Jeux de la Francophonie: la RDC sera-t-elle prête à temps?

«Les derniers Jeux de la Francophonie qui se sont tenues en 2017 à Abidjan, en Côte d'Ivoire, avaient accueilli 3500 participants», rappelle l'auteur.
Photo: Sia Kambou Agence France-Presse «Les derniers Jeux de la Francophonie qui se sont tenues en 2017 à Abidjan, en Côte d'Ivoire, avaient accueilli 3500 participants», rappelle l'auteur.

La 107e session du Conseil permanent de la Francophonie, qui s’est tenue le 2 juillet dernier à Paris, a désigné la République démocratique du Congo (RDC) pour accueillir la 9e édition des Jeux de la Francophonie, en 2021. Pour rappel, ce sont les villes de Moncton et de Dieppe, au Nouveau-Brunswick, qui avaient été désignées initialement, mais elles ont finalement renoncé, parce que les coûts de l’organisation des Jeux devenaient de plus en plus élevés.

En effet, conformément au guide de candidature élaboré par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le cadre financier de base est fixé à plus ou moins 10 millions d’euros (soit 15 millions de dollars canadiens) pour obtenir les Jeux de la Francophonie. Mais même les organisateurs de l’OIF sont très conscients que cette somme est illusoire et qu’il a été impossible de tenir un événement de cette envergure avec un tel budget.

Les coûts initialement estimés par le Nouveau-Brunswick en 2015 étaient de 17,5 millions de dollars. Quelques années plus tard, les coûts ont explosé, passant à 130 millions de dollars en 2018, pour ensuite être revus à la baisse à 62 millions de dollars en 2019. La Ville de Sherbrooke, qui, à un moment donné, voulait prendre la relève, avant de renoncer elle aussi, estimait les coûts à 52 millions de dollars.

À travers le monde, les études démontrent que la plupart des pays organisateurs de grandes manifestations sportives telles que les Jeux olympiques ont vu leur budget de dépenses exploser sensiblement, dépassant de loin le budget annoncé lors du dépôt de leur candidature.

Toutefois, à deux ans de la tenue des Jeux de la Francophonie, la candidature de la RDC, un pays qui ne dispose pas de suffisamment d’infrastructures sportives et hôtelières adéquates, semble un défi difficile à relever. Il faut noter que le pays est toujours sans gouvernement six mois après les élections présidentielles et législatives du 30 décembre 2018.

Lourde responsabilité

Accueillir les Jeux de la Francophonie est une lourde responsabilité qui nécessite une préparation minutieuse. Pour qu’ils soient couronnés de succès, trois conditions au moins doivent être réunies, à savoir des moyens financiers conséquents, des infrastructures sportives et hôtelières, et bien évidemment le soutien populaire du pays organisateur.

À mon humble avis, si on tient compte du rapport coût/bénéfice, on peut avancer que l’organisation précipitée des Jeux de la Francophonie par la RDC en 2021 n’est pas une bonne opération financière et que toutes les conditions énumérées ci-dessus ne seront pas réunies pour que les Jeux se déroulent de manière satisfaisante, tout en assurant adéquatement la protection de la santé et la sécurité des athlètes. Il aurait été sage pour la RDC de passer son tour, étant donné l’échéancier trop serré et le risque d’occasionner des dépassements considérables de coûts. Elle aurait pu attendre en novembre prochain, quand l’OIF va lancer un nouvel appel de candidatures pour accueillir la 10e édition des Jeux, en 2025, pour poser sa candidature. Elle aurait eu le temps de commencer les travaux de construction et de rénovation des infrastructures sportives et de se préparer sérieusement à accueillir les athlètes dans des conditions optimales.

Du côté de l’OIF, la bonne décision aurait été de confier la tenue de la 9e édition des Jeux de la Francophonie à un pays membre qui dispose déjà des infrastructures sportives et hôtelières adéquates pour permettre à des centaines de jeunes athlètes francophones de compétitionner en toute sécurité. C’est ce qui a été fait en 2010 pour le Sommet de la Francophonie, qui était initialement prévu à Antananarivo, mais qui a finalement été organisé à Montreux, en Suisse.

Selon des sources concordantes que nous avons interrogées au sein de l’Organisation, il semble que la RDC, un pays qui a beaucoup d’autres priorités nationales qui nécessitent des moyens financiers, ait proposé 45 millions $US pour accueillir les Jeux de la Francophonie en 2021.

L’exemple de 2017

Les derniers Jeux de la Francophonie, qui se sont tenus en 2017 à Abidjan, en Côte d’Ivoire, ont accueilli 3500 participants. Le président Alassane Dramane Ouattara et l’ancienne secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean, avaient mis la barre haut en organisant les Jeux les plus exceptionnels de toute l’histoire de la Francophonie. Cette belle réussite est attribuable aux autorités ivoiriennes et à l’administration de l’ancienne secrétaire de la Francophonie, Michaëlle Jean, dans le domaine de la jeunesse.

Une chose est évidente : à travers le monde, les exemples sont nombreux qui tendent à montrer que les pays ne se bousculent pas beaucoup pour accueillir les jeux internationaux, parce que le retour sur investissement est incertain. C’est le cas notamment de villes comme Stockholm, Cracovie et Lviv qui ont renoncé à l’organisation des Jeux d’hiver en 2022. Candidates à l’organisation des Jeux olympiques 2024, Rome, Boston, Hambourg et Budapest ont préféré renoncer devant le manque de soutien de leurs populations, qui jugeaient le projet trop onéreux pour peu de retombées financières. Au Canada, la Ville de Calgary, qui était candidate à l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de 2026, a également renoncé à accueillir ces Jeux pour les mêmes raisons.

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1 commentaire
  • Cyril Dionne - Abonné 4 juillet 2019 09 h 06

    Adieu, jeux de la « francophony »

    On ne pose pas les bonnes questions. Ce n’est pas si la RDC sera-t-elle prête à temps, mais bien pourquoi qu’il y a des jeux de la « francophony »? Évidemment, sans les argents venant des contribuables de la France et du Québec, il n’y aurait pas d’Organisation internationale de la « Francophony » (OIF). Comme francophone, pourquoi devrais-je payer pour des gens qui se disent des francophones et en sont à leur deuxième ou troisième assimilation parce qu’ils ont troqués de facon volontaire, leur langue maternelle et culture d’origine? Cela ne fait pas des enfants forts dans la « francophony ».

    La plupart des pays qui font parties de l’OIF sont africains et ont beaucoup d’autres priorités nationales qui nécessitent des moyens financiers que d’organiser des jeux pour amuser quelques privilégiés. Vous n’avez pas reçu le courriel, le tweet, l’instagram ? Les jeux olympiques et toutes ces extravagances ne sont plus populaires aujourd’hui. Les gens s’en fichent complètement à part des dictateurs et des dictatures évidemment. Et de cela, il n’en manque pas en Afrique.