Une tendance au repeuplement en région se dessine

«Les cohortes de jeunes ménages qui font le choix de s’établir en région auront demain une participation significative à la croissance naturelle», estime l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Les cohortes de jeunes ménages qui font le choix de s’établir en région auront demain une participation significative à la croissance naturelle», estime l'auteur.

L’évolution démographique d’une ville, d’une région ou d’un pays repose sur deux variables : le solde entre les naissances et les décès, soit l’accroissement naturel, et le solde entre les départs et les arrivées, soit l’accroissement attribuable aux échanges migratoires interrégionaux (comprenant aussi les arrivants d’autres pays).

L’exode des régions

Depuis les années 1950, l’évolution démographique des territoires hors des grands centres urbains a été marquée par une véritable saignée qui a affaibli considérablement le capital humain des régions. L’exode est la principale cause de cette hémorragie, et comme ce problème touchait tout particulièrement les jeunes tranches d’âge de la population, l’accroissement naturel a aussi été entraîné dans ce processus d’appauvrissement démographique des régions.

La décroissance et le vieillissement prématuré des populations en région consolidée sur une période de plus de 60 ans laissaient peu d’espoir pour un redressement.

Le 11 juillet dernier, l’Institut de la statistique du Québec dévoilait les perspectives démographiques de 2016 à 2066 pour l’ensemble du Québec, et de 2016 à 2041 à l’échelle régionale. On déclarait que les données présentées « rendent compte de la direction vers laquelle la population du Québec se dirige si les tendances actuelles se maintiennent ».

Dans les tableaux de l’ISQ, plusieurs municipalités des régions intermédiaires et périphériques, dites régions ressources, présentent, sur la base des « tendances historiques », des perspectives inquiétantes pour leur avenir, que certains n’ont pas hésité à dramatiser. Le président de la firme de consultants Groupe Ambition, Pierre Bernier, a soutenu en juillet dernier que près de 200 municipalités pourraient devoir « fermer » d’ici 2025.

Mais il est hasardeux de prédire la mort d’une communauté. Surtout dans un contexte de grands bouleversements, quand les transitions économique, numérique et écologique modifient les logiques de l’occupation du territoire et, dans leur sillage, la configuration géographique de la répartition des activités économiques et des populations.

Un exode urbain qui profite aux régions

Dans une publication en date du 20 février dernier, l’ISQ dévoile les soldes migratoires entre « entrants » et « sortants » par région administrative, grandes villes et MRC, pour les années 2001-2002 à 2017-2018. En comparant les données de 2001-2002 à celles des années qui suivent, les signes d’une nouvelle tendance apparaissent : les bilans migratoires des principaux pôles urbains révèlent des pertes croissantes alors que les écarts négatifs entre arrivées et départs en région s’atténuent, et sont même renversés, principalement depuis 2010. Ainsi, Montréal a perdu 150 177 personnes dans ses échanges migratoires interrégionaux entre 2010-2011 et 2017-2018, et 23 663 pour la seule année 2017-2018. À Québec, sans être négatifs, les soldes migratoires annuels sont faibles, soit une moyenne annuelle de 416 entre 2010-2011 et 2017-2018. Ce mouvement prend la forme d’un véritable exode urbain.

Les couronnes périurbaines et les régions voisines de Montréal et de Québec (Montérégie, Lanaudière, Laurentides, Capitale-Nationale, Chaudière-Appalaches) sont largement bénéficiaires de ces déplacements, mais pas exclusivement. Les régions intermédiaires et périphériques (régions ressources), avec leurs villes petites et moyennes et leurs territoires ruraux, tirent aussi profit de cet exode qui frappe les grands centres. Ainsi, pour la période de 2002 à 2018, les écarts entre les entrants et les sortants ont eu ici une évolution nettement positive, trois des sept régions ressources parvenant même à renverser la tendance négative.

Longtemps terre d’exode, les régions deviennent des terres d’accueil, des terres d’avenir qui devraient recevoir une attention plus grande de la part des chercheurs et des décideurs publics. L’économie spatiale et plusieurs valeurs sociétales sont en mutation et avec elles les logiques de l’occupation de l’espace.

Les bilans migratoires ne compensent pas encore les déficits de la croissance naturelle, mais ils sont porteurs d’un élan qui permet l’optimisme. Et les cohortes de jeunes ménages qui font le choix de s’établir en région auront demain une participation significative à la croissance naturelle. Il faut voir les initiatives et expérimentations en cours dans les régions pour se convaincre des nouveaux dynamismes qui émergent un peu partout.


 
3 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 12 mars 2020 09 h 49

    Qui est la grosse tête qui a inventé les « régions » ?

    Une question pour ce brave monsieur Vachon.
    Au Québec, avant la Révolution tranquille, personne ne se concevait comme « régional », encore moins comme « périphérique ». Personne n’avait eu l’outrecuidance de s’imaginer au Centre de quoi que ce soit. Les concepts de Centre et de Périphérie étaient encore absents des esprits. Il était normal de vivre soit en ville, soit au village ou à la campagne. Nul n’en faisait tout un plat. C’est cette normalité d’habiter où que ce soit sur le territoire qu’il faudra retrouver un jour. Se pourrait-il que fondamentalement, le concept même de « régions » soit plutôt pernicieux ?
    Hergé, le célèbre auteur de Tintin, aurait pu ajouter une injure au répertoire pourtant déjà riche du capitaine Haddock : « Espèce de périphérique ! »

  • Bernard Vachon - Inscrit 13 mars 2020 07 h 00

    Bernard Vachon

    Un tableau du texte original n'a pas été publié dans l'article du Devoir. Vous le retrouverz dans la publication complète ici :
    https://passerelles.quebec/publications

    • Jacques Boucher - Abonné 13 mars 2020 10 h 57

      On dirait que le lien ne fonctionne pas...