Boris Johnson le bricoleur

«Soucieux de sceller le destin économique et financier du Royaume de manière positive, Johnson vend une image plus désespérée, prêt à tout pour prouver que le Brexit est une bonne chose pour le pays», disent les auteurs.
Photo: Daniel Leal-Olivas Agence France-Presse «Soucieux de sceller le destin économique et financier du Royaume de manière positive, Johnson vend une image plus désespérée, prêt à tout pour prouver que le Brexit est une bonne chose pour le pays», disent les auteurs.

Après plus de quatre ans de débats houleux, le 31 janvier a sonné le glas de l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne. Boris Johnson a réussi à « libérer » son île, mais réussira-t-il à bricoler de nouveaux accords favorables au pays à temps ?

Ayant vanté les mérites du Brexit dans le camp du Leave, réussi là où Theresa May a échoué, Boris Johnson se lance donc un nouveau défi de rafistolage. Personnage turbulent, Johnson semble vouloir avancer dans une direction risquée, presque improvisée : celle de mettre en concurrence ses partenaires traditionnels. L’esprit est simple : le premier à signer remporte le grand prix, mais au rabais.

Johnson privilégie une stratégie mêlant rapidité et efficacité. Le conservateur essaie d’obtenir un accord avec les États-Unis de Trump pour pouvoir mettre la pression sur les négociateurs européens. Il souhaite en même temps augmenter cette même pression sur les Américains en démontrant que le Royaume-Uni possède des liens forts avec ses amis du continent (pourtant si détestés auparavant).

Cette stratégie montre des faiblesses. Pensant jouer des divisions afin d’obtenir des concessions économiques, le premier ministre dévoile surtout sa fragilité. Soucieux de sceller le destin économique et financier du Royaume de manière positive, Johnson vend une image plus désespérée, prêt à tout pour prouver que le Brexit est une bonne chose pour le pays.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a prévenu que les négociations portant sur les futures relations seraient longues. Pour les institutions européennes, la période de transition, qui va jusqu’au 31 décembre 2020, ne sera pas suffisante pour délimiter toutes les relations. Puisqu’il faudra aller au plus pressé, des programmes où la participation du Royaume-Uni lui est essentielle seront probablement mis sur la sellette.

C’est dans cette perspective que la commissaire Mariya Gabriel, chargée du portefeuille de la recherche et de l’innovation, a prévenu que le Royaume-Uni n’aurait pas de passe-droit concernant sa participation au futur programme Horizon (qui porte sur les échanges scientifiques). Pour la commissaire, le Royaume-Uni, devenant un pays tiers, doit se plier aux mêmes conditions d’entrée que le Canada, par exemple : aucun choix à la carte ne sera accepté. Le divorce a été consommé, il faut maintenant le digérer.

Rebondissements

L’Europe ne semble pas vouloir lâcher de concessions. Comme l’explique Ursula von der Leyen, c’est à Londres de faire ses choix, et ces derniers devront toujours s’accompagner d’un compromis. Le ton est donc donné pour une partie des acteurs !

Par ailleurs, le Royaume-Uni se trouve dans une position de nécessité commerciale. Passer d’un espace d’union douanière à un monde régi par les normes de l’Organisation mondiale du commerce n’est pas enviable. Le pouvoir de négociation de Londres s’est considérablement affaibli, le Royaume-Uni devenant une proie facile pour nombre de pays, même les plus inattendus.

Dans cette stratégie de « diviser pour conquérir », Boris le bricoleur veut recoller les morceaux avec le continent africain. Toutefois, ce dernier a, lui aussi, compris les intérêts qui pouvaient se dégager d’une telle situation et qu’il serait intéressant d’en profiter au maximum.

En souhaitant travailler pour devenir le prochain grand partenaire des pays africains, le chef du gouvernement britannique a aussi pris une décision : user des accords de continuité, souvenirs de Bruxelles, pour ne pas perdre des partenaires. Or, l’incertitude flottant au-dessus des négociations Royaume-Uni–UE aurait des conséquences sur les investissements. Un calcul est à prévoir pour les nations africaines : le marché britannique apporte-t-il plus de bénéfices que le marché européen ?

Ainsi, ce projet du premier ministre montre que quitter un espace économique est plus complexe qu’il n’y paraît. Les relations économiques ne tombent miraculeusement pas des arbres, mais mûrissent à force de compromis, de négociations et de dialogues.

Johnson aura le choix entre continuer à bricoler pièce par pièce, ce qui pourrait être au désavantage du Royaume-Uni, ou arrêter de vendre la sortie de l’Union comme un conte de fées et prendre conscience des enjeux à venir.

Nous n’avons pas assisté au dernier épisode de la série à succès « Brexit ». Il semblerait qu’une nouvelle saison pleine de rebondissements soit prévue très prochainement.


 
2 commentaires
  • Hermel Cyr - Abonné 24 février 2020 09 h 02

    Rebondissement ? Oui mais qui peut prévoir ?

    Les auteurs expriment ici la vulgate omniprésete dans les médias qui consiste à dire que les négociations seront ardues et que nécessairement c'est le Royaume-Uni qui en fera les frais. En bref, l’Europe fera souffrir ces mauvais coucheurs britanniques qui ont osé tourner le dos à l’Europe.

    Certes, Mme Ursula Von der Leyen et M. Michel Barnier les négociateurs pour l’UE, gonflent le torse à la veille des négociations. Mais il est permi de penser que le R-U. pourrait jouer ses cartes plus facilement que ce que laissent entendre les négociateurs européens. Mme Von der Leyden et M. Barnier pourraient bien être rappelés à l’ordre assez tôt par les partenaires commerciaux européens des Britanniques, qui ne voudront pas perdre ce marché et voudront continuer à faire affaire avec un pays somme toute prospère.

    Une chose est sure, Johnson va négocier pour ses intérêts. Et si les auteurs ont raison d’affirmer que « Royaume-Uni se trouve dans une position de nécessité commerciale », ils doivent reconnaitre qu’il en va de même pour ses partenaires commerciaux européens. Il est donc faux d'avancer que Johnson a moins de marge de manœuvre que s’il était un joueur parmi d’autres de l’Union européenne. Il a l'avantage (le luxe) que n'a aucun État européen, qui ont tous les mains liées par l'UE.

    En fait, l’éléphant dans la pièce du discours eurocrate, ce qu'il craint par-dessus tout, c’est que les Britanniques sauvent assez leurs marrons du feu pour montrer aux pays qui ont abdiqué leur souveraineté l’avantage de voir eux-mêmes à leurs intérêts sans passer par les technocrates de l'Europe néolibérale.

  • Hermel Cyr - Abonné 24 février 2020 09 h 45

    Rebondissement ? Oui mais qui peut prévoir ?

    Les auteurs expriment ici la vulgate omniprésente dans les médias, qui consiste à dire que les négociations seront ardues et que nécessairement c'est le Royaume-Uni qui en fera les frais. Bref, l’Europe fera souffrir ces mauvais coucheurs britanniques qui ont osé tourner le dos à l’Europe.

    Certes, Mme Ursula Von der Leyen et M. Michel Barnier les négociateurs pour l’UE, gonflent le torse à la veille des négociations. Mais il est permis de penser que le R.-U. pourrait jouer ses cartes plus facilement que ce que ne laissent entendre les négociateurs européens. Mme Von der Leyden et M. Barnier pourraient bien être rappelés à l’ordre assez tôt par les partenaires commerciaux européens des Britanniques, qui ne voudront pas perdre ce marché et voudront continuer à faire affaire avec un pays somme toute prospère.

    Une chose est sure, Johnson va négocier pour ses propres intérêts. Et si les auteurs ont raison d’affirmer que « Royaume-Uni se trouve dans une position de nécessité commerciale », ils doivent reconnaitre qu’il en va de même pour ses partenaires commerciaux européens. Il est donc faux d'avancer que le R.-U. a moins de marge de manœuvre que s’il était un joueur parmi d’autres de l’Union européenne. Il a l'avantage (le luxe) que n'a aucun État européen, qui ont tous les mains liées par l'UE.

    En fait, l’éléphant dans la pièce du discours eurocrate, ce qu'il craint par-dessus tout, c’est que les Britanniques sauvent assez leurs marrons du feu pour montrer aux pays qui ont abdiqué leur souveraineté, l’avantage de voir eux-mêmes à leurs intérêts sans passer par les technocrates de l'Europe néolibérale.