, le gouvernement canadien a annoncé une enveloppe budgétaire d’une cinquantaine de millions de dollars destinée à la lutte contre la COVID-19. Finalement, le 5 avril 2020, la ministre du Développement international annoncé un financement de 159,5 millions de dollars pour soutenir les efforts internationaux de lutte contre la pandémie de COVID-19. Ces apports permettraient aux pays bénéficiaires de faire face aux effets désastreux de la pandémie qui viennent amplifier les vulnérabilités déjà très criantes sur les plans économique, sanitaire, environnemental et social.

Sans prêcher pour une instrumentalisation de son soutien, le Canada trouve ici de belles occasions de marquer de précieux points dans sa quête d’un siège au conseil de sécurité de l’ONU, le vote de la majorité des pays africains lui étant indispensable.

8 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 7 avril 2020 08 h 24

    Non merci, on passe

    On est tous persuadé que les pays de l’Occident ont 3 000 milliards a donné à l’Afrique pour limiter le désastre annoncé sur ce continent. Pardieu, la plupart des pays sont banqueroutes présentement. Ils impriment de l’argent pour subvenir à leurs prêts gigantesques et ne pourront même pas boucler les fins de mois dans 16 semaines.

    Pour l’Afrique, on connaît le refrain. Même si on donne des milliards par an, rien ne change. Et cela fait plus de 75 ans. C’est plutôt un changement de mentalité qui doit s’opérer pour faire une différence sur le continent noir. La plupart des pays africains sont encore aux prises avec des dogmes patriarcaux, religieux et culturels où ils placent la femme comme étant inférieure à l’homme.

    Ce n’est pas seulement pour l’Afrique que les prévisions sont pessimistes, mais tous les pays pauvres et populeux qui représentent les deux tiers de la planète. L’Inde, le Pakistan, le Venezuela, la Bolivie et j’en passe beaucoup, sont tous des pays qui n’ont pas les moyens pour faire face à la crise. On ne pourra pas aider tout le monde. Même ici, on improvise au fur et à mesure sans savoir ce que l’avenir va nous apporter, mais on sait que les lendemains de Justin ne seront pas ensoleillés. Pour enrayer la pandémie, plusieurs pays seront mis en quarantaine et même tout le continent de l’Afrique s’il le faut, ceci, de gré ou de force.

    Dois-je vous rappelez aussi que le gouvernement fédéral en place est un gouvernement minoritaire qui n’a pas tellement la cote présentement. Plusieurs citoyens ne voient pas d’un bon œil qu’on envoie des ressources ailleurs dans le monde alors que les citoyens canadiens doivent se priver. Dans ce cas ici, Justin Trudeau ne parle pas au nom des citoyens, mais à une petite clique mondialiste et multiculturaliste qui nous a amené vers cette crise. Et pour le siège au conseil de sécurité aux Nations unies, tout le monde ici s’en fout comme en l’an quarante. Charité bien ordonné commence par soi-même.

  • Hermel Cyr - Abonné 7 avril 2020 09 h 01

    Instrumentalisation ...

    "Sans prêcher pour une instrumentalisation de son soutien...", C'est pourtant ce que vous faites ...

    • Marcel Vachon - Abonné 7 avril 2020 16 h 09

      Monsieur Dionne.
      Il y a un peu de vrai dans votre texte. L'Afrique a tellement été exploité par les blancs. Si vous étiez dans le désert, vous refuseriez de partager un peu d'eau? Il y a des pays en Afrique qui méritent d'être aidés. D'autres moins. À nous de discerner.

    • Cyril Dionne - Abonné 7 avril 2020 23 h 11

      Alors cher M. Vachon, aidez-les, mais ne demandez pas aux autres de faire partie de votre grande gentillesse et grandeur d'âme afin qu'ils paient toute la facture. Mes ancêtres et moi-même n'ont jamais exploité qui que ce soit, encore moins les Africains.

  • Danielle Dufresne - Abonnée 7 avril 2020 10 h 29

    L'Afrique

    Quelle tristesse, mais c'est, je crois, la réalité. L'Afrique est pauvre et ne pourra pas supporter le poids de cette pandémie. Je crains cependant que même si tous les pays riches se mettaient à donner de l'argent l'Afrique ne s'en sortirait pas car, comme le passé l'a démontré assez souvent, une très grande porportion de l,argent qui arrive en Afrique termine sa course dans les comptes privés des dirigeants souvent des dictateurs, de leurs familles et amis. Ils investissent cet argent dans des hôtels de luxe et des résidences secondaires dans les pays d'Europe. L'Afrique doit être aidée, mais elle doit aussi régler ses problèmes de corruption et de détournement de fonds mondials. J,aimerais tant que ce soit différent et que l'Afrique puisse atteindre un niveau de vie plus convenable. C'est triste à pleurer et tous ceux qui détournent l'argent à des fins personnels de luxe éhonté, m'écoeure. Ceci dit il faut que les pays riches se sentent interpelés ENCORE par le sort des Africains et fassent le maximum pour aplatir la courbe.

  • Réal Boivin - Inscrit 7 avril 2020 12 h 23

    C'est le temps pour les africains de montrer ce dont ils sont capables.

    Depuis de trop nombreuses années, les occidentaux ont envoyé des sommes colossales en afrique, bâti des routes, des écoles, des dispensaires et tout ça pour se faire traiter de colonisateurs et de racistes.

    Et bien maintenant il est temps pour les africains de démontrer au monde s'ils ont les capacités pour se prendre en main, survivre ou disparaître.

    Après la deuxième guerre mondiale, la majorité des pays d'europe étaient détruits. Ils n'ont rien demandé au russe, chinois, indiens ou africains. Au contraire, ils leur ont donné l'indépendance qu'ils réclamaient et bien vous l'avez maintenant et le temps est venu pour prouver que vous en êtes capable.

    Sinon, vous serez esclaves du totalitarisme chinois. Bonne chance.

  • Océane Lake - Inscrite 7 avril 2020 12 h 24

    Vous qui critiquez...Que savez-vous de l'Afrique ?

    Il est bien facile de dire que l'Afrique ne mérite pas d'être aidée. Il est aussi facile de renforcer des idées reçues sur l'Afrique. Vous qui parlez sans vraiment connaître la réalité des pays africains, vous qui réagissez négativement à cet article qui nous informe très bien et sans parti pris, vous qui vous plaignez (comme toujours) le ventre plein, mettez-vous à la place des Africains. Je ne parle pas des dirigeants mais des citoyens. Ces gens qui n'ont pas de Fonds d'urgence, pas de prestations gouvernementales, pas d'avances de salaire, pas d'assurance chômage, pas de....pas de...Est-ce que les pays qui ont d'une certaine manière contribuer à leur décheance doivent les ignorer ? Je pense que non. Nous devons arrêter de penser et de voir juste du négatif. Nous sommes à présent tous dans le même bâteau.