Port de Québec: canicule, particules fines et faux-fuyant

«Malgré le gain obtenu à la suite d’une action collective relative à un incident survenu en 2012 et relié à la poussière rouge, le problème demeure très présent et risque même d’augmenter avec le projet d’agrandissement du port», rappelle l'auteure.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir «Malgré le gain obtenu à la suite d’une action collective relative à un incident survenu en 2012 et relié à la poussière rouge, le problème demeure très présent et risque même d’augmenter avec le projet d’agrandissement du port», rappelle l'auteure.

En cette période de grande canicule, mes pensées se tournent vers les personnes les moins fortunées de notre société, qui habitent souvent des logements en mauvais état, majoritairement dans les quartiers centraux.

À Québec, ces conditions difficiles sont aggravées pour de nombreuses personnes résidant dans Limoilou, Saint-Roch et les secteurs centraux, la qualité de l’air s’y avérant déjà médiocre, principalement en raison de la poussière et des particules fines émanant des activités de transbordement du vrac solide dans le port de Québec.

Malgré le gain obtenu à la suite d’une action collective relative à un incident survenu en 2012 et relié à la poussière rouge, le problème demeure très présent et risque même d’augmenter avec le projet d’agrandissement du port, aucune mesure de recouvrement des activités actuelles de vrac n’étant incluse audit projet.

Économie et santé

Questionnée en commission parlementaire à ce sujet en mai dernier, Mme Geneviève Guilbault, vice-première ministre et ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, a clairement indiqué, non sans une certaine désinvolture, qu’elle ne comptait pas intervenir dans ce dossier relevant du gouvernement canadien, spécifiant que le projet d’agrandissement du port représentait une occasion économique importante pour la région.

Or, comme l’ont démontré des initiatives de sécurisation de vrac réalisées dans divers ports effectuant des activités similaires à celles de Québec, il se révèle tout à fait compatible d’allier intérêt économique et protection de la santé des résidents dans ce type de dossier.

Alors que le gouvernement Legault n’hésite pas à affronter ses homologues d’Ottawa et à revendiquer son autonomie en matière d’immigration, d’environnement et de financement en transport [...], comment la ministre peut-elle se retrancher derrière un prétexte de compétence fédérale afin de justifier son inaction dans ce dossier qui affecte les citoyens les plus vulnérables de la capitale nationale ?

L’impact de l’inhalation de particules fines sur la santé pulmonaire est bien connu et documenté. Une étude récente du Centre universitaire de santé McGill confirme que ce type de pollution accélère le processus de vieillissement des poumons et rehausse le risque de maladie pulmonaire obstructive chronique. Force est de rappeler que les personnes vivant dans la basse-ville de Québec ont une espérance de vie de six ans inférieure à celle de la moyenne régionale.

Une demande est donc adressée à la ministre Geneviève Guilbault afin qu’elle revoie sa position, prenne part au débat et exerce des pressions auprès de l’Administration portuaire de Québec dans le but d’assurer la protection des citoyens de nos quartiers les plus pauvres, qui comprennent beaucoup d’enfants. Il y va de ce qu’ils ont de plus précieux : leur santé.

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4 commentaires
  • Jean Lacoursière - Abonné 25 juillet 2019 07 h 54

    Beauport 2020 : 500 emplois directs, vraiment ?

    Je trouve remarquable la coïncidence entre les réponses de la ministre dignes d'une entreprise maritime, et le fait que l'une de ses deux attachées politiques (pour les dossiers en lien avec les entreprises et les projets de la députée) à son bureau de circonscription soit madame Johanne Lapointe, ex-VP développement corporatif et communications chez Compagnie d'Arrimage de Québec, le principal locataire au Port de Québec :

    https://ca.linkedin.com/in/johanne-lapointe-08061519

    https://www.bibliotheque.assnat.qc.ca/DepotNumerique_v2/AffichageFichier.aspx?idf=190412

    Le projet d’agrandissement du port représenterait une occasion économique importante pour la région ? Extrait d'entrevue du 28 mai 2019:

    Guillaume Dumas, journaliste à Radio-Canada - Québec : « En quoi le projet Beauport 2020, bon, qui n’existe plus, et le projet Laurentia diffèrent ? Quel est fondamentalement ce que vous avez modifié entre les deux projets ? »

    Mario Girard, pdg du Port : « En décembre 2017, on a annoncé le projet de terminal de conteneurs exclusivement. [...] Aujourd’hui, ce qui fait la grosse différence [...], c’est surtout la partie automatisation. Là, on parle d’un terminal très, très automatisé, des équipements automatisés. »

    G.D. : « On parle d’un projet qui va [...] créer près de 800 emplois dont 500 emplois directs, on parle de quels types d’emplois ici monsieur Girard ? »

    M.G. : « On parle d’emplois de qualité, çà c’est l’fun, c’est une bonne question monsieur Dumas, je suis content de çà [sic], parce qu’en fait, vous savez aujourd’hui avec la pénurie de main-d’œuvre qu’on connait... . [...] En fait aujourd’hui, même, la manutention des conteneurs va se faire en partie notamment dans des bureaux, très confortables, avec ce qu’on appelle en bon québécois des joysticks [...]. »

    Source: https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/c-est-encore-mieux-l-apres-midi/episodes/434932/audio-fil-du-mardi-28-mai-2019

  • Clément Fontaine - Abonné 25 juillet 2019 07 h 59

    La croissance économique avant tout, le reste on s'en fout

    « Questionnée en commission parlementaire à ce sujet en mai dernier, Mme Geneviève Guilbault, vice-première ministre et ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, a clairement indiqué, non sans une certaine désinvolture, qu’elle ne comptait pas intervenir dans ce dossier relevant du gouvernement canadien, spécifiant que le projet d’agrandissement du port représentait une occasion économique importante pour la région.»

    Une fois de plus avec le gouvernement caquistes, élu majoritaire mais avec seulement 37,5% du vote, l'économie passe avant la santé et l'environnement.

  • Normand Lévesque - Abonné 25 juillet 2019 08 h 05

    Santé collective ou santé économique?

    Vous avez bien raison!
    Prioriser la santé économique au détriment de la santé collective est une pensée rétrograde de l'ère du béton des années '70!
    De plus, la volonté de réaliser un tel projet de sacage du fleuve est dans la continuité de cette même ère où la grande partie des berges nord du fleuve de Limoilou à Momorency ont été sacagées pour le passage des voitures, du train, de l'agrandissement du port et autres!
    Le fleuve, n'est pas la propriété exclusive au Port de Québec ou du gouvernement canadien! C'est plutôt une ressource collective inestimable auquelle aucune corporation n'a le droit de sacrifier ou saccager. Du massacre à notre fleuve, il y en a eu suffisament!
    Les grandes villes du monde mettent maintenant l'accent sur l'accès aux plans d'eau de proximité (Ex: Barcelone). Ici, encore dans l'ère précambrienne du béton, on fantasme encore sur le remblayge du Port de Qc pour son extension! Quand partiront ces dinausores de l'ère du béton et de l'économie à tout prix pour faire place à des gens ayant des idées de développement et d'aménagement de notre société plus en phase avec les réalités planétaires auxquelles nous sommes confrontées présentement?

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 25 juillet 2019 11 h 21

    lacune des recours collectifs

    Les actions collectives donnent des compensations financières aux personnes lésées par une situation. Dans le domaine de l'achat et de la consommation des produits, cela permet aux gens de réparer le produit ou de s'en acheter un autre. Mais dans le domaines des nuisances comme le bruit, la qualité de l'eau ou de l'air, ou d'autres pollutions, une compensation financière ne règle pas le problème à la source. Elle n'aide aucunement à réduire la pollution causée par le traffic maritime ou le camionnage, le bruit ou l'émission de polluants causé par les opérations commerciales d'une infrasctructure comme un port, ou la pollution causée par le traffic maritime. C'est donc que les actions collectives ne règlent pas vraiment les problèmes dans le domaine environnemental, elles font juste donner une compensations financières aux personnes lésées alors que celles-ci doivent toujours subir les nuisances à l'origine de l'action collective.