Le peuple du Chili a besoin de notre soutien

Depuis le 18 octobre 2019, point de départ d’un soulèvement citoyen et populaire toujours très vivant, on y constate de multiples atteintes aux droits de la personne.
Photo: Javier Torres Agence France-Presse Depuis le 18 octobre 2019, point de départ d’un soulèvement citoyen et populaire toujours très vivant, on y constate de multiples atteintes aux droits de la personne.

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’aujourd’hui le Chili ne fait pas la une des grands médias. Pourtant, depuis le 18 octobre 2019, point de départ d’un soulèvement citoyen et populaire toujours très vivant, on y constate de multiples atteintes aux droits de la personne, dont tout porte à croire qu’elles sont systématiques et généralisées. Et il ne s’agit pas des impressions d’un observateur isolé, mais des conclusions d’au moins cinq organisations internationales ayant pignon sur rue, crédibles et reconnues dans le domaine des droits de la personne et ayant fait rigoureusement enquête dans ce pays. Conclusions que partage la mission québécoise et canadienne d’observation sur les droits humains qui a séjourné au Chili entre le 18 et le 27 janvier 2020 et qui était composée de représentants de partis politiques et d’organisations syndicales comme de membres du monde universitaire et de la société civile.

Au moins 31 morts

C’est ainsi qu’au 31 janvier 2020 ont été comptabilisés — depuis le 18 octobre 2019 — au moins 31 morts et 3748 blessés, dont 141 lors de tirs d’armes à feu de la police et 427 souffrant de lésions oculaires (parmi lesquels 29 ont eu une perte partielle ou totale de la vue). Ont été comptabilisées aussi les arrestations de 9545 personnes (dont 12 % d’enfants et d’adolescents), et près de 1000 personnes toujours détenues de manière préventive. Il a aussi été constaté une série de violations aux droits de la personne à l’égard des détenus dans les commissariats, avec 886 cas d’usage excessif de la force, 192 cas de violence politico-sexuelle touchant les femmes (dont 179 correspondant à des mises à nu) et 463 cas de traitements cruels, inhumains ou dégradants. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ont été portées devant les tribunaux 1215 mises en accusation judiciaires en faveur de 1527 victimes.

On le voit, ces violations sont loin d’être anodines et se combinent — en ce pays où le néolibéralisme est roi — à une dévalorisation chronique des droits sociaux et environnementaux réduits à leur portion congrue, faisant, par exemple, que moins de 12 % des travailleurs et travailleuses en activité sont syndiqués et que 50 % des femmes gagnent moins de 300 000 pesos (moins de 500 $ canadiens par mois). Ou encore que 40 % des 345 communes du pays se trouvent en état de pénurie hydrique et doivent être approvisionnées par camions-citernes pour répondre à leur besoin en eau potable.

Défenseur des droits de la personne ?

Or, au plan international, le gouvernement canadien de Justin Trudeau s’est toujours présenté comme un ardent défenseur des droits de la personne. En particulier à l’égard du Venezuela du président Maduro, vis-à-vis duquel il a même organisé, en 2017, un boycottage économique, jugeant que ce pays se rendait complice d’atteintes intolérables aux droits de la personne. Mais là, dans le cas du Chili du président Pinera, pas un mot : le silence radio. Plus encore, on prétend même — par la voix de la porte-parole des affaires étrangères, Mme Goldwin — que le gouvernement chilien « prend des mesures importantes pour répondre aux besoins de ses citoyens ». Comme s’il y avait là une politique des « deux poids, deux mesures ». Une politique incompréhensible, à moins de se rappeler qu’il y a au Chili près de 40 entreprises minières canadiennes, dont les fameuses Barrick Gold, Tekc Cominco Limited et Los Andes Copper, qui promeuvent plus de 100 projets de développement miniers (cuivre, or, lithium, etc.).

Au regard des faits — des faits corroborés par la récente mission d’observation québécoise et canadienne —, il est temps que ces si nombreuses atteintes aux droits de la personne cessent. D’autant plus que tout porte à penser que les mois de mars et d’avril risquent d’être des mois décisifs pour le peuple chilien. Là-bas, c’est, après la période estivale, le retour en classe des étudiants et, avec eux, le retour en force de la mobilisation sociale, notamment autour de la campagne plébiscitaire et dans le sillage des manifestations et de la grève des femmes appelées par le mouvement féministe chilien autour du 8 mars. Au vu des événements passés et des comportements de la police du Chili, il y a tout à craindre que la répression la plus indiscriminée soit utilisée pour y faire face. Les gouvernements du Québec et du Canada ne peuvent rester indifférents à cette situation. Ils doivent se faire entendre à ce propos sans ambiguïté aucune. À nous de leur faire comprendre qu’il leur faut enfin ajuster leurs bottines à leurs… babines !


 
4 commentaires
  • Raynald Blais - Abonné 6 mars 2020 03 h 58

    Plus que notre soutien

    La bourgeoisie canadienne applique une politique de "deux poids, deux mesures" quant aux multiples atteintes aux droits de la personne dans un pays offrant, grâce au néolibéralisme, ses richesses à près de "... 40 entreprises minières canadiennes, dont les fameuses Barrick Gold, Tekc Cominco Limited et Los Andes Copper, qui promeuvent plus de 100 projets de développement miniers."
    Pourtant il y a bien meilleure façon d’aider le peuple chilien que de lui offrir notre soutien. Les Canadiens doivent prendre en main la direction de la politique internationale canadienne des mains de sa bourgeoisie.

  • Raynald Blais - Abonné 6 mars 2020 04 h 27

    La meilleure façon...

    La bourgeoisie canadienne applique une politique de "deux poids, deux mesures" quant aux multiples atteintes aux droits de la personne dans un pays offrant, grâce au néolibéralisme, ses richesses à près de "40 entreprises minières canadiennes, dont les fameuses Barrick Gold, Tekc Cominco Limited et Los Andes Copper, qui promeuvent plus de 100 projets de développement miniers (cuivre, or, lithium, etc.)"
    La meilleure façon d’offrir notre soutien au peuple chilien est de prendre la direction de la politique internationale canadienne des mains de notre bourgeoisie.

  • Richard Legault - Abonné 6 mars 2020 06 h 29

    Merci Monsieur de nous informer de cette triste et déplorable situation et du courage de ces gens qui continuent à manifester malgré cette violence étatique et policière. C'est tellement choquant de voir et réaliser l'hypocrisie de nos dirigeants qui nous mentent effrontément en prétendant avoir à coeur les droits de la personne (ou les changements climatiques) et qui, en fait, agissent presque toujours pour les intérêts des multinationales . Toujours prêts à prétendre défendre la démocratie, comme si ces états néo-libéraux l'étaient vraiment...

  • Pierre Rousseau - Abonné 7 mars 2020 08 h 20

    Deux poids, deux mesures... et les Mapuche ?

    Quand la majorité non-autochtone du Chili se soulève et est victime de violation des ses droits humains, on voit les ONG internationales voler à leur secours et crier « Au meurtre ! » mais pas un mot sur la violation des droits fondamentaux des Mapuche du Chili. Je trouve déplorable qu'une commission d'observateurs canadiens n'aie pas au moins eu la décence d'aller voir les Mapuche pour aussi parler de ces violations à leurs droits.

    En effet, ça fait des décennies que le Chili se sert de la loi anti-terroriste de la dictature de Pinochet pour s'attaquer aux droits des Mapuche à leurs territoires et à leurs droits ancestraux. Des compagnies multinationales se sont emparées de leurs territoires pour en exploiter les ressources malgré l'opposition claire des Mapuche et la réponse du gouvernement fut d'attaquer les protecteurs de la terre et de les enfermer en les traitant de « terroristes ». Cela s'est produit autant sous la présidence de Mme Bachelet de gauche que de celle de la droite, y compris de M. Pinera.

    Les Mapuche vivent au sud de Santiago et leur centre principal est Temuco. C'est un peuple qui occupe un territoire très vaste qui chevauche 2 pays, le Chili et l'Argentine. Ils ont résisté depuis la colonisation espagnole et ont infligé des défaites cuisantes aux Espagnols jusqu'à ce qu'ils soient finalement subjugués par une majorité « blanche ». Ces derniers vouent une hostilité non dissimulée envers ce peuple fier qui continue à les défier pour protéger leur langue, leur culture et leur territoire.

    Peut-être que nos chers observateurs ont décidé de garder une petite gêne compte tenu de la manière dont le Canada viole aussi les droits des peuples autochtones mais ils ont raté une bonne occasion de faire amende honorable.

    Est-ce que les ONG canadiennes ne devraient pas aussi appuyer les Mapuche quand ils se donnent la peine d'aller au Chili ?