Faut-il nationaliser les activités aéronautiques de Bombardier?

«La direction de Bombardier a prouvé son incapacité à redresser la situation», affirme Daniel Leduc.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «La direction de Bombardier a prouvé son incapacité à redresser la situation», affirme Daniel Leduc.

Alors que Bombardier envisage la vente de sa division d’avions d’affaires (sa dernière division aéronautique) et que celle de sa division ferroviaire se concrétise, le démantèlement qui se poursuit est une tragédie pour l’économie du Québec. Nos gouvernements se contenteront-ils de regarder passer le train ? Feront-ils, une fois de plus, la preuve de leur incohérence ?

On apprenait il y a une semaine que l’achat et l’agrandissement de l’oléoduc Trans Mountain nous coûteront 17 milliards de dollars au total, soit bien davantage que toute la dette actuelle de Bombardier. Faut-il rappeler qu’au cours des dernières années, le gouvernement fédéral n’a consenti à Bombardier qu’un prêt de 372 millions, après d’interminables tergiversations, et que seulement un tiers de ce montant — moins de 125 millions — était destiné au programme CSeries ?

Par ailleurs, après que le gouvernement du Québec eut investi un milliard de dollars américains dans la CSeries, François Legault a affirmé qu’il serait préférable de conserver la division ferroviaire, plus porteuse d’avenir. Il est vrai que, pour lutter contre les changements climatiques, il faudra davantage de trains et de transports en commun en général. Mais la division ferroviaire de Bombardier est essentiellement une compagnie étrangère qui crée trop peu d’emplois au Québec.

Comble de l’ironie, lorsque le gouvernement du Québec décide de faire construire un REM, on achète le matériel roulant à une compagnie française (Alstom) qui se chargera de le faire produire en Inde. Une division porteuse d’avenir ?

Chez Bombardier, il aurait fallu régler des problèmes d’exploitation chroniques : dépassements d’échéanciers et, surtout dans la division ferroviaire, qualité déficiente du matériel livré. Mais, au cours des dernières années, l’ingénierie a fait place à l’ingénierie financière. Ça ne prend pas beaucoup d’imagination ou de talent pour découper une entreprise en morceaux et les vendre à la petite semaine pour aller chercher des liquidités.

On n’osait pas remettre en question le principe des actions à droit de vote multiple de la famille Bombardier-Beaudoin. C’était, paraît-il, un rempart contre une prise de contrôle éventuelle de l’entreprise par des intérêts étrangers qui auraient tôt fait de la démanteler. Il faut bien admettre maintenant qu’on n’a pas besoin d’étrangers pour arriver au même résultat.

La direction de Bombardier a prouvé son incapacité à redresser la situation. Et, à juste titre, il n’y a pas d’acceptabilité sociale pour lui accorder une aide financière supplémentaire. Alors, larguons Bombardier et sa direction, mais conservons le savoir-faire — et le plus de contrôle possible — au Québec.

En ce sens, le retrait complet de Bombardier du programme A220 (CSeries), annoncé jeudi, n’est peut-être pas une si mauvaise nouvelle. Peut-être Airbus saura-t-elle obtenir de meilleurs résultats que Bombardier. Il ne nous reste qu’à souhaiter que les emplois soient préservés et qu’en 2026 Québec récupère — voire rentabilise — son investissement de 1 milliard de dollars américains dans ce programme. Rien de tout cela n’est impossible si l’avenir du programme a été placé dans les mains d’un maître d’oeuvre compétent.

Pour la suite des choses, Bombardier a décidé de vendre sa division ferroviaire à Alstom. Mais, en 2019, la Commission européenne a rejeté la fusion envisagée d’Alstom et de Siemens. Si l’histoire devait se répéter, Bombardier se tournerait plutôt vers la vente de sa division d’avions d’affaires, au sujet de laquelle des discussions sont déjà engagées avec Textron.

La nationalisation, un tabou

Or, pourquoi le gouvernement du Québec, avec des partenaires d’affaires sérieux, n’achèterait-il pas la division des avions d’affaires de Bombardier ? La direction de Bombardier pourrait se concentrer sur ses seules activités restantes, ferroviaires, qui constituent un enjeu moins grand pour le Québec.

Oui, il s’agirait d’une nationalisation — un grand tabou. Mais les États français, allemand et espagnol ne sont-ils pas collectivement actionnaires du quart d’Airbus ? Et au Canada, si un gouvernement peut s’acheter un oléoduc, pourquoi serait-il impossible d’envisager la nationalisation, même partielle, d’un fabricant d’avions ? Après que la tempête serait passée, on pourrait de nouveau confier les rênes au secteur privé.

On qualifie aujourd’hui de visionnaires ceux qui ont eu la bonne idée de nationaliser l’électricité dans les années 1960. J’aimerais que, dans quelques décennies, on puisse qualifier de visionnaires nos dirigeants actuels. Ayons encore un peu d’audace, de vision et de fierté. Restons maîtres chez nous.

27 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 17 février 2020 01 h 23

    Mais... l'histoire, elle est où dans cela...

    Mais... cette compagnie a déjà été entièrement nationalisée: c'était alors connu sous le nom de Canadair. Cette nationalisation donnait suite aux centaines de millions (pour ne pas dire milliards) que le GV-Canadien avait accordé à cette compagnie depuis sa fondation au début du siècle dernier et connu d'abord sous le nom de Vicker's...
    Après de multiples changements de noms, d'alliances/fusions, et de "missions"... qui ne servaient qu'à pomper toujours plus de subventions... sans résultats probants... Le GV-Fédéral a acheté toute la division aéronautique au début des années 1970... Ce fut catastrophique... Après des milliards d'investissements qui n'avaient absolument rien donné suite à la nationalisation, le GV-Fédéral sous la gouverne des conservateurs de Mulroney a vendu toute la compagnie pour 1$ à Bombardier... Et la valse des centaines de millions en subventions a reprise de plus belle... L'on connait la suite.

    Et vous, ingénieur, ex-employé et actionnaire de cette compagnie, osez écrire que le GV-Q devrait nationaliser cette compagnie... À vous lire, l'on se rend facilement compte que vous vivez dans un monde artifiel et de chimères... à moins que cela soit l'effet perpétuel des subventions hallucinogènes que créent des gains articitiels et monétaires de rendements et qui induisent des hallucinations fortes entrainant des altérations des perceptions, de la cohérence de la pensée et de la régularité de l'humeur, et de confusion mentale persistante ou de troubles de la mémoire... du style "Tout le monde y'é beau et tout le monde y'é gentil... pourvu qu'il paie toujours et éternellement mes phobies de grandeur".

    Vitement la consultation M. Leduc... Cela vous serait d'un énorme bien.

    • Gilles Théberge - Abonné 17 février 2020 16 h 25

      Et le ...bonheur lui, il est où ?

      Sais pas trop, mais vous ne l'avez pas facile monsieur Pelletier :

      https://www.youtube.com/watch?time_continue=261&v=UTfTsgO8KmQ&feature=emb_title

    • Hélène Paulette - Abonnée 17 février 2020 16 h 31

      Si ma mémoire est bonne, monsieur Pelletier, Canadair fut vendu à perte soit mais pour beaucoup plus qu'un dollar... C'était la grosse mode de la privatisation de la période Reagan-Thatcher et Mulroney car Canadair était rentable avant la récession de 1980.

    • Serge Pelletier - Abonné 18 février 2020 07 h 14

      Mme Paulette, même B. Mulmoney le mentione dans sa bibio: Canadair pour1$. De plus, Canadair n'a jamais été rentable, JAMAIS, et cela depuis sa création réelle au début du siècle dernier, alors qu'elle était la branche aéronautique de la Vicker's, puis en changeant de nom pour Canadair lors de la 2ième Guerre Mondiale.

      Bien entendu à force de se faire raconter des faits alternatifs, cela se termine généralement par la "réalité véridiques" des faits alternatifs, et cela même si cela est exactement le contraire de la réalité effective. Les exemples ne manquent pas.

      C'est comme l'histoire des "Fleurons Québécois"... C'est comme l'histoire du triage qui est confondu avec le recyclage... C'est comme environ n'importe quoi qui est monté en épingle par les GV successifs et les journaux qui en remettent...

      Mais rares sont les personnes qui effectuent des recherches exhaustives sur les faits. Bien au contraire, la majorité des personnes, tout comme vous Madame Paulette, vont nier tout ce qui ce correspond pas à leurs faits alternatifs devenus intériorité comme un fait réel et historique...

    • Hélène Paulette - Abonnée 18 février 2020 13 h 00

      Monsieur Pelletier, parlant de faits alternatifs, il faut se méfier des biographies « autorisées ». Pour ma part, je me base sur mes propres souvenirs de l’affaire, étant proche de travailleurs de l’ancienne Canadair. Dans LaPresse du 16 juillet 1986, on mentionne que le fédéral a retenu l’offre de Bombardier, supérieure à celle du consortium Dornier-Webster…Dans le Journal LesAffaires du 21/10/17 on mentionne le chiffre de 120M$. Dans les «Grands projets et innovations technologiques au Canada » les auteurs mentionnent clairement que Canadair a « retrouvé » la rentabilité en 1984. En ce qui concerne les Fleurons Québécois, je vous signale qu’ils sont régulièrement boudés par le fédéral qui ne craint pas d’encourager des canards boiteux ailleurs au Canada et que Bombardier a été désavantagé par les ententes libre-échangistes avec les USA qui ont permis à Boeing d’attaquer Bombardier et de retarder les ventes en demandant des frais compensatoires… Et voici pour « l’histoire » ainsi que pour les recherches!

  • Serge Lamarche - Abonné 17 février 2020 04 h 35

    J'appuie l'idée

    Mais toutes les divisions de Bombardier étaient porteuses d'avenir.
    Je soupçonne les employés et les syndicats de produire les retards et les défauts. La direction, évidemment, n'a pas su motiver en se remplissant les poches. C'est comme de la corruption interne. Pas illégale mais choquante.

    • Bernard Plante - Abonné 17 février 2020 10 h 43

      Ainsi les retards de livraison et les défauts de fabrication seraient la faute des employés et des syndicats? Décidément il y en a qui en fume du bon. Jamais la faute des gestionnaires.

      Des problèmes de retards proviennent d'une carence au niveau de la planification et du suivi des opérations. Sinon on livrerait à temps. Des problèmes de défauts proviennent d'une carence au niveau des opérations et de l'assurance qualité. Sinon les défauts auraient été détectés et corrigés avant la livraison. En d'autres mots ces problèmes sont avant tout des problèmes de gestion.

      Refuser de voir que des problèmes de gestion proviennent des gestionnaires est faire preuve de mauvaise foi. Surtout lorsque les résultats nous permettent de voir que les hauts gestionnaires de l'organisation semblent incapables de comprendre que la source de l'argent dont ils sont avides provient de la qualité des produits fabriqués...

      Les divisons étaient effectivement porteuses d'avenir. Des dirigeants incompétents et menés par l'appât du gain les ont menées à leur perte.

    • Serge Lamarche - Abonné 17 février 2020 15 h 09

      Merci de m'informer M. Plante, je n'avais qu'un soupçon et je ne dis pas que les gestionnaires étaient sans faute. Je trouve quand même étrange les retards et les défauts qui ont causés autant de pertes. Il y a de quoi faire des enquêtes approfondies.

  • Germain Dallaire - Abonné 17 février 2020 07 h 53

    En effet!

    Non seulement, on se fait déplumer de tous nos sièges sociaux et "joyaux" mais en plus, on n'investit pas dans notre secteur public qui va à vau l'eau et pave toujours plus la voie au secteur privé. Pendant ce temps, on accumule des surplus à Québec et la Caisse de dépôt, ci-devant appelée notre bas de laine, grossit toujours ne reculant devant rien pour jouer un rôle actif dans l'économie mondialisée. Ainsi va le Québec depuis que le néolibéralisme s'est installé à demeure au début des années 80
    Un jour, peut-être pas si lointain, quand on sera assez déplumé, il faudra bien ouvrir les yeux et voir que partout dans le monde le néolibéralisme est en recul et que la reprise en main de l'état et de son intervention est toujours plus populaire parmi les peuples du monde. Un jour, on comprendra qu'un bas de laine qui grossit ne sert à rien si on ne l'utilise pas. Un jour, on comprendra aussi qu'une petite nation comme la nôtre a absolument besoin de faire jouer sa force collective pour protéger ses secteurs stratégiques contre les requins hors-normes qui nous entourent. C'est ce que nos prédécesseurs ont fait dans les années 60 et qui nous rapporte encore aujourd'hui.

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 17 février 2020 08 h 17

    Je trouve que c'est une très bonne idée!

    • Cyril Dionne - Abonné 17 février 2020 09 h 03

      C'est rarissime Mme Geoffrion, mais je ne suis pas d'accord avec vous sur ce dossier. On subventionne les emplois à Bombardier au nom d’un joyau technologique. C’est bien beau tout cela, mais ce seront les gens ordinaires qui paieront indirectement les salaires de ce gens qui sont très bien rémunérés. C’est comme un travailleur au salaire minimum dans un dépanneur qui paie des impôts pour subventionner les autres qui font 10 fois son salaire. Bombardier est une entreprise privée et non pas un service social.

      Celui qui a écrit cette missive est un ancien travailleur de Bombardier et aussi un actionnaire. Il en en conflit d’intérêt et pas à peu près. Il a tout intérêt que cette compagnie soit subventionnée par les deniers publics afin que l’argent qu’il a investi dans Bombardier lui rapporte quelque chose.

      Nous ne parlons pas de nationaliser l’électricité ici parce que cela touchait chaque Québécoise et Québécois. Pardieu, ce sont des avions de luxe qu’on voudrait subventionner et la plupart des gens n’y mettront jamais le pied et encore moins les utiliser pour voyager. Il y a beaucoup de manufactures et d’industries qui méritent autant d’attention que Bombardier a reçue au cours des dernières années. Diantre, le gouvernement québécois a perdu déjà plus 1,5 milliards dans cette affaire (C series) et ceci, c’est sans parler de la Caisse de dépôt et de placement du Québec.

      Pour faire court, c’est terminé pour Bombardier.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 17 février 2020 13 h 06

      Les caisses de retraite chez Bombardier sont en déficites de quelques 4 milliards$...

      Ne cherchez pas plus loin d'où vient l'inspirtion de M. Leduc de voir l'État se rendre responsable de ces régimes !

    • Serge Lamarche - Abonné 17 février 2020 15 h 15

      M. Dionne, les petits travaillants ne payent pas assez d'impôts pour payer les bien payés. C'est absurde ce que vous dites. Les travailleurs de Bombardier payent plus d'impôts. Alors ils se subventionnent leurs propres salaires? Les politiciens ont des salaires subventionnés à 100% et sont encore mieux payés.

    • Cyril Dionne - Abonné 17 février 2020 21 h 08

      M. Lamarche, il y avait à peu près 2 500 travailleurs pour Bombardier pour la C series au Québec en 2019. Ils ont reçu un cadeau des contribuables de 1 500 000 000 $. Cela fait plus de 600 000 $ par employé pour la C series. La Caisse de dépôt investit 2 milliards dans Bombardier Transport qui a été vendu aujourd’hui et nul prophète ne sait si ces emplois demeureront au Québec.

      Alors, à moins que les employés de Bombardier paient des d'impôts à la hauteur de 600 000$ par année, c'est vous et moi qui payez la note.

      En passant, le fond de retraite des employés de Bombardier accuse une déficit de plus 4 milliards de dollars. On imagine déjà qui va payer. Oh! la folie des grandeurs.

  • Yves Corbeil - Inscrit 17 février 2020 08 h 19

    La division avions d'Affaires

    C'est sûr que ça prends un grand visionnaire pour acheter cela dans le contexte ou nous sommes. Avec notre hydroélectricité on pourrait développé le premier jet d'affaire électrique en demandant aux Beaudoin, Bombardier d'investir.

    • Serge Pelletier - Abonné 17 février 2020 12 h 53

      Hihihi...