Une raison de plus de combattre le militarisme

«L’armée des États-Unis est l’institution qui produit le plus de gaz à effet de serre dans le monde», soulignent les auteurs.
Photo: Sammy Dallal US Navy Agence France-Presse «L’armée des États-Unis est l’institution qui produit le plus de gaz à effet de serre dans le monde», soulignent les auteurs.

Cette année, les Nations unies ont adopté, pour la Journée internationale de la paix, qui a lieu samedi, le slogan « Action climatique, action pour la paix », pour souligner « l’importance de lutter contre le changement climatique en tant que moyen de protéger et de promouvoir la paix dans le monde ».

Il ne fait aucun doute que le réchauffement climatique a déjà commencé à affecter négativement la sécurité humaine et que ses conséquences sont susceptibles de participer à la genèse de nouveaux conflits. Mais, pour l’heure, le réchauffement climatique ne représente pas la principale menace à la paix dans le monde. Dans cet article, nous voulons mettre en lumière d’autres liens entre guerres, militarisme et changements climatiques, qui nous semblent moins discutés et néanmoins fort importants.

Les raisons de s’opposer aux guerres et au militarisme ne manquent pas. Leur impact sur le réchauffement climatique en est une de plus.

L’exemption militaire

Commençons d’abord par un constat : l’armée des États-Unis (É.-U.), avec ses énormes besoins en carburant pour les guerres qu’elle mène et les opérations de ses quelque 800 bases militaires, est l’institution qui produit le plus de gaz à effet de serre dans le monde. Selon une étude récente de Neta Crawford du Costs of War Project, de 2010 à 2017, le département de la Défense des É.-U. a produit une moyenne annuelle de 66 millions de tonnes métriques d’équivalents CO2. Ces émissions sont bien supérieures aux émissions totales de la Suède (50,8), de la Finlande (46,8) ou du Danemark (33,5) en 2017. Cela ne représente qu’un faible pourcentage des émissions totales des É.-U., mais à cela il faut ajouter les émissions des industries militaires aux É.-U., estimées à environ 15 % du total des émissions industrielles du pays.

Pour connaître l’empreinte carbone réelle des guerres et du militarisme, il faudrait ajouter à cela toutes les émissions liées aux autres armées et aux autres industries militaires dans le monde (celles de plusieurs autres membres de l’OTAN, de la Chine, de la Russie, etc.). Il faudrait aussi estimer les émissions résultant du ciblage des puits, des raffineries — dont celles de l’Arabie saoudite tout récemment — et des convois de ravitaillement en carburant. Et il faudrait aussi ajouter les émissions liées à la reconstruction des infrastructures détruites ou endommagées dans toutes ces guerres.

Si le Protocole de Kyoto (1997) exemptait les pays signataires de faire rapport de leurs émissions de CO2 pour la défense et la sécurité, l’Accord de Paris (2016) entend combler cette brèche. Mais les pays peuvent continuer d’exempter ces secteurs quand vient le temps d’établir des cibles de réduction des émissions, ce qui est le cas du Canada.

Alors que de plus en plus de gens prennent conscience que la survie de l’humanité passe par une lutte pressante contre le réchauffement climatique, nous croyons qu’un autre constat doit aussi s’imposer : la nécessité d’en finir avec la guerre et le militarisme. Non pas dans un avenir lointain, mais de façon urgente.

Survie de l’humanité

À l’heure où les É.-U. jouent de plus en plus la carte de l’intimidation et de l’agression militaires pour tenter de maintenir leur hégémonie dans le monde, où les tensions croissent avec la Chine et la Russie, où les divisions s’approfondissent au sein de plusieurs pays avec la montée de l’extrême droite, le danger de nouvelles guerres encore plus destructrices grandit. Et avec lui, le danger d’une conflagration nucléaire, l’autre grave menace à la survie de l’humanité. À cet égard aussi, le Canada joue un rôle néfaste, faisant partie des 28 pays de l’OTAN (sur 29) qui ont boycotté le processus d’élaboration du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires adopté à l’Assemblée générale de l’ONU, le 7 juillet 2017.

La lutte contre le réchauffement climatique comporte des enjeux de justice importants. À l’échelle mondiale, les pays les plus grandement menacés n’ont souvent qu’une responsabilité minime dans le réchauffement et des ressources limitées pour en affronter les conséquences. Alors que les pays occidentaux, qui sont les premiers responsables de cette catastrophe écologique, disposent de moyens beaucoup plus importants et feront face à des conséquences moindres. Pour eux, la lutte contre le réchauffement climatique exigera de prévoir des budgets importants pour la transition des énergies fossiles vers des énergies plus propres. Mais elle devrait également se traduire par le transfert de ressources importantes vers les pays les plus durement touchés.

Une lutte conséquente contre le militarisme — nécessitant la réduction massive des budgets militaires dans nos pays et le démantèlement des armes nucléaires — permettrait non seulement de neutraliser cette menace à la survie de l’humanité, mais aussi de dégager des sommes considérables pour contrer le réchauffement climatique et ses effets.

*Ont cosigné le texte : François Avard, auteur et scénariste ; Ariane Émond, journaliste indépendante, animatrice et auteure ; Martin Forgues, ex-militaire, journaliste indépendant et auteur ; Jacques Goldstyn (alias Boris), auteur, illustrateur et caricaturiste ; Geneviève Rochette, comédienne ; Christian Vanasse, humoriste. Parrains et marraines de la campagne 2019 du coquelicot blanc.

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3 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 21 septembre 2019 08 h 57

    La dénucléarisation ne peut être unilatérale

    Elle doit être négociée internationalement, ce qui n'est pas une sinécure. Actuellement, la dictature chinoise accroît rapidement ses dépenses militaires. L'équilibre politique dépend en partie de la terreur engendrée par les armes nucléaires. C'est l'équilibre de la terreur.

    Au delà des émissions de GES et de ses répercussions sur le climat, la relation de l'humanité à l'environnement devrait être une recherche d'équilibre et non pas une croissance économique et démographique sans fin et sans finalité.

    La défense des territoires nationaux repose sur la terreur inspirée par les armes nucléaires avec les risques de dérapages et d'accidents tragiques. Mais les souverainetés nationales ne permettent pas de protéger l'atmosphère ni les océans. Jusqu'à maintenant, aucune autorité politique ne peut assurer cette protection. Le défi est de développer une gouvernance mondiale qui aurait le pouvoir et la responsabilité de protéger l'atmosphère et les océans.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 21 septembre 2019 11 h 45

    Éviter l’autodestruction

    Aux excellents arguments des signataires, j’ajouterais ceci.

    Les conflits armés que les États-Unis déclenchent de plus en plus fréquemment — en Libye, en Syrie, en Irak et peut-être en Iran — ont pour but de maintenir bas le prix des hydrocarbures.

    En effet, tout pays producteur de pétrole maximisera sa production afin de soutenir l’effort de guerre. Puis afin de reconstruire le pays dévasté, une fois la guerre finie.

    L’abondance de l’offre entraine la baisse du prix des hydrocarbures et évite ainsi la reconversion douloureuse d’une économie énergivore comme celle des États-Unis.

    De plus, l’insécurité créée par leurs guerres motivent les pays voisins à acheter de l’équipement militaire principalement auprès du complexe militaro-industriel américain.

    Or ce complexe est un cancer, réclamant toujours de nouvelles guerres afin de maintenir l’emploi.

    Même quand la guerre en Syrie n’est pas complètement terminée, il faut susciter un nouveau conflit (avec l’Iran) pour éviter un ralentissement économique et détourner l’attention du peuple américain de la stagnation de ses revenus alors que se creusent les inégalités sociales depuis 1980.

    Bref, le réchauffement de la planète se poursuivra inexorablement tant et aussi longtemps qu’on ne provoquera pas une hausse dramatique du prix des hydrocarbures.

    Or une telle hausse fera mal. Mais c’est le prix à payer pour sauver l’espèce humaine de l’autodestruction.

  • Léonce Naud - Abonné 21 septembre 2019 15 h 46

    Jouer la vie brève

    Les Romains avaient compris qu'il existe deux voies assurées pour un peuple de marcher vers sa disparition : mépriser les Dieux de la Ville et négliger l'art militaire. Les Québécois font les deux tandis que les Canadiens-français savaient prier et savaient se battre.