Quelle durabilité pour le nouveau campus de l’UdeM?

Le nouveau campus se distingue par son importante contribution au développement environnemental et économique de la ville de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le nouveau campus se distingue par son importante contribution au développement environnemental et économique de la ville de Montréal.

Le nouveau campus de l’Université de Montréal à Outremont a été applaudi pour son modèle durable. Un rapport publié par l’Université de Montréal en 2016 souligne que le campus constituera un district « créatif et innovateur », « bénéficiant d’un écosystème d’innovation dans lequel les institutions, les universités et les entreprises interagissent de manière soutenue avec l’environnement culturel et social local, ce qui produit des bienfaits pour toutes les parties prenantes ».

Des projets similaires ont été implantés dans d’autres villes, et l’Université de Montréal s’est tournée vers ces projets pour y trouver de l’inspiration. Le directeur du développement du nouveau campus, Yves Beauchamp, a cité le 22@Barcelona comme source d’inspiration. Le 22@Barcelona est un projet d’envergure qui visait à revitaliser d’anciennes zones industrielles de Barcelone en les convertissant en ce que plusieurs ont nommé le premier « quartier d’innovation » et un modèle iconique d’urbanisme durable.

Nous soutenons que le nouveau campus et son inspiration soulèvent plusieurs questions quant au genre de durabilité qui est promu. Bien que l’embellissement et la revitalisation peuvent avoir des retombées environnementales positives à l’échelle locale, le projet de campus encourage la gentrification des quartiers avoisinants, et notamment de Parc-Extension. Dans un contexte marqué par un faible taux d’inoccupation des logements locatifs (moins de 1 %) ainsi que par une augmentation importante des prix de l’immobilier dans le quartier, nous pouvons nous attendre à ce que l’accroissement du nombre d’étudiants résidant à Parc-Extension mène à des pressions additionnelles sur l’accès au logement pour les résidents de longue date ainsi que pour les commerces locaux, qui risquent conséquemment d’être déplacés. Ces résidents et commerces seront remplacés par une population plus nantie et mobile, ainsi que par une variété de services et de produits qui seront directement adressés à cette dernière.

Malgré les nombreuses inquiétudes exprimées par les organismes communautaires quant à la gentrification du quartier, l’Université de Montréal tarde à réagir et à reconnaître pleinement l’impact d’un nouveau campus sur le déplacement des commerces et des résidents qui se situent à proximité. La Ville de Montréal et le gouvernement provincial ont fourni des sommes considérables pour le financement du nouveau campus. 210 millions de dollars ont été octroyés par la Ville pour des travaux d’infrastructure et la décontamination du site, tandis que la province a fourni 145 millions de dollars. De plus, la Ville a cité le campus comme modèle de pratique durable à suivre. Quand vient le temps de définir les « pratiques durables », à Montréal et dans d’autres villes, nous estimons qu’une plus grande attention doit être accordée au risque que le « développement durable » mène à une augmentation des inégalités économiques et sociales, tant à l’intérieur d’un quartier qu’entre les quartiers dans une ville.

La Ville devrait alors travailler, avec l’appui de l’Université (un établissement financé en grande partie par le public) et de la province, afin de remplir réellement l’objectif de développement durable du campus. Cela impliquerait notamment d’importants investissements dans le logement social et étudiant, un renforcement de la réglementation sur le prix des loyers, la protection des commerces locaux contre le déplacement et une stratégie pour offrir des emplois à salaire viable pour les résidents du quartier, autant d’initiatives qui vont au-delà du simple volet de durabilité environnementale promue par le projet.

Au premier abord, le nouveau campus de l’Université de Montréal se distingue par son importante contribution au développement environnemental et économique de la ville de Montréal. Nous soutenons toutefois qu’une véritable contribution à la durabilité urbaine repose sur trois piliers, soit le pilier environnemental, le pilier économique et le pilier social. Bien que l’élargissement des services éducatifs offerts par l’Université présente de nombreux bénéfices sociaux, nous devrions nous assurer ici d’adopter une définition large du « social », en prenant aussi en compte le bien-être des personnes qui pourraient être affectées par la présence du campus, qu’elles y suivent des cours ou non.

Si le pilier social n’est pas pleinement intégré au plan de développement du campus, ce dernier risque de devenir un exemple de « blanchiment durable », par lequel des infrastructures et des services écoresponsables sont utilisés comme stratégie de promotion qui détourne l’attention des problèmes sociaux soulevés par un projet. Nous pouvons espérer que cet enjeu sera dûment pris en compte dans les mois à venir.

Les trois auteurs sont membres du Planners Network-Montréal.


 
3 commentaires
  • Pierre Boucher - Inscrit 26 septembre 2019 04 h 22

    Correction linguistique

    En bon français, on dit embourgeoisement, non gentrification qui est un anglicisme (calque de l'anglais). Les médias n'aident pas à la qualité du français.
    Pierre Boucher, traducteur.

  • Simon Pelchat - Abonné 26 septembre 2019 09 h 51

    Embourgeoisement

    Merci M. Boucher de souligner l'utilisation de cet anglicisme, ce qui est bien irrespectueux pour nous francophones. Quant à l'embourgeoisement du quartier avoisinant, il faudra des sentinelles comme vous du domaine social pour instaurer un plan de développement durable. On ne peut certainement pas compter sur une université pour contrer l'embourgeoisement, ni les promoteurs immobiliers.

  • Guy Demers - Abonné 26 septembre 2019 10 h 51

    Facile d'éviter le problème en en faisant un de langue

    Je trouve cet article sur la nature de la durabilité de l'aménagement du territoire relié au nouveau campus des sciences de l'UdeM dans Le Devois du 26 septembre 2019 tout à fait pertinent.
    L'environnement durable doit en être aussi un de durabilité sociale. Il est regrettable que nos dirigeants et dispenseurs de fonds publics passent à côté de cette exigence du bien public indispensable. Le développement de la sciencve est faire de travail, mais aussi de considération éthiue et aociale, ce qui malheureusement n'apparait pas d'une manière bien prioritaire dans ce projet, depuis le début.
    Guy Demers