Le caribou forestier, la chèvre et le chou

Il est vital d’assurer un habitat propice au caribou, pour le protéger des prédateurs.
Photo: Peupleloup CC Il est vital d’assurer un habitat propice au caribou, pour le protéger des prédateurs.

Depuis maintenant plusieurs années, le débat fait rage entre les protagonistes de la sauvegarde du caribou et ceux du maintien des emplois qui dépendent de la foresterie. Comment ménager la chèvre et le chou ? De toute évidence, en évitant de les trouver au même endroit au même moment ! Cela peut vouloir dire d’assurer, au nord, un habitat propice au caribou et de concentrer plus au sud la production forestière, sans toutefois s’y limiter. La tournée régionale du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs de 2019 montre qu’un éventail de solutions potentielles existe. Ici aussi, comme pour la biodiversité ou les changements climatiques, c’est maintenant qu’il faut agir.

D’une part, il est vital d’assurer un habitat propice au caribou, car l’aménagement forestier contribue à accentuer la présence des prédateurs par des transformations de l’habitat, entraînant une diminution des populations. La recherche doit se poursuivre à cet égard pour mieux comprendre les interrelations de cause à effet du déclin des caribous. Il y a cependant lieu d’appliquer le principe de précaution, où l’absence de certitude scientifique complète ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures visant à prévenir une dégradation de l’environnement.

Un habitat propice contribue aussi, en synergie, au déploiement du réseau d’aires protégées, à la protection du territoire du Plan Nord et au maintien de vieilles forêts boréales qui, non perturbées, stockent des quantités plus importantes de carbone. Aussi, le caribou est une espèce « parapluie », considérée comme un indicateur de l’état de santé de la forêt boréale.

D’autre part, la production des ressources forestières plus au sud se rapproche des travailleurs, des communautés, des usines de transformation et du marché. Aussi, le climat et les sols généralement plus favorables aboutissent à de meilleurs rendements. Ces facteurs ne sont pas négligeables et de là, des économies régionales plus résilientes devraient être favorisées, face aux crises forestières, aux perturbations naturelles et aux changements climatiques. Il est essentiel que l’offre et les conditions d’emplois attrayants soient maintenues, idéalement améliorées, dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre. En effet, on risque de manquer de bras avant de manquer de bois.

Rentabilité

Dans la situation actuelle, la frange forestière commerciale, longeant la limite nordique d’attribution du bois, contient de grands secteurs où les sols, la topographie et l’hydrographie contraignent la récolte forestière, considérant également la récurrence des incendies. Il en résulte une rentabilité marginale difficilement soutenable à long terme, surtout pour les produits à faible valeur ajoutée. Il en va aussi de l’accès à certains marchés, notamment par les exigences des normes de la certification forestière, telle celle du Forest Stewardship Council (FSC).

Ceci n’exclut pas une utilisation durable du bois par un aménagement forestier dans certaines zones nordiques, notamment par les communautés autochtones ou pour certaines initiatives innovantes de valeur ajoutée par l’industrie des produits du bois. Évoquant l’enjeu de la participation des communautés autochtones, il est indispensable de les impliquer tout au long de la conception et de la mise en place des actions pour s’assurer d’une compatibilité avec leurs modes de vie.

Les enjeux du rétablissement du caribou ne sont pas nouveaux, et les grands éléments d’analyse et de solutions sont établis dans une approche pondérée selon divers scénarios depuis 2015. Actuellement, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs envisage de protéger 80 % de l’habitat préférentiel du caribou forestier, sans avoir d’impact pour l’industrie forestière, selon les mesures d’atténuation considérées. Il est aussi important que la stratégie soit intégrée pour assurer une synergie, notamment avec les aires protégées, les changements climatiques et la production de bois, le tout incluant la participation et le consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones.

Bien que les éléments de la « stratégie caribou » soient passablement définis, sa mise en oeuvre complète aurait lieu dans seulement quatre ans. Ceci comporte un risque de procrastination qui pourrait mener à sacrifier la chèvre et le chou.


 
3 commentaires
  • Bernard Plante - Abonné 11 décembre 2019 10 h 53

    On ne pourrait être plus clair

    Selon l’auteur spécialiste des forêts « Il y a cependant lieu d’appliquer le principe de précaution, où l’absence de certitude scientifique complète ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures visant à prévenir une dégradation de l’environnement. »

    En espérant que le ministre des forêts sache lire...

    • Gilles Théberge - Abonné 11 décembre 2019 16 h 17

      Le ministre des forets ne sais pas lire autre chose que des bilans financiers monsieur Plante. La preuve vient de nous être donnée par la décision du gouvernement d'abolir c'est pas, rien abolir les mesures de protection du caribou forestier.

      Et écoutez bien le reste, «avant même d’avoir en main des données scientifiques qui permettraient pourtant d’évaluer avec plus de précision si ces cervidés menacés fréquentent trois territoires naturels protégés que le gouvernement a décidé d’offrir à l’industrie forestière.»

      ET monsieur Szaraz, comme si de rien n'était nous joue du violon, en cabotinant sur les mesures de protection, versus la protectio9n des cervidés... Monsieur Szaraz veut ménager «la chèvre et le chou»... Hé ben!

      Et en plus, ils vont tuer des loups... Pour protéger les Caribou forestier. Là, on nage en plein délire...

      Les américains étaient moins hypocrites quand Sheridan déclarait, (vrai ou faux qu'importe) que «The only good Indian is a dead Indian».
      Parce que le but de cette décision revient à dire cela les Caribous sont dans nos jambes, tassons les. N'est-ce pas ?

      Les coupeurs de bois sont là : Caribou, «Tu n'es pas maître dans ta maison quand nous y sommes»...

      Talam...!

  • Jacques Prescott - Inscrit 11 décembre 2019 11 h 35

    Sages propos

    Sages propos de l'ex forestier en chef.