Il y a urgence d’agir pour contrer l’épidémie d’obésité

«Malheureusement, l’obésité touche toutes les classes de la société, mais elle atteint principalement les plus démunis», rappellent les auteurs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Malheureusement, l’obésité touche toutes les classes de la société, mais elle atteint principalement les plus démunis», rappellent les auteurs.

Lettre adressée au premier ministre du Québec, François Legault.

En ce 11 octobre 2019, Journée mondiale de la lutte contre l’obésité nous souhaitons porter à votre attention le portrait très inquiétant de la santé cardiométabolique des enfants et des adolescents du Québec.

Selon les dernières données de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et de Statistique Canada, 10 % des enfants et adolescents du Québec souffriraient d’obésité et 30 %, d’embonpoint. Uniquement chez les enfants de 3 à 6 ans, l’Institut de la statistique du Québec estimait, en 2014-2015, que 58 000 étaient atteints d’obésité ou d’embonpoint. Depuis 2013, l’obésité est reconnue mondialement comme une maladie. Or, cette déclaration n’a pas été entérinée par le Québec. Les estimations plutôt conservatrices, incluant l’entièreté de la clientèle 2 à 18 ans, parlent d’un total alarmant de près de 500 000 jeunes atteints au Québec. L’épidémie touche donc bel et bien les enfants du Québec qui sont, rappelons-le, la relève de demain.

Intimidation, dépression, tentatives de suicide, asthme, problèmes de tension artérielle, diabète de type 2, problème de cholestérol, foie gras, problèmes articulaires, dépendance aux écrans de toutes sortes et troubles du sommeil sont des exemples de complications reliées à l’obésité couramment rencontrées en pédiatrie et qui atteignent des taux jamais égalés auparavant. L’avenir économique de la société québécoise risque de souffrir gravement du sous-financement et de l’absence de prévention de la part des gouvernements précédents.

Malheureusement, l’obésité touche toutes les classes de la société, mais elle atteint principalement les plus démunis : enfants de familles monoparentales, enfants présentant des troubles de développement, familles à faible revenu ou à faible niveau d’éducation, jeunes immigrants et jeunes en centre jeunesse ou atteints de troubles de santé mentale.

Depuis plusieurs années, les sociétés médicales pédiatriques internationales, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les Nations unies et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), sonnent l’alarme à l’échelle mondiale et enjoignent à tous les gouvernements d’investir dans des programmes de prévention chez les jeunes qui incluent des équipes multidisciplinaires en première et en deuxième lignes. Bien que cette maladie soit multifactorielle, les modèles de soins de santé pour la traiter sont, selon l’OCDE, les plus efficaces et les moins coûteux à court (10 ans) et à long termes (100 ans) pour améliorer la qualité et l’espérance de vie de la population. En décembre 2018, à Paris, l’OCDE et l’OMS ont affirmé que chaque dollar investi en prévention de l’obésité rapporterait au gouvernement un retour sur investissement de 560 % sur une période de cinq ans.

Au Québec, les quelques services multidisciplinaires compatibles avec les recommandations ci-dessus mentionnées, et reconnus internationalement, ne sont actuellement offerts qu’à partir de rares et très modestes mouvements philanthropiques. Un de ces modèles québécois a d’ailleurs été intégré récemment en France dans les maisons de santé pluriprofessionnelles. Les pédiatres du Québec ont besoin de votre soutien, Monsieur le Premier Ministre, pour faire face à cette épidémie qui ne fait que commencer.

L’épidémie touche bien plus que la santé et les services sociaux, elle touche également la famille, l’éducation, l’économie, l’immigration, les transports, les municipalités, le Trésor, l’industrie agroalimentaire, le travail, les finances et l’environnement, puisque, bien sûr, elle est également fortement accélérée par les changements climatiques actuels. Ainsi, nous sommes convaincus qu’à titre de premier ministre du Québec, vous porterez une attention particulière à ce dossier.

En outre, nous vous demandons d’entendre l’appel de la Coalition québécoise sur la problématique du poids qui réclame l’instauration d’une taxe sur les boissons sucrées. Nous croyons en effet que cette mesure freinerait la surconsommation de ces boissons qui est directement liée à l’obésité en plus de contribuer au financement du traitement de cette maladie.

La prochaine génération sera la première chez qui nous observerons un déclin de l’espérance de vie et nous risquons fort, dans un avenir plus ou moins rapproché, de ne pouvoir apporter des soins à tous ceux qui les nécessiteront parce que nous aurons négligé la pire épidémie de santé du XXIe siècle. Nous profitons ainsi de cette journée mondiale de sensibilisation pour vous rappeler l’urgence d’agir afin de contrer l’épidémie et d’éviter de léguer un fardeau supplémentaire en matière de santé à nos enfants et nos petits-enfants qui formeront la société de demain.

*Cette lettre est signée par 221 pédiatres.

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2 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 11 octobre 2019 13 h 02

    « l’obésité touche toutes les classes de la société, mais elle atteint principalement les plus démunis » (Les auteurs)

    L'obésité, c'est comme la pauvreté et son corollaire la criminalité: on n'y peut rien; c'est génétique.

    Ce qui caractérise la pauvreté outre le dénuement, c'est la propension à récriminer: auparavant, les pauvres prétendaient ne pas manger à leur faim; à notre époque, ils se plaignent de trop manger;

    Ainsi, que vous les nourrissiez ou que vous les affamiez est sans effet sur leur discours revendicateur: ils trouveront toujours matière à récriminer.

    En s'attardant sans cesse sur le sort des démunis pour qui la science et les politiques sociales ne sont d'aucun secours, les riches deviennent des laissés pour compte dont on occulte les droits.

    Mais! En vertu de quelle morale passéiste un riche devrait s'abstenir de s'enrichir aux dépens d'un pauvre qui ne songe qu'à s'empiffrer?

    Mais! En vertu de quelle morale passéiste un riche devrait s'abstenir de s'enrichir aux dépens d'un pauvre qui ne songe qu'à s'empiffrer?

    Pourtant, chaque classe sociale y trouve ainsi son profit, suivant son penchant naturel: le pauvre engraisse en mangeant du pain, des pâtes et des pommes de terre pendant que le riche s'enrichit en engraissant une banque où croît l'arbre à pain.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 11 octobre 2019 13 h 12

    Quand je vois un pauvre sur la rue, je change de trottoir



    Au-delà de l'apparence des injustices sociales, l'intelligence est génétique; la preuve: si le paternel de Bush Jr., de Trudeau Père & Fils et de Trump n'avait pas été riche, leur progéniture n'aurait pas accédé aux plus hautes fonctions de l'appareil gouvernemental.

    C'est d'ailleurs ce qui explique l'importance de la filiation que l'on constate parmi les employés des grandes entreprises ainsi qu'au sein du gouvernement et de la fonction publique.

    Avoir un oncle ministre, une tante fonctionnaire ou un père chef d'entreprise vous qualifie bien mieux que tous les diplômes que vous pourriez décrocher en vous endettant.

    L'endettement et l'obésité, c'est ce qui attend le pauvre qui cherche vainement à échapper à sa condition sociale: après s'être gavé de beurre de cacahouètes durant ses études, une fois son diplôme en poche, il se gavera de plus belle de beurre de cacahouètes afin de rembourser le coût de ses études; de cette façon, tout ce que le pauvre aura ainsi gagné, c'est de l'embonpoint.

    Ainsi, veau meuh, pardon! Vaut mieux tenir son rang, plutôt que de se cholestéroliser le sang!