L’élection scolaire ou l’échec de la politique gouvernementale

La très faible participation aux élections scolaires est prétexte à forcer un débat sur les structures scolaires, affirme l'auteur.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La très faible participation aux élections scolaires est prétexte à forcer un débat sur les structures scolaires, affirme l'auteur.

Comme le gouvernement précédent, la Coalition avenir Québec ne cesse de miner le statut des commissions scolaires et la crédibilité des commissaires scolaires. Elle prendra d’ailleurs prétexte de la très faible participation aux élections scolaires pour forcer un débat sur les structures scolaires… un autre, après celui des Simard, Bolduc, Blain, Proulx, etc.

Dans le discours public, les commissaires scolaires sont dits très peu représentatifs et, partant, leur action manquerait de crédibilité. On oublie que ces Québécois se sont tout simplement engagés dans un processus démocratique dont ils ne contrôlaient pas les paramètres, les règles étant définies par l’État.

C’est l’État — et l’État seul — qui a maintenu pendant 50 ans le processus de sélection des élus scolaires sur le modèle défini en 1970, qui a déterminé les règles de confection de la liste électorale, les conditions que les citoyens-candidats devaient respecter, le moment de l’élection, les règles sur le financement des élections… bref, il a déterminé toutes les règles du jeu… une politique qui se résume à un mot : échec.

Les gouvernements auraient pu agir autrement, s’inspirer des pratiques d’ailleurs ou des recommandations de nombreux spécialistes. Ils se sont plutôt limités à de très légères adaptations, qui n’ont pas produit les effets escomptés.

Des ministres ont imaginé des solutions… originales en Amérique du Nord : donner le pouvoir aux acteurs qui font l’éducation, tant à l’école qu’au niveau de la commission scolaire. On a vite compris que les parents bénévoles ne feraient pas le poids à côté d’enseignants et de directions d’école qui sont permanents, syndiqués, organisés. On s’est rappelé aussi les conclusions du rapport Rochon sur ces pratiques néo-corporatistes, à la fin du XXe siècle, à la direction du réseau de la santé : « Tout se passe comme si le système était devenu prisonnier des innombrables groupes d’intérêt qui le traversent, que seule la loi du plus fort opérait, que la personne à aider, les besoins à combler avaient été oubliés au profit des intérêts propres à ces divers groupes. »

Cela dit, une composante de la politique québécoise, totalement inconnue, mérite considération. On le sait : le taux de participation aux élections scolaires en milieu anglophone est moins problématique qu’en milieu francophone. Différence de culture politique ? Non, plutôt dans la confection de la liste électorale. La liste anglophone est constituée exclusivement des parents des enfants qui fréquentent les écoles de la commission scolaire et des citoyens qui demandent d’être inscrits sur cette liste. Tous les autres citoyens du territoire sont inscrits sur la liste francophone.

Ainsi, la liste anglophone est composée de citoyens qui, tous, ont un intérêt immédiat dans le développement des services scolaires. Les parents anglophones détiennent ainsi un pouvoir électoral que n’ont pas les parents francophones. Enfin, les candidats dans les commissions scolaires anglophones de Montréal, par exemple, ont à intervenir auprès de 2000 à 4000 électeurs contre 30 000 à 50 000 pour les francophones.

Bref, la comparaison des taux de participation entre les commissions scolaires anglaises et françaises est boiteuse… mais instructive. Pourquoi ne pas étendre à toute la société cette expérience, typiquement québécoise, mais actuellement limitée au milieu anglophone et qui a fait ses preuves : a) réaffirmer le droit de tout citoyen de participer à l’élection scolaire b) déterminer que seuls seront inscrits sur les listes électorales les parents d’enfants qui fréquentent les écoles de la commission scolaire et les citoyens qui demandent d’être inscrits sur la liste francophone ou anglophone c) faciliter l’inscription de ces citoyens.

Cette proposition repose évidemment sur un postulat : les commissions scolaires (ou ce qui en tiendra lieu) ne doivent pas être de simples bureaux régionaux du ministère, mais une instance politique où les citoyens d’une région, les parents d’abord, expriment leurs attentes et leurs espoirs en éducation… comme c’est d’ailleurs partout le cas au Canada. Cela passe nécessairement par un processus particulier de sélection de dirigeants politiques, processus qui donne davantage de pouvoir aux parents.

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7 commentaires
  • Pierre Grandchamp - Abonné 24 septembre 2019 06 h 50

    Suggestions intéressantes

    Vous apportez une information très pertinente en ce qui concerne la question.

    Moi, je suis de ceux qui pensent, justement, qu'on peut améliorer la participation aux élections scolaires. Je pense, aussi, que la priorité ne doit être, actuellement, dans les structures...mais dans les services à nos écoles publqiues.

    Je sais pertinemment, aussi, que pour sièger à ce genrre d'organisation, ça prend des personnes qui ont beaucoup de temps à disposer, ainsi que beaucoup d'énergies.

  • Claude Girard - Abonné 24 septembre 2019 07 h 21

    Ah bon!

    En résumé, vous souhaitez limiter la participation aux élections scolaires d’abord aux parents d’enfants qui fréquentent les écoles de cette commission scolaire et aux volontaires de ce milieu. Également, vous semblez définir le conseil des commissaires comme une instance où les citoyens, les parents d’abord dites vous, expriment leurs attentes et leurs espoirs en éducation. C’est comme si on souhaitait que le conseil d’administration d’un hôpital soit prioritairement composé des parents des enfants malades en excluant les groupes d’intérêts comme les médecins ou les infirmières. Pourquoi des élections scolaires alors? Pour faire belle figure?

    Claude Girard, commissaire retraité

    • Pierre Grandchamp - Abonné 24 septembre 2019 08 h 38

      Pour ma part, j'ai des grandes réserves à ce que des employés siegent sur le CA d'une organisation qui regroupe plusieurs centres de services.J'ai une certaine expérience dans l'administration publique, ayant été conseiller municipal et maire.Et je suis retraité de l'éducation, ici, au Québec.Je suis les activités de ma commission scolaire.

      C'est comme si on disait que, à la Ville de Montréal, il devrait y avoir, sur le conseil municipal, des représentants des policiers, des cols bleus, des cols blancs, des professionnels.Je craindrais les apparences de conflits d'intérêts.

      « Tout se passe comme si le système était devenu prisonnier des innombrables groupes d’intérêt qui le traversent, que seule la loi du plus fort opérait, que la personne à aider, les besoins à combler avaient été oubliés au profit des intérêts propres à ces divers groupes. »

      Je suis sûr d'une chose:on peut améliorer la participation aux élections scolaires en les cédulant en même temps que les municipales!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 24 septembre 2019 09 h 04

      Mais, des employés de l'école siègent sur le conseil d''établissement de l'école aux côtés de parents. A la dernière école seocndaire où j'étais, il y avait même un(e) élève.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 24 septembre 2019 12 h 56

      Définition du mot politique:"Qui a rapport aux affaires publiques",

      Que ce soit au municipal ou au scolaire, toute décision est *politique*.

  • Claude Girard - Abonné 24 septembre 2019 07 h 21

    Ah bon!

    En résumé, vous souhaitez limiter la participation aux élections scolaires d’abord aux parents d’enfants qui fréquentent les écoles de cette commission scolaire et aux volontaires de ce milieu. Également, vous semblez définir le conseil des commissaires comme une instance où les citoyens, les parents d’abord dites vous, expriment leurs attentes et leurs espoirs en éducation. C’est comme si on souhaitait que le conseil d’administration d’un hôpital soit prioritairement composé des parents des enfants malades en excluant les groupes d’intérêts comme les médecins ou les infirmières. Pourquoi des élections scolaires alors? Pour faire belle figure?

    Claude Girard, commissaire retraité

  • Rose Marquis - Abonnée 24 septembre 2019 07 h 38

    Élections scolaires

    J'aime bien cette proposition: ''Pourquoi ne pas étendre à toute la société cette expérience, typiquement québécoise, mais actuellement limitée au milieu anglophone et qui a fait ses preuves : a) réaffirmer le droit de tout citoyen de participer à l’élection scolaire b) déterminer que seuls seront inscrits sur les listes électorales les parents d’enfants qui fréquentent les écoles de la commission scolaire et les citoyens qui demandent d’être inscrits sur la liste francophone ou anglophone c) faciliter l’inscription de ces citoyens.'' Je ne savais pas que les élections dans les commissions scolaires anglophones étaient organisées différemment. Lors de l'examen de la future loi qui devrait être présentée cet automne j'espére qu'il en sera question. D'autres personnes aimeraient que ces élections soient couplées avec celles des MRC.... À suivre.