En réponse au «Manifeste contre le dogme universitaire»

«Cette proposition manifeste de ressac confirme l’utilité des luttes des groupes marginalisés pour une représentation, un poids, une importance dans le système d’éducation néolibéral», soutiennent les auteurs.
Photo: Fred Dufour Agence France-Presse «Cette proposition manifeste de ressac confirme l’utilité des luttes des groupes marginalisés pour une représentation, un poids, une importance dans le système d’éducation néolibéral», soutiennent les auteurs.

Un ensemble d’étudiant(e)s a rédigé un manifeste, publié le 30 janvier dernier, dans lequel il s’oppose à ce qu’il nomme le « dogmatisme universitaire ». Également membres de la communauté universitaire, nous estimons que l’argumentaire présenté par ce groupe est problématique à plusieurs égards. Nous proposons donc une réponse critique à un texte qui amalgame des concepts laissés sans définition et des affirmations tenant de l’idéologie, manifestement dans l’idée de discréditer les sciences sociales et « la gauche progressiste ».

Réduire les sciences sociales à une idéologie nous semble nier le caractère rigoureux des disciplines désignées. De plus, la représentation de ces disciplines comme étant « colonisées » par des tendances « anglophiles » est fallacieuse en soi : les auteurs français occupent une place importante dans les plans de cours, de même que, rappelons-le, les hommes blancs. Ainsi, désigner les professeur(e)s de sciences sociales comme des « amateurs de l’intersectionnalité » nous semble entièrement hors propos, étant donné que les épistémologies et théories critiques prennent peu, sinon aucune place dans les cours de baccalauréat et même dans les séminaires — sans parler des théories produites par des femmes ou des personnes racisées. Les auteurs de la lettre disent donc se situer à contre-courant d’une hégémonie de gauche qui aurait le monopole de l’institution universitaire, alors que dans les faits cette affirmation ne tient pas la route.

L’extrait reprenant le concept orwellien de novlangue témoigne pour sa part d’un effet de backlash envers des communautés minorisées qui gagnent des droits et de la représentativité de peine et de misère. Les mots que les auteurs de la lettre tournent en ridicule, tels qu’« islamophobie », « transphobie » ou encore « capacitisme », s’inscrivent dans une initiative d’actualisation du langage théorique nécessaire au développement des champs d’études qu’ils déplorent également. En effet, selon leur texte, les départements d’études féministes, la conscientisation face aux différentes formes de racisme et la reconnaissance du colonialisme violent subi par les membres des Premières Nations, les Inuits et les Métis seraient des problèmes.

Rappelons au passage que la lettre a été publiée au lendemain du troisième anniversaire de l’attentat de la mosquée de Québec, un événement dont l’occurrence même a été permise par notre déni collectif de l’islamophobie, et dont la commémoration demeure nettement insuffisante. Reconnaître ces types de discrimination en les nommant est un premier pas nécessaire pour éviter la perpétration d’actes violents tels que celui-là.

Nous croyons également que d’orienter la question de l’oppression autour de la relation Canada-Québec témoigne d’une vision étriquée des rapports de pouvoir, mais aussi de l’élasticité du concept d’oppression, caractéristiques du malaise identitaire québécois. Désigner les Québécois(e)s comme des victimes d’une subordination face à l’État canadien occulte le fait qu’en 2020, notre rôle est bien davantage celui de l’oppresseur, tant envers les communautés autochtones et les personnes issues de l’immigration qu’envers les personnes afrodescendantes. De plus, mettre toutes les oppressions sur un même pied d’égalité fait preuve d’une conception réductrice de ce qu’elles sont vraiment, c’est-à-dire plurielles, situées dans le temps et dans l’espace, indissociables de leur contexte et ayant des impacts infiniment variés. Il nous semble donc important de rappeler que la relation Canada-Québec est incomparable aux rapports de pouvoir que l’hégémonie blanche eurodescendante exerce sur celles et ceux qu’elle colonise et marginalise.

L’argumentaire mobilisé quant à la liberté d’expression, hérité de discours des cercles américains de droite et d’extrême droite, laisse entendre que les tenants du conservatisme seraient de plus en plus brimés dans leur liberté d’expression sur les campus universitaires. Aux États-Unis, la professeure Keeanga-Yamahtta Taylor, de l’Université Princeton, observe que la rhétorique pro-liberté d’expression comme celle qu’emploient les auteurs de cette lettre se retourne bien souvent contre les étudiant(e)s et les professeur(e)s activistes de gauche. C’est ce qui mène Taylor et d’autres auteurs et autrices à parler d’une « hypocrisie de la liberté d’expression » : autrement dit, celle-ci est défendue corps et âme lorsqu’il s’agit de répandre les discours conservateurs que l’on estime menacés, mais le même droit ne semble pas s’appliquer aux militant(e)s de gauche.

Les signataires du « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » souscrivent donc à une rhétorique réactionnaire qui se donne des airs révolutionnaires et, pour ce faire, s’autoproclament héritiers des auteurs et des autrices du manifeste Refus global, arrachant au passage ce texte de son contexte sociohistorique et l’associant à une lutte fantôme qui n’a aucun lien avec ce qu’ils et elles revendiquaient. Cette proposition manifeste de ressac confirme l’utilité des luttes des groupes marginalisés pour une représentation, un poids, une importance dans le système d’éducation néolibéral.

*Ce texte est signé par plus de 280 personnes provenant de différents cégeps et universités.

106 commentaires
  • Dominique Boucher - Abonné 1 février 2020 02 h 22

    Oppressions imaginaires

    Les signataires des deux lettres auraient peut-être intérêt à méditer le mot du critique irlandais Fintan O’Toole à propos du Brexit :
    « The problem with a revolt against imaginary oppression is that you get imaginary freedom. »

    Jean-Marc Gėlineau, personne néandertalo-homo-sapiodescendante, Montréal

    • Bernard Plante - Abonné 1 février 2020 15 h 00

      Peut-on encore être centriste et rassembleur?

      En accord avec certaines politiques de droite, beaucoup plus souvent d'accord avec celles de gauche.
      Aucunement raciste, mais en accord avec la loi 21 venant compléter la démarche de laïcisation entreprise lors de la Révolution tranquille.
      Fier nationaliste aucunement conservateur.
      Homme blanc choyé et dominant mais soumis au Canada.
      Citoyen du monde inquiet de l'intolérance, de la polarisation, de la catégorisation et des inégalités grandissantes.
      Heureux que des jeunes, peu importe la forme, prennent la peine d'écrire pour nous expliquer leur position. Choquante pour certains, réconfortante pour d'autres.
      Convaincu qu'un peuple qui débat est un peuple vivant qui augmente sa confiance en lui.
      Débattons. Créons. Nous en avons bien besoin.

    • Marc Pelletier - Abonné 2 février 2020 13 h 07

      À voir les signatures du Manifeste original, on peut en déduire qu'il a été rédigé par les cinq premiers signataires, car tous les autres signataires apparaissent ensuite par ordre alphabétique.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 1 février 2020 03 h 38

    La mienne est plus grosse que la tienne...

    S'il faut en juger par le nombre de signataires, ce serait le nombre qui ferait foi de la véracité d'un manifeste ou contre-manifeste... N'en déplaise, s'il fallait que la valeur d'un texte se mesure au nombre de partisans, nous serions encore en train d'encenser la bible! Pour ma part, je ne jetterai qu'un seul pavé décrivant un livre, "La dictature des identités" (éditions Gallimard, 2019), rédigé par un seul signataire, Laurent Dubreuil dont je jette en pâture la présentation:

    «Bienvenue dans le monde de la politique d'identité, qui, d'Amérique jusqu'ici, est en passe de devenir notre horizon commun. Selon la bonne nouvelle identitaire répandue chaque seconde par le brouhaha de la communication et le babil des «réseaux sociaux», nous agissons, vivons et pensons en tant que catégories, au besoin croisées (par exemple homme blanc juif, LGTBQ) et volontiers blessées. Comme le révèle son expérience américaine et préfiguratrice, qui diffuse à partir du foyer des universités, la politique d'identité conforte l'avènement d'un despotisme démocratisé, où le pouvoir autoritaire n'est plus entre les seules mains du tyran, du Parti ou de l'État, mais à la portée d'êtres manufacturés et interconnectés que traversent des types de désirs totalitaires. Cet ordre mondialisé est une dictature moralisatrice qui distribue les prébendes en fonction du même, qui remplace le dialogue par le soliloque plaintif et la vocifération, qui interdit, qui censure l'inattendu – dont les arts - au nom du déjà-dit et des comme-nous.

    Malgré son succès grandissant, une telle entreprise peut encore être défaite, à condition, du moins, d'en vouloir comprendre les manifestations contemporaines.»

    • Raymond Labelle - Abonné 2 février 2020 03 h 14

      L'idée que le nationalisme québécois est aussi ce qu'on pourrait appeler un "identitarisme" se défend: refus de s'intégrer, de participer pleinement (dans ce cas-ci) à la vie canadienne (p. ex. avoir son propre parti politique en politique fédérale qui n'essaie même pas de penser à ce que serait la meilleure politique pour l'ensemble de la fédération et qui court-circuite l'esprit démocratique axé sur l'État-nation, ici canadien), attitude victimaire, etc.

      Et une certaine irritation que l'on peut voir dans le ROC envers le nationalisme québécois semble être de la même nature que celle de M. Dubreuil envers les identitarismes.

      Ce qui ne veut pas dire que M. Dubreuil ait nécessairement tort.

    • Raymond Labelle - Abonné 2 février 2020 08 h 37

      Tout le monde est-il trop simpliste?

      Personne ne nie qu’il y a eu et qu’il y a des oppressions réelles (actuelles et suites historiques d’antérieures) : Noirs américains, autochtones, voire Canadiens-Français, etc.

      Que celles-ci ont résulté dans des discriminations individuelles, mais qu’elles ont aussi un aspect collectif.

      La difficulté : qu’est-ce qu’on fait avec ça?

      Il y a unanimité, parmi les sérieux (comprenant MBC et probablement les signataires du premier manifeste) d’éliminer au moins la discrimination individuelle.

      Demeure un aspect collectif : ceci ne suffit pas à régler la question autochtone par exemple.

      La solution n’est pas de l’ignorer, mais si chacun se replie sur son groupe opprimé en ne pensant qu’à ses propres revendications en oubliant l’ensemble de la vie collective, ça ne va pas non plus.

      Ceci sans oublier que l’identification à un groupe ne reflète pas toujours nécessairement une réalité objective – qu’il y a partage d’imaginaire commun, mais que c’est aussi de l’imaginaire. Que cette appartenance était peut-être plus objective dans un passé donné et que la situation a changé dans l’histoire pour plusieurs ensuite.

      C’est trop facile de dire : « puisque tu as été opprimé, c’est normal que tu replies sur ton groupe et ton statut d’opprimé rend légitime que tu ne te préoccupes que du sort de ton groupe et envoye fesse dans le tas », c’est trop facile aussi de dire « ratiboisons tout derrière l’idée de Nation (canadienne ou québécoise, par exemple)».

      La grande difficulté : que chacun reconnaisse malgré tout les autres individus ou groupes, ce qui peut aider chacun à dépasser son identification à son groupe réel ou imaginaire et qu’enfin, toutes et tous s’entendent pour viser le bien commun.

      Mais certains intellectuels aiment trouver des visions absolues et lisses auxquelles résistent souvent les bobosses du réel. Nous assistons à une querelle entre ceux-ci.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 février 2020 11 h 01

      Ce que vous dites est intéressant en soi, monsieur Labelle, mais laisse l'impression que vous suivez davantage la rondelle que la partie, laquelle consistait à l'origine à créer un effet média, quitte a donner dans l'outrance. Ni cette réponse ni celle de Francis Dupuis-Déry n'en sont elles-mêmes dépourvues, mais une fois les quelques mornifles administrées aux zélateurs de MBC, ne croyez-vous pas qu'il serait plus à propos de ménager vos efforts pour des fois où cela comptera vraiment?

    • Marc Pelletier - Abonné 2 février 2020 12 h 49

      Au contraire M. Desjardins, je crois que le propos de M. Labelle se situe en plein coeur de la partie !

    • Raymond Labelle - Abonné 2 février 2020 16 h 18

      Merci de vos très bons mots Mm. Desjardins et Pelletier.

      Je comprends ce que vous dites M. Desjardins, et j'en suis touché. Je vous raconte (peut-être que ça pourrait aussi intéresser d'autres lectrices ou lecteurs). Le cerveau a encore ses mystères. La réflexion qui m'a fait aboutir à ceci est née d'un certain malaise en lisant la réplique et la contre-réplique ici en cause. Une sorte d'instinct informe et indéfini que quelque chose clochait mais sans tout à fait savoir quoi. Ça m'a fatigué de ne pas mettre le doigt dessus. Et j'ai cherché un peu plus. Et j'ai eu le désir de partager immédiatement - entre autres parce que ça a un lien avec la discussion, comme le mentionne M. Pelletier. Et que peut-être que ça pourrait aussi aider à démêler des personnes qui suivent la discussion.

      Mais je me réserve la permission de faire du copier-coller dans un cadre plus serein et plus constructif. Mais, comme nous avons pu le constater, il est difficile de trouver un cadre complètement serein, constructif et sans outrances... le risque que ce moment n'arrive pas dans un délai suffisamment rapproché est bien là. J'ai bien peur qu'il faille apprendre à vivre avec.

    • Raymond Labelle - Abonné 2 février 2020 17 h 19

      "(...) c’est trop facile aussi de dire « ratiboisons tout derrière l’idée de Nation (canadienne ou québécoise, par exemple)». RL

      On ne peut pas tout ratiboiser derrière l’idée de Nation, mais il faut reconnaître que l'État-Nation (pour utiliser un terme objectif moins ambigu que Nation) est, à ce stade historique, un outil efficace même si, comme tout, il pourrait être amélioré – et se fait déplumer par la mondialisation. En tout cas, c’est l’instrument auquel les citoyen.nes ont l’accès le plus directement. Et étant donné certaines urgences (comme la climatique), on n’a pas le temps d’attendre d’autres modalités du politique qui pourraient n’advenir que dans un temps long (« mais nous nous serons morts, mon frèèèère »).

      L’État-nation pourrait être toutefois un lieu de négociation du bien commun, et de l’application des mesures destinées à l’atteindre. Et l’État-nation pourrait voir au-delà de lui-même, de concert avec les autres États-Nations, et viser le bien commun de l’ensemble de l’espèce au lieu de ne viser que son intérêt propre.

      Idéalement.

    • Raymond Labelle - Abonné 2 février 2020 22 h 18

      "(...) le temps d’attendre d’autres modalités du politique."

      Ce qui n'empêche pas, dès maintenant, d'en semer les graines, dans diverses modalités de démocratie citoyenne directe - biens communs, initiatives municipales, logement et autres.

      Mais il y aura encore une interaction avec la démocratie représentative. Mais plus la démocratie directe sera forte, plus elle aura aussi du poids sur la démocratie représentative. Et pendant un bon bout de temps, c'est de là que sera issue le puissance de l'État. On ne peut donc pas non plus s'abstenir de la démocratie représentative.

      Bon, jusqu'à date j'étais au cœur du sujet, et même s'il y a encore un lien, même inévitable, je m'éloigne trop...

      "Pars-moi pas" - "OK j'arrête".

  • Léonce Naud - Abonné 1 février 2020 04 h 54

    Jour de la marmotte, sortie du terrier et « safe space »

    Selon la légende, la marmotte sortira de son terrier demain le 2 février pour humer le grand air et jauger de l'air du temps. Un jour nuageux ou clair décidera alors de la durée qui reste à l'hiver. Il est à souhaiter que Le Devoir mette en ligne d'ici demain, jour où la marmotte émergera de son terrier protecteur, la liste des noms des signataires anonymes de ce « texte collectif », tout comme il l'a fait pour les signataires du Manifeste qui l’a précédé. Sinon, ce texte exhalera par toutes ses pores une regrettable odeur de « safe space ».

    • Alexandre Allard-Charette - Inscrit 1 février 2020 12 h 30

      Il est bien important de noter que le texte n'est pas ananoyme. Le Devoir a lui-même décidé de ne pas publier la liste des signataires. En aucun cas, la non publication des noms a été une décision des signataires.

    • Jean Duchesneau - Abonné 1 février 2020 13 h 41

      Il s'agit donc de censure de la part du Devoir!

    • Jean Duchesneau - Abonné 1 février 2020 14 h 03

      Le Conseil de presse devrait en être saisi car, une telle publication anonyme ne respecte pas les propres règles de ce journal. Pourquoi un "safe space" pour ceux-ci alors que les signataires du manifeste sont beaucoup plus exposés à l'intimidation de la part decertains de ces idéologues d'extrême gauche qui usent de violence afin d'empêcher la tenue de conférences et récemmment qui ont empêché la mise en place d'un kiosque de sympatisans de la CAQ à l'UdM. C'est d'ailleurs les atteintes à la liberté de parole que dénoncent les signataires du manifeste.

    • Jean Duchesneau - Abonné 1 février 2020 19 h 13

      La liste est enfin publiée !

    • Réal Boivin - Abonné 2 février 2020 06 h 33

      Si je compend bien, ils ont installé des tables à la porte des universités pour ''inciter'' les étudiants à signer.

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 1 février 2020 06 h 06

    On ne doute pas du tout que ce long et pénible texte à été écrit par 280 personnes provenant des cégeps et des universités.
    Comme le manifeste leur reproche de le faire, plutôt que d'encourager la critique et le dialogue, ils cherchent à museler et banaliser les opinions divergeantes avec suffisance et conviction prouvant ainsi les propos des auteurs du manifeste.

    • Christian Aubry - Abonné 1 février 2020 13 h 43

      "Museler", Mme Geoffrion? Parce que débattre d'idées en réfutant au moyen d'un argumentaire solide un exposé que l'on juge inexact, réducteur, trompeur et, au final, nuisible relèverait, selon vous, de la censure? Si c'est ce que vous pensez, vous feriez preuve ici d'intolérance en portant atteinte à la liberté d'expression si chère aux signataires de la première lettre. Je note par ailleurs que ceux-ci sont beaucoup plus prompts à user de qualificatifs chargés d'idéologie et dégradants que leurs adversaires qui n'ont nul besoin d'en arriver là. Nommer les choses et les gens de façon objective suffit, à mon humble avis, pour mettre en lumière l'origine et la structure réactionnaire de leurs démonstrations fallacieuses.

    • Cyril Dionne - Abonné 1 février 2020 16 h 49

      Mme Geoffrion, n'essayez même pas de convaincre ou de débattre avec ceux qui ont un besoin inné de croire dans le multiculturalisme et le communautarisme. Il y en a même qui croit que l’homéopathie est une science même si il n'existe aucune preuve de son efficacité et est potentiellement dangereuse car elle retarde la prise de « vrais » traitements. C’est peine perdue. Ils pensent qu’ils ont la Vérité absolue basée sur leur démagogie dogmatique. Tout comme pour les idéologies politico-religieuses, les débats sont inutiles et les autres doivent se taire devant l'autel de la très sainte rectitude politique qui carbure aux « safe space » et à la version anglo-américaine de la discrimination positive et de l'appropriation culturelle.

      On savait bien qu'ils allaient nous revenir avec un nombre plus imposant de signataires dans leur réponse, style « Mein Kampf » multiculturaliste, tout en occultant le fait que plus de 79% de la population québécoise appuie la laïcité selon un sondage pancanadien d'Angus Reid sur les questions « sociales ». Il ne reste que les extrémistes qui peuplent les antres des tours d’ivoire (les mauvaises langues disent qu’ils hantent les tours d’ivoire), vous savez cette gauche existentielle, ce 10% qui appuie les islamo-gauchistes de Québec solidaire. Et la plupart des jeunes, lorsqu’ils feront face aux responsabilités du boulot, famille et impôts, se désisteront de cette gauche manipulatrice tout comme l’avait un certain PKP du temps où il était marxiste.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 1 février 2020 19 h 29

      La réponse des "280" peut se résumer en une phrase: "Notre saint dogme est mille fois plus important que les reproches de votre bande de mécréants."

      De cette réponse sortie tout droit d'un douteux évangile suinte les mêmes travers idéologiques qui sont soulignés à grands traits par les auteurs du manifeste.

      Il serait intéressant de savoir combien, parmi la horde des signataires, ont vraiment lu le texte qu'Ils endossent, car il est plus qu'évident qu'au vu du délai de réponse très bref (moins de deux jours), peu d'entre eux ont pu vraiment participer à sa rédaction. Ce texte est fort probablement le fait d'une seule personne. Il est même douteux, vu le nombre impressionnant des supposés signataires, qu'elle ait eu le temps suffisant pour contacter individuellement chacun d'entre eux pour obtenir leur aval.

      Dans le but de rendre sa démarche crédible, le véritable auteur de ce texte pourrait-il se faire connaître et partager avec nous son modus operandi?

    • Réal Boivin - Abonné 2 février 2020 06 h 44

      Les gens qui défendent les idéologies fumeuses, qu'aucune recherche scientifique ne justifie, sont des croyants, pas des intellectuels. Et on ne peut pas discuter avec des croyants.

    • Marc Pelletier - Abonné 2 février 2020 13 h 11

      Peut-on discuter des idées de chacuns (unes) et non entre croyants et incroyants : ceci me semble simpliste ?

  • Yvon Montoya - Inscrit 1 février 2020 06 h 25

    Merci pour cette mise au point qui exprime mes propos laconiques des sa parution contre ce Manifeste immature et de mauvaise foi réactionnaire et conservatrice. Le plus inquiétant pour nos libertés n’est pas que ce Manifeste mais le fait qu’il y a eu beaucoup d’applaudissements de fait dans les commentaires pour sa parution. Nos sociétés occidentales a la culture politique chancelante deviennent de plus en plus dangereuses pour la préservation de nos libertés politiques et culturelles. Ce symptôme liberticide de mauvaise foi lu dans ce Manifeste immature devra nous tenir en alerte. Merci pour cette belle réponse argumentée et précise.

    • Bernard Dupuis - Abonné 2 février 2020 11 h 08

      Au contraire, cette réponse est plutôt faiblement argumentée. Par exemple, on affirme gratuitement que les disciplines des sciences sociales seraient immunisées contre les idéologies. C’est oublier que les sciences sociales sont de tout temps dominées par des présupposés idéologiques. Pensons aux sciences sociales et anthropologiques qui furent dominées par l’eurocentrisme fonctionnaliste qui définissait les premières nations comme les « non-civilisés » où encore comme les peuples en « voie de développement ». Que dire de l’hégémonie qu’exerce l’écologisme, le systémisme (pensons au racisme systémique du Québec) sur nombre des sciences sociales et même sur les sciences de la nature.

      Dire sans preuve que « les épistémologies et théories critiques ne prennent peu, sinon aucune place dans les cours de baccalauréat et même dans les séminaires » apparaît comme étonnant. Des disciplines comme l’histoire, la sociologie, la psychologie, etc. se fondent sur les méthodes quantitatives qui sont déjà enseignées au collégial.

      On affirme que nous serions atteints par un « déni collectif de l’islamophobie ». Pourtant, si l’islamophobie était si répandue comment expliquer que les attentats comme celui de la mosquée de Québec ne se sont pas multipliés au Québec depuis une vingtaine d’années? Notre islamophobie « structurelle » n’aurait-elle pas eu comme conséquence de cette multiplication? Il ne faut pas prendre la partie pour le tout.

      Enfin, ce n’est pas parce nous aurions un « rôles d’oppresseur, tant envers les communautés autochtones et les personnes issues de l’immigration … » que cela prouve que les Québécois ne sont pas « victimes d’une subordination face à l’état canadien ». Il suffit que de regarder l’état catastrophique de la langue française au Canada. À tel point que le prochain premier ministre canadien pourrait bien être monolingue anglais..

      Je crois que j’en ai assez dit pour montrer que cette « réponse » est loin d’être « bien argumentée et précise".

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 février 2020 12 h 41

      « Par exemple, on affirme gratuitement que les disciplines des sciences sociales seraient immunisées contre les idéologies. »

      Ce que l'auteur affirme, ce n'est pas qu'elles en seraient immunisées, mais qu'elles ne peuvent y être réduites.

      « C’est oublier que les sciences sociales sont de tout temps dominées par des présupposés idéologiques. »

      Il ne s'agirait d'un « oubli » que si cela relevait de l'évidence. Ce n'est évidemment pas le cas.

    • Marc Pelletier - Abonné 2 février 2020 13 h 24

      M. Dupuis, l'islamophobie ne manifeste encore plus lâchement sur les réseaux sociaux : parlez-en à M. Legault !

    • Bernard Dupuis - Abonné 2 février 2020 14 h 15

      M. Maltais Desjardins,

      Qui affirme que les sciences sociales ne peuvent être réduites à des idéologies? Je suppose que vous parlez des auteurs de la « réponse ». Pourtant si je relis le texte, il est écrit qu’on « semble nier le caractère rigoureux des disciplines désignées ». Que veut-on dire par le « caractère rigoureux des disciplines désignées »? Il y a là beaucoup d’ambiguïté. Le mot "rigoureux" veut-il dire comme dans votre interprétation « ne pas être réduite à une idéologie » ou comme je le pense « être immunisée contre les idéologies, donc scientifiques »? On voit l’ambiguïté et en conséquence les différences d’interprétations. Ce qui prouve que l’argumentation est loin d’être « précise ».

      Votre dernière phrase n’est pas dépourvue d’ambiguïté elle aussi. Voulez-vous dire qu’il n’est pas évident que les sciences sociales ne sont pas dominées par des présupposés idéologiques? Pourtant les chercheurs en histoire, en sociologie, en psychologie, etc., ne cessent de se donner des règles méthodologiques qui rendraient leur discipline la plus « objective » possible. À ma connaissance, ils n’y sont pas encore parvenus. Comment dire que les phénomènes sociaux sont « objectivables » quand les acteurs sociaux sont des personnes ayant chacune leur ego? Il faut peut-être que les sciences sociales aient l’humilité d’admettre que leurs connaissances ne sont que des interprétations influencées par des idéologies à la saveur du mois.

    • Raymond Labelle - Abonné 2 février 2020 15 h 50

      Peut-être est-ce la réalité elle-même qui est ambigüe. Une science sociale, à des degrés divers, peut représenter une combinaison à la fois d'influences idéologiques ET de constats objectifs, sans être tout à fait l'un ni tout à fait l'autre.

      Exemple: Le revenu moyen des Noirs américains est inférieur à la moyenne étasunienne - constat objectif - mais pourquoi? C'est ici que les Romains s'empoignent.

      Et en plus, la part de l'un ou l'autre élément (objectif et subjectif) peut varier selon les thèses, selon leurs recherches factuelles et leur cohérence et, pour compliquer un peu plus, on peut ne pas être conscient de la répartition de ce qui appartient à l'objectif et au subjectif. Mais dire que tout n'est que pure subjectivité et pure idéologie est peut-être un raccourci trop rapide. Des fois plus ou moins que d'autres, selon.

      Et pour en rajouter, on ne peut pas toujours en sciences sociales faire des expériences comme en sciences naturelles pour isoler les variables, par exemple retourner en 1837 et faire gagner les Patriotes pour voir ce qui serait arrivé par la suite dans cette hypothèse.

      Ceci n'est pas une raison pour ne pas s'acharner à essayer de comprendre notre monde en tentant de bonne foi le plus possible de ne pas se laisser aller à ses biais cognitifs.

      En sachant d'avance qu'on ne peut s'approcher de cette compréhension que bien imparfaitement.

    • Bernard Dupuis - Abonné 2 février 2020 16 h 03

      M. Pelletier, ce n’est pas parce que l’islamophobie se « manifeste encore plus lâchement sur les réseaux sociaux » comme vous dites que cela prouve que l’islamophobie est systématique chez les Québécois. Encore une fois, c’est une généralisation paranoïaque. Combien d'attentats comme celui de Québec depuis dix ans, vingt ans, trente ans? Un seul? Et alors?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 février 2020 17 h 17

      Monsieur Dupuis, de quelle autorité proclamez-vous que les gens de sciences humaines seraient moins capables que les autres de porter un regard critique sur les modèles théoriques dont ils font usage? Cette manière d'opposer sciences et idéologies comme si elles existaient dans des mondes séparés, voilà par excellence ce qui permet aux adversaires du « dogmatisme » de se présenter tout à fait dogmatiquement comme les gardiens de l'objectivité. Au ppoint qu'on se demande vraiment à quoi bon....

    • Marc Pelletier - Abonné 2 février 2020 17 h 51

      M. Bernard Dupuis,

      Merci pour votre " généralisation paranoïaque " ! J'ai le dos semblable à celui d'un canard.

      Les québécois francophones, dont je suis, entretiennent depuis " toujours " une peur chronique des étrangers, peur qui a été entretenue du temps du régime de M. Maurice Duplessis, et qu'ils n'ont pas encore pu se départir depuis.

      De ce terreau, de cette peur maladive de l'étranger, de tout ce qui nous diffère soit par la langue, la culture et la couleur de sa peau, a germé et a poussé la plante mal-odorante, entre autres, de l'ismalophobie.

      Malheureusement, les peureux deviennent des lâches s'ils ne se manifestent pas à visage découvert !

    • Bernard Dupuis - Abonné 2 février 2020 19 h 36

      M. Maltais Desjardins, vraiment là je n'y entends plus rien. Je n'ai jamais proclamé que les sciences humaines ne sont pas capable de regard critique. J'ai tout simplement affirmé qu'elles ne sont capable que d'interprétations à partir d'idéologies autant de droite que de gauche. Le problème demeure celui du dogmatisme qui suppose qu'il n'y a pas des interprétations, mais les vérités objectives des académiciens.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 février 2020 20 h 11

      Gpersonne ne soutient qu'il n'y a pas des interprétations à relativiser, monsieur

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 février 2020 21 h 16

      Dire qu'elles ne sont capables que d'interprétations, c'est dire qu'elles sont prisonnières de ces interprétations, donc qu'elles ne peuvent les relativiser. Je ne sais pas si vous avez oeuvré dans l'un ou l'autre des ces domaines. Si c'est le cas, libre a vous de vous appliquer un tel jugement. Autrement, vous ne faites que tendre un micro dans une chambre d'échos.

    • Gilles Gagné - Abonné 2 février 2020 23 h 19

      À M. Pelletier sur le message de 17:51: il faudra cesser de répéter cette affirmation sur la peur de l'étranger et surtout de la rendre "chronique" comme vous le faites. Qu'on me mette les références où une ou mieux encore des études seraient venues confirmer ce fait, je n'ai vu que ça des québecois.es aller au devant des autres et rarement quelques crétins faire l'inverse. Cette peur est inventée de toute pièce pour noyer la discussion.