Des solutions existent (déjà) à la pénurie d’enseignants

Il existe de multiples voies d’accès au brevet d’enseignement depuis longtemps, insiste l'auteur.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Il existe de multiples voies d’accès au brevet d’enseignement depuis longtemps, insiste l'auteur.

Depuis quelque temps circule une pétition lancée par l’Institut d’histoire de l’Amérique française (IHAF) et intitulée : « Valorisons nos diplômés ! Pour un accès élargi à la profession enseignante ».

Le 21 février, un reportage de Radio-Canada relayait l’info, avec le témoignage de Louise Bienvenue, professeure d’histoire à l’Université de Sherbrooke — et une des instigatrices de la pétition —, celui d’une étudiante de maîtrise s’estimant incapable d’accéder à l’enseignement et celui d’un représentant d’un syndicat enseignant local se disant favorable à la suggestion. On y déplorait la longueur de la formation actuelle menant au brevet d’enseignement au secondaire et plaidait pour le retour au certificat d’un an en éducation, comme cela était le cas avant la mise en place des baccalauréats de quatre ans au milieu des années 1990.

L’Association québécoise pour la didactique de l’histoire et de la géographie salue la préoccupation de l’IHAF envers le monde de l’enseignement, et en particulier envers la pénurie d’enseignants et les voies de formation qui mènent à la profession enseignante. Toutefois, le texte d’introduction invitant à signer la pétition contient des erreurs, des demi-vérités et de la confusion qu’il importe ici de rectifier.

Ainsi, l’introduction de la pétition affirme que, « depuis 1994, le baccalauréat de quatre années en sciences de l’éducation s’est imposé comme l’unique voie d’accès aux carrières enseignantes » et qu’il « est grand temps de diversifier les voies d’accès à l’enseignement ».

Il est difficile de croire que les auteurs de la pétition ignorent que de multiples voies d’accès au brevet d’enseignement existent en fait depuis longtemps, d’autant que le ministre a revu l’été dernier le Règlement sur les autorisations d’enseigner pour l’assouplir davantage et faciliter ainsi, pour les détenteurs d’un baccalauréat disciplinaire, l’accès aux emplois en enseignement.

Le Conseil supérieur de l’éducation a même produit un avis à ce sujet. Tout cela a fait l’objet d’articles et de réactions dans les médias. Il est donc étonnant que le texte de la pétition ne mentionne aucun de ces changements. Plus loin, le texte ajoute à la confusion en contredisant son affirmation de départ : on apprend qu’il existe en fait, pour les bacheliers spécialisés en histoire et en d’autres disciplines, « une longue et onéreuse maîtrise dite “qualifiante” ».

Or, ces maîtrises existent depuis plus de dix ans. Elles permettent à un bachelier disciplinaire, souvent pendant qu’il travaille dans une école, de faire sa formation didactique, pédagogique et pratique (stages supervisés) à l’enseignement. À temps complet, cette formation peut se réaliser en deux ans.

Passerelles

En outre, des « passerelles » existent depuis longtemps, vers plusieurs programmes de baccalauréat en enseignement secondaire du Québec ; elles créditent en bloc les cours disciplinaires déjà suivis à l’université et permettent d’obtenir en deux ou trois ans, selon le cas, une formation en éducation et le brevet. Chaque année, beaucoup de bacheliers disciplinaires s’en prévalent et deviennent enseignants.

Cela dit, les promoteurs de la pétition soulignent d’entrée de jeu que la baisse des inscriptions motive cette pétition, ce qui laisse penser que le contexte de pénurie est en fait un prétexte pour diminuer la part de la formation pédagogique et didactique des futurs enseignants du secondaire pour la ramener aux 30 crédits dont elle était constituée avant l’arrivée des baccalauréats de quatre ans.

D’ailleurs, on chercherait en vain, tant dans le texte de la pétition que dans le reportage de Radio-Canada, un début d’argumentaire rationnel et informé en faveur d’une telle proposition. Le contexte de pénurie suffit-il à justifier de diminuer la formation des enseignants ? Diminuera-t-on ou altérera-t-on la formation en médecine parce qu’il existe des pénuries de médecins en région ou parce que les urgences débordent ?

Au-delà de préoccupations bien compréhensibles de la part d’universitaires disciplinaires qui aimeraient que les 30 crédits en jeu reviennent dans leurs facultés, où est la démonstration que plus de crédits disciplinaires et moins de crédits en éducation forment à eux seuls de meilleurs enseignants ?

Le seul « argument » mentionné est celui de la « passion » : les bacheliers disciplinaires seraient des passionnés : cela sous-entend-il que les bacheliers en enseignement le sont moins, voire ne le sont pas ? La seule passion pour la discipline est-elle garante d’une capacité à tenir et à gérer un groupe d’adolescents ? À planifier des cours motivants adaptés à chaque groupe d’élèves ? À évaluer justement les apprentissages ?

Le cas échéant, nous en demandons la démonstration, à l’heure où, tant de la part du milieu scolaire que de nos étudiants, la pression est forte pour augmenter plutôt la part dans la formation dévolue aux cours de gestion des comportements.

Aller-retour

Il y a de bonnes raisons pour lesquelles les baccalauréats de quatre ans se sont imposés, au milieu des années 1990, et pourquoi ils sont basés, depuis 2001, sur un aller-retour entre la formation pratique et théorique : l’enseignement étant un métier d’action qui exige de savoir agir avec efficacité dans une grande variété de situations, en classe comme en dehors de celle-ci, le milieu scolaire demandait des enseignants mieux formés à toutes ces dimensions. Il en a résulté une augmentation du nombre d’heures de stages supervisés, lesquelles passèrent alors à 700, un nombre conséquent d’heures, mais certainement pas un nombre exagéré.

Les directions d’établissement scolaire peuvent demander au ministère de l’Éducation de permettre une tolérance d’engagement dans toutes les situations où elles embauchent une personne non légalement qualifiée pour une tâche d’enseignement générant un contrat à temps partiel ou complet et où cette personne a dix ans pour terminer sa formation qualifiante tout en enseignant.

Les universités sont à pied d’oeuvre pour préparer des projets innovants afin d’assurer la formation des personnes en exercice, et ce, sans diminuer la qualité de la formation et de la prestation de service. Dans ces conditions, nous saluons l’intérêt qu’expriment les plus de 300 signataires de la pétition envers l’enseignement de l’histoire et nous espérons que cet intérêt se manifestera lorsque des postes seront à pourvoir ou au moment des inscriptions dans les nombreux programmes de formation à l’enseignement.

27 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 28 février 2020 05 h 27

    Bravo pour l'article.

    Bravo pour l'article. Elle décrit très bien la réalité.

    Le véritable problème se porte sur le 4e stage non rémunéré d'une année d'enseigment - stage obligatoire depuis le milieu des années 90 (il en a trois avant celui-ci).

  • catherine turcotte - Abonnée 28 février 2020 07 h 26

    Secondaire et primaire

    Ce texte remet les pendules à l'heure. Savoir enseigner, quand on est enseignant, c'est important ! Il reste que la pénurie actuellement sévit au préscolaire, primaire et en adaptation scolaire et que pour ces champs de pratique, la maitrise qualifiante demeure une option à éviter à tout prix si on souhaite des enseignants compétents dans toutes les matières enseignées au primaire et dans toutes leurs sphères d'intervention. Instruire, socialiser, qualifier...

    • Charles-Étienne Gill - Inscrit 28 février 2020 13 h 44

      Le Devoir lui-même invalide votre thèse, voici par exemple un témoignage rapporté à la rentrée : « Antoine Côté s'apprête à commencer sa dernière année au baccalauréat en enseignement du français au secondaire à l’Université de Montréal. Avant même d’avoir quitté les bancs d’école, le jeune de 23 ans a déjà obtenu un contrat dans une école du quartier Côte-des-Neiges, en décembre dernier. Après seulement 30 jours de stage dans une classe de cinquième année du secondaire, ce dernier a obtenu un contrat à durée indéterminée dans la même école» Source : https://www.ledevoir.com/documents/special/19-08-penurie_enseignants/index.html

      Il est donc évident qu'il y a aussi un problème au secondaire. Je ne me prononcerai pas sur vos champs, mais il est évident que la formation actuelle décourage le titulaire d'un bac, d'une maitrise, voire d'un doctorat dans le contexte de l'enseignement au secondaire. J'aimerais savoir en quoi 60 crédits de pédagogie et didactiques, composés en partie de stages (dont la valeur est minime en termes de crédits) garantissent une meilleure formation que par exemple un DESS.

      Dans le Bac. spécialisé en histoire, 18 crédits peuvent faire partie de la « formation connexe ». Donc l'étudiant en histoire pourrait déjà y puiser des cours et terminer ses études de premiers cycles, en choisissant des cours de didactiques liés à sa matière, des cours sur les TIC pour favoriser la création d'activités d'apprentissage et deux stages pourraient même être offerts, un d'observation et l'autre plus immersif.
      Ensuite, 10 cours au DESS, incluant deux stages pourraient compléter la formation.

      Ces cours seraient évidemment d'un niveau intellectuel plus rigoureux et exigeraient déjà les compétences d'un bac, voilà donc ce qui remplacerait les 60 crédits du bac en enseignement secondaire. La différence, c'est que dans le bac spécialisé, le futur prof peut approfondir.

  • Cyril Dionne - Abonné 28 février 2020 08 h 03

    Vous prêchez à votre paroisse

    Depuis quand l'école des sciences de l'éducation est un passage obligatoire pour devenir un bon enseignant? Tout ce que cette institution offre, ce sont des cours théoriques qui ne s'appliquent pas nulle part dans le monde de l'éducation. Après mon passage obligatoire dans ces cours dénués de sens à part pour les corporatistes du monde de l'éducation qui en tire un emploi bien rémunéré et facile, j'ai fait table rase en jettant les documents et cahiers de ces cours à la poubelle à ma première journée d'enseignement. Il m'a fallu faire un désapprentissage de toutes les notions farfelues apprises dans ces cours pour devenir un pédagogue compétent.

    Depuis quand a-t-on besoin de quatre années en science de l'éducation pour être un bon enseignant? Pardieu, oui le métier d'enseignant est un où on doit prêt à faire face à toutes les situations et imprévus (tout comme pour les autres professions aussi), chose qui ne s'apprend que devant une véritable salle de classe avec des vrais élèves et non pas dans un cours universitaire théorique. Les cours de pédagogie sont surévalués et pas à peu près.

    Aussi, comment dire sans sourciller qu'on peut comparer la médecine et le travail d'un médecin à celui d'un enseignant en salle de classe? On ne peut pas aller chercher des personnes dans la rue pour prendre la place du médecin, mais pour un enseignant oui, et ceux-ci sont souvent très efficace à transmettre les savoirs aux élèves, remplaçants obligent.

    La journée qu'on va finalement comprendre qu'enseigner, ce n'est pas seulement la transmission des savoirs, de faire des élèves des citoyens modèles et avertis qui conjuguent avec les autres, mais c'est surtout leur donner le goût d'apprendre et d'aimer l'école. C'est cela la créativité en milieu scolaire. Là, on ne verra plus beaucoup de décrochage.

    • André Labelle - Abonné 28 février 2020 12 h 00

      J'ai déjà eu des profs extrêmement ennuyants qui sortaient d'un bac ou même d'une maîtrise dans une discipline ou une autre. En fait ces personnes auraient aussi bien pu été embauchées dans un labo, une entreprise de développement de produits spécialisés. etc. Ces profs ennuyants avaient sans doute choisi l'enseignement pour les deux mois et plus de vacances. Pas pour leur amour des jeunes et de l'enseignement.
      En fait j'irais jusqu'à dire que selon moi un bon prof c'est celui que les jeunes aiment. Pas celui qui en connait le plus dans la matière spécifique. Évidemment, l’idéale c’est d’avoir le max de compétence pédagogique et disciplinaire
      Alors je pense que la formation en pédago et en psycho doit primer pour la profession d'enseignant.
      Des profs légalement diplômés quittent la profession d'abord pour les mauvaises conditions de travail, la mauvaise gestion du personnel des directions et des mauvais salaires en général.
      Alors je trouve complètement ridicule d'affirmer comme vous que « Les cours de pédagogie sont surévalués et pas à peu près. » Je pense au contraire que dans les facultés d'enseignement on doit faire de la qualité des cours de pédagogie la première priorité.

      «Pour voir qu'il fait noir, on n'a pas besoin d'être une lumière.» [Philippe Geluck]

    • Cyril Dionne - Abonné 28 février 2020 13 h 59

      Cher M. Labelle,

      Ah! Ben. Le meilleur enseignant est celui que les jeunes aiment. Évidemment, vous n'avez jamais enseigné aux jeunes. Souvent, quand les jeunes aiment leur prof, c'est parce qu'ils n'apprennent rien et perdent leur temps. Ou l'opposé, lorsqu'ils réussissent parce qu'ils ont compris que le génie est 10% héréditaire et 90% du travail acharné.

      Pour mon expérience personnelle, les jeunes adoraient être dans ma classe, mais pour les bonnes raisons; ils réussissaient. Des groupes d'élèves qui peinaient à atteindre les seuils proscrits les années auparavant, les dépassaient dans ma classe. Et ce n'était pas à cause de moi, le crédit leur revenait à 100%. Le meilleur compliment que j'ai reçu d'un élève fut lorsque qu'il me dit qu'il n'aimait pas l'école, mais il aimait être dans ma classe. J'ai aussi initié des élèves de dix ans à la robotique et la programmation. Ils sont devenus tellement bons, qu'ils ont remporté les grands honneurs à une compétition régionale, nous qui étions seulement une petite école composée d'élèves blancs et autochtones perdue dans le nord.

      Et dire que je n'ai rien appris de cela dans mes cours de pédagogie obligatoires. On appelle cela le gros bon sens, une qualité qui semble déficiente dans les tours d'ivoire de l'éducation.

    • Charles-Étienne Gill - Inscrit 28 février 2020 14 h 13

      Il n'est pas évident que la formation, idéologiquement encarcanée, du bac en enseignement soit suceptible de créer l'effet que vous désirez. Et contrairement à vos expériences, mes profs en histoire et en géo (au lieu de cette bêtise «d'Univers social») avaient tous les deux des maitrises (et bien sûr une formation en pédagogie) et c'est ce qui fait que j'ai choisi d'approfondir ces disciplines en secondaire 5.

      Ces profs étaient assez solides pour que je conteste, avec mes propre projets de recherche, leurs thèses. C'est ainsi que j'ai utilisé un livre édité en 1936 sur le Tcheka pour faire le portrait de Félix Dzerjinski. C'est précisément la richesse de cet encadrement méthodologique et leur grande maitrise de leur champ qui m'ont permis de développer un énorme bagage (pour un jeune). Ainsi j'ai eu le courage d'entreprendre des études en arts parce que je me doutais bien (je trouvais bébé les manuels du cégep que je consultais) que j'apprendrais peu de nouveaux savoirs au Cégep si j'allais en sciences humaines. C'est ce qui fait que je me suis retrouvé à la majeure en communication, puis au Liberal Collège de Concordia, pour finir par rédiger à la maitrise un mémoire sur la science-fiction en littérature comparée. Mes dernière études furent un microprogramme en enseignement post-secondaire. Je veux dire par là que j'ai constamment eu de la faciliter de passer d'un champ à l'autre, quel que soit le niveau. Tout ça, c'est l'héritage de ces deux profs...

      Or, je n'ai jamais eu autant de problèmes que lors du microprogramme en enseignement, malgré une bonne foi et une bonne volonté évidente de ma part. Je dois aussi dire qu'on y encourage des illusions qu'on y professe une aptitude dogmatique. Il me fallait constamment me blinder avec des références bien plus nombreuses que ce qui était attendu, parce que j'allais à contre-courant et que je me permettais de contester le paradigme socioconstructivsite. Allan Bloom, Hannah Arendt? Connais pas.

    • Serge Pelletier - Abonné 28 février 2020 15 h 38

      M. Labelle, malheureusement M. Dionne a pratiquement raison sur tout. Cela ne fait pas des plaisirs à dire, mais c'est la triste réalité.
      Personnellement, j'ai complété un baccalauréat en éducation, c'était une vraie de vraie joke plate: majorité des professeurs complètement incompétents en tout, majorité des chargés de cours qui était issue du système et sombraient les abysses de l'insignifiance, majorité des étudiants(es) immatures. Ce n'est encore rien, le même constat lors de la maîtrise en administration scolaire. Le problème se porte sur le fait que le système se reproduit par lui-même.

      Je suis bien placé pour en juger les lacunes, j'avais, voici bien longtemps les deux études précitées, compléter une maîtrise en éducation (simultanément à une autre maîtise) - c'était l'époque où les professeurs étaient tous issus du système dit "classique", l'époque où l'on devait travailler réellement "fort" (lectures, recherches, rédaction, etc.). C'était l'époque ou le discours argumentatif faisait force de loi et de connaissances. La mondre erreur donnait reprise de la rédaction, le plagiat = 0.

      Quant à l'histoire du baccalauréat de 4 ans, cela est une fumisterie. J'en sais quelques-unes, car j'étais alors sur la Commision élargie des études (UdeM) - ça c'est la bébelle administrative qui autorise les programmes ou les modifications de ceux-ci. Cette affaire du passage de 3 à 4 ans était basée sur une étude de l'Université du Québec à Trois-Rivières (début 1990) qui relevait de graves lacunes en matière de connaissances générales... Ouais, et c'était plus que vrai. Exemple de résultat: 45% des finissants(es) de l'année précédente croyait que l'été le soleil passait entre la terre et la lune, ce qui expliquait la raison de journées plus chaudes...J'étais pratiquement le seul (avec le Secrétaire général de l'UdeM) à dire qu'il fallait revoir le curriculum des cours et non augmenter le nombre d'années de scolarité...Résultat: Ouais! Kein toé, une année de stage.

    • Charles-Étienne Gill - Inscrit 28 février 2020 18 h 35

      Merci Monsieur Pelletier pour vos lumières et le partage de votre expérience. J'essaie de ne pas emmerder avec ma propre perspective, qui demeure sans doute peu importante, mais j'ai moi-même participé à la création de trois programmes, pour le collégial. Il ne m'est donc pas difficile de comparer cette expérience à mon passage dans une faculté d'éducation, alors quand j'analyse les programmes d'enseignement au secondaire des universités, on peut constater effectivement que le programme correspond à deux fois 60 crédits, mais que la «majeure» du champ disciplinaire est problématique, comme une version diluée de l'originale.

      Il y a donc un an qui est perdu et mon intuition, c'est que l'année supplémentaire est une pompe à finances et surtout une manière d'asseoir la mainmise des facultés d'éducation en excluant les disciplines. Les candidats, pressés qu'ils sont, avec des stages énormes, très peu crédités, n'ont pas l'occasion de maitriser correctement la discipline. C'est comme si tout ce qui comptait c'est la compréhension élémentaire.

      Je suis persuadé qu'avec un bac spécialisé (ou encore une majeure en littérature et une mineure en linguistique, pour l'enseignement du français), sachant qu'ils auront ensuite accès à des postes, on aurait des candidats prêts à faire un DESS et pourrait concentrer les savoirs déclaratifs propres à la pédagogie (2-3 cours) ce qui laisse de la marge pour des stages d'insertion à la profession.

      Enfin, il faut impérativement valoriser les maitrises et même les doctorats au secondaire, ça prend des gens qui soient capables de regarder les niaiseries de ministère pis de pondre des livres sur le sujet, sans se sentir peu à leur place dans leur école secondaire, comme s'ils étaient déclassés.

    • André Labelle - Abonné 28 février 2020 21 h 16

      re : 28 février 2020 13 h 59
      M. Dionne, Vous vous mettez les deux pieds dans la bouche. Vos préjugés vous aveuglent. D'abord j'ai une formation enseignement, une formation en marketing et en administration des affaires.
      J’ai une expérience en enseignement au primaire, au secondaire ainsi qu'au collégial et en formation des adultes. J'ai également été conseiller pédagogique au collégial. Vous avez donc tout faux me concernant, vous parlez carrément à travers votre chapeau. Je considère avoir assez d'expérience pour donner un avis, peut-être pas celui d'un expert mais sans doute éclairé et je maintiens, ne vous en déplaise celui que j'ai écrit.
      De plus, vos arguments me semblent pour le moins douteux. Les élèves oisifs ne sont généralement pas très heureux en classe et c'est souvent parce que certains de leurs profs s'en tiennent à de l'occupationnel et par manque de connaissances pédagogiques les laissent à eux-mêmes. Je constate donc que vous avez une piètre opinion des élèves.
      Si je suis votre ligne de pensée, pour enseigner au primaire et au secondaire nul besoin d'une formation en pédagogie. Juste du gros bon sens.
      Mais il est peut-être vrai que, étonnamment, vous avez été un bon enseignant. Alors quel prof vous auriez été si vous aviez cru en la pédagogie !

      «La poule qui chante le plus haut n'est pas celle qui pond le mieux.»
      [Thomas Fuller]

    • Cyril Dionne - Abonné 29 février 2020 07 h 05

      Encore une fois, cher M. Labelle,

      On est tous bien content d'apprendre que vous avez été enseignant. Et pis après?

      Cela dit, dire qu'il y a des apprenants oisifs dans une salle de classe, quelle nouvelle. Il y a vraiment quelque chose de nouveau sous le soleil. Cher monsieur, il y a toujours des élèves oisifs dans les classes comme il y a toujours des personnes oisives dans toutes les sphères des activités humaines et ceci, même à la guerre et c'est pourquoi qu'elles ne vivent pas très longtemps.

      Votre argumentaire, s'il existe, tiens sur une vision bureaucratique et corporatif de l'enseignement. On n'apprend pas les relations humaines comme veut la pédagogie théorique; on les vit. Désolé pour vous, mais je valorisais mes élèves parce que j'apprenais plus d'eux qu'ils apprennaient de moi, mais je ne leur disais pas. Même, je n'avais pas peur de dire que j'avais fait une erreur sur tel ou tel sujet devant toute la classe, chose impensable pour la plupart des enseignants parce que les enfants relatent tout à leurs parents de leur journée à l'école au souper.

      En ce concerne les cours de pédagogie à outrance, un tiers des candidats de ma classe en éducation n'ont pas survécu un an en salle de classe. Ils ont quitté l'enseignement tout court après y avoir goûté. Il y a un monde de différence entre la théorie de la pédagogie et la réalité. Personnellement, lors de ma formation en éducation, j'aurais préféré être devant une salle de classe 90% du temps au lieu d'être assis à écouter un fonctionnaire de l'éducation qui n'a jamais mis les pieds dans une salle de classe. J'ai appris plus dans une semaine devant les élèves d'une salle de classe que toutes mes années de formation à l'université. Il n'y a pas de substitut pour la réalité de la salle de classe.

    • Charles-Étienne Gill - Inscrit 29 février 2020 10 h 23

      Monsieur Labelle, en dehors de votre justification sur votre expérience, je ne crois pas que l'esprit des commentaires de Monsieur Dionne invalide «la pédagogie» en tant que telle, mais bien celle que « les sciences de l'éducation » promeuvent. Il décrit assez bien les expériences qu'il a mises en place, dans des contextes peu évidents.

      De toute façon, les bons textes en pédagogie s'inspirent souvent justement des bonnes pratiques sur le terrain, mais ces pratiques, d'où viennent-elles? Prenons le texte Mastering the Techniques of Teaching de Lowman, un classique. C'est par un sondage que l'on détermine que les excellents enseignants qui marquent les élèves sont ceux qui ont deux compétences : être très bon dans sa matière et savoir l'exposer avec clarté, tout en étant intéressant ET tisser des bons rapports interpersonnels. Vous n'avez pas besoin d'être extraordinaire dans les deux sphères, mais d'être très bon dans l'une et d'être pas mal dans l'autre. Si vous pouvez vous améliorer dans les deux, vos élèves vont mieux se porter. Les cancres dans les deux sphères marquent négativement les élèves.

      En amont, c'est ce qui se passait dans la classe qui comptait. Les expériences de Monsieur Dionne nous indiquent qu'il n'y avait clairement pas «d'occupationnel» , mais justement, c'est pas «la pédagogie» qui va aider à remédier à la chose. Pour organiser des activités sur de la programmation, de la robotique ou d'autres applications scientifiques, qu'est-ce qui est préférable, une majeure approximative dans un domaine ou un bac spécialisé?

      Vous-même, vous nous expliquez votre parcours, mais si vous aviez un bac en enseignement, vous nous l'auriez dit, non? Alors je vous pose la question, votre diplôme en pédagogie, c'est quoi? Un bac en enseignement ou autre chose? Si c'est un bac en enseignement, bravo, vous êtes cohérent. Si c'est un certificat ou le même nombre de crédits, vous validez la thèse des auteurs de la pétition.

  • Françoise Labelle - Abonnée 28 février 2020 09 h 00

    Enrôlez-vous!

    Si les solutions existent déjà (depuis dix ans), on s'étonne qu'il y ait pénurie. Parce que ce sont des solutions qui font votre affaire.

    Que s'est-il passé en 1990? Les «sciences» (!!!) de l'éducation ont investi le ministère de l'éducation. Les pontes de la faculté ont soufflé à Pauline Marois l'incroyable: «Einstein peut être un homme remarquable, un chercheur exceptionnel, mais peut très bien n'avoir aucune capacité de transmettre l'information et les connaissances». Ignorance crasse quand on sait qu'Einstein a écrit une des meilleures vulgarisations de la théorie de la relativité réimprimée, dans les années 80. À trop contempler l'emballage, le contenu se réduit à un petit rien-tout-nu. Une solide culture générale serait peut-être plus profitable. Cf. «Les sans-papiers de l'éducation méritent d'enseigner», Antoine Robitaille, Le Devoir, 2005.

    On peut vous retourner toutes vos questions: en quoi la pédagogie est-elle garante d’une capacité à tenir et à gérer un groupe d’adolescents? À planifier des cours motivants adaptés à chaque groupe d’élèves comme si la discipline était un greffon accesoire? À évaluer justement les apprentissages (l'apprentissage a un objet qui relève de chaque discipline)? À parler et écrire correctement en français? Avec les dérapages que le ministère des «sciences» de l'éducation a connu ces dernières années, il est bien outrecuidant de demander aux autres de faire leurs preuves.

    • André Labelle - Abonné 28 février 2020 12 h 16

      Je trouve complètement absurde de toujours penser en noir OU en blanc, comme un ordi qui ne fonctionne qu'en mode binaire. L'enseignement c'est justement pas comme ça fonctionne. Je crois qu'il y a des subtilités.
      «Le critère d’une intelligence de premier plan est la faculté pour l’esprit d’envisager simultanément deux idées opposées tout en continuant d’être capable de fonctionner.
      On devrait … pouvoir reconnaître que les choses sont sans espoir et être néanmoins déterminé à faire en sorte qu’il en aille autrement.»
      [F. Scott Fitzgerald in The Crack-Up]

    • Charles-Étienne Gill - Inscrit 28 février 2020 14 h 22

      Merci pour ce commentaire. J'ajoute qu'en plus de se constituer en chasse gardée, les facultés d'éducation sont truffées d'idéologues ignares. Il y a bien Steve Bissonnette, mais il suffit de penser aux difficultés de Normand Baillargeon à l'UQAM pour constater que c'est un milieu difficile. imaginez son cours sur les philosophies de l'éducation était le meilleur, mais on en faisait un mouton noir.

      Du temps de la réforme, entre le Ministère et les facultés ça se citait d'une manière circulaire alors qu'il est évident qu'on avait besoin, après les États généraux de 96, d'un excellent curriculum. C'est simple, on fixe des objectifs ambitieux, et ensuite on se demande, par un enseignement explicite, comment les atteindre, ces buts. Les études américaines étaient là et le Québec les ignorait.

  • Charles-Étienne Gill - Inscrit 28 février 2020 09 h 30

    Mauvaise foi ou incompétence?

    Il suffit d'avoir fréquenté un programme de pédagogie en conservant un minimum de sens critique pour constater qu'un dogmatisme idéologique y règne. Ce texte, bien représentatif de l'autoritarisme des facultés d'éducation, tombe d'ailleurs dans les travers qu'il dénonce.

    À titre d'exemple pour les passerelles, bien qu'elles existent, pour des bacheliers ou des titulaires de maitrise, c'est à travers une précarité évidente et pendant un temps long que le candidat obtiendra son brevet. Or, les véritables avantages du parcours du bac en 4 ans ne sont pas plus expliqués sinon que par une bouette au sujet du métier d'action.

    Certains des cours «3000» dans les sigles des formations disciplinaires sont des cours de didactique alors même que la formation disciplinaire est équivalente à celle d'une majeure et non d'un bac. Donc on prive les candidats de cours intéressants, lesquels pourraient justement doter les futurs enseignants d'un début de spécialisation à partir desquelles ils pourraient concevoir des activités pédagogiques. La logique qui sous-tend la chose c'est probablement que pour enseigner l'histoire, on n'a pas besoin d'un historien tellement les apprentissages à développer pour les élèves seraient élémentaires. C'est là que le bat blesse, dans sa logique, cette pédagogie dévalorise les connaissances.

    C'est particulièrement évident si on étudie le programme d'ECR. Des historiens sérieux invalideraient des pans du programme. Le meilleur exemple est Shlomo Sand, historien israélien, l'auteur de «Comment le peupe fut inventé» , vous ne pourrez trouver d'individus de cette trempe intéressés par le programme du bac ou qui pourront s'y épanouir. Comment, à l'avant-dernier trimestre, peut-on faire un stage de 40 jours (à l'école! ) et suivre 3 cours pour une session de 17 crédits? Le candidat en univers social y suit simultanément son cours d'histoire du Canada de 1867 à nos jours...