Qui aura vraiment son chez-soi le 1er juillet?

L'auteur rappelle que le 5 juin dernier, une modification à la Loi sur la Stratégie nationale sur le logement ajoutant un droit au logement a été adoptée en première lecture au Parlement.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir L'auteur rappelle que le 5 juin dernier, une modification à la Loi sur la Stratégie nationale sur le logement ajoutant un droit au logement a été adoptée en première lecture au Parlement.

Alors que la grande journée de déménagement du 1er juillet approche à grands pas, des signaux d’alarme sur la disponibilité et l’abordabilité des logements se déclenchent. C’est à la fois unique et un peu ridicule que Montréal, la deuxième plus grande ville du Canada, maintienne cette journée traditionnelle du déménagement. Bien que l’on puisse s’attendre au chaos habituel et à des piles de meubles anciens et brisés le long des trottoirs aux environs de cette date de juillet, cela a néanmoins l’avantage d’attirer l’attention sur la situation du logement à Montréal.

Malheureusement, l’état du logement dans notre ville se dégrade. Au cours des dernières décennies, comparativement aux autres grandes villes nord-américaines, nous avons obtenu de meilleurs résultats en ce qui concerne la disponibilité de logements abordables. Toutefois, la situation évolue depuis plusieurs années, et les changements ne sont pas pour le mieux. Aujourd’hui, le nombre de logements inoccupés est à son plus bas depuis des décennies, et qui dit rareté dit hausse des loyers. Cette dynamique est une source de stress pour tous les locataires, mais les gens qui gagnent un revenu modeste sont plus durement touchés.

Le 5 juin dernier, une modification à la Loi sur la Stratégie nationale sur le logement ajoutant un droit au logement a été adoptée en première lecture au Parlement. C’est une évolution positive, mais que découlera-t-il de ce droit en réalité ? Les villes canadiennes peuvent-elles compter sur les moyens mis à leur disposition pour rendre possible l’accès au logement pour tous ?

Une responsabilité collective

En 2015, le gouvernement du Québec a exprimé sa volonté de promouvoir l’accès au logement abordable en réduisant les niveaux de financement de son programme phare de logement, AccèsLogis.

Dans sa campagne électorale, la mairesse Plante a présenté une plateforme qui comprenait l’ajout, au cours de son premier mandat, de 950 logements pour les citoyens les plus vulnérables de Montréal — les sans-abri et celles qui vivent de graves problèmes de santé mentale. Avec seulement un peu plus de deux ans pour remplir son mandat et seulement 250 unités aux premières étapes de la planification, je me demande si c’est une promesse qui peut être tenue.

Mes trois collègues directeurs et moi, qui représentons collectivement les quatre plus grands organismes d’aide aux personnes en situation d’itinérance de la ville — Mission Old Brewery, Mission Bon Accueil, Maison du Père et Accueil Bonneau —, avons eu une rencontre avec la mairesse Plante et de nombreux fonctionnaires de la Ville il y a plusieurs mois. Nous demeurons optimistes malgré nos efforts infructueux pour obtenir une rencontre de suivi avec la mairesse afin de lui présenter notre plan d’action.

Rappelons que tout récemment, la mairesse de la ville de Montréal dévoilait, dans le nouveau Règlement pour une métropole mixte, un outil adéquat qui permettra d’avoir un effet structurant dans la construction de logements sociaux, abordables et familiaux sans compromettre la vitalité et l’abordabilité du marché résidentiel dans son ensemble. Le règlement entrera en vigueur en janvier 2021.

Accroître le nombre d’options de logement pour les sans-abri est essentiel et constitue une solution de rechange moins coûteuse que les refuges. Cela présente aussi l’avantage de réintégrer les personnes marginalisées dans nos collectivités.

Aujourd’hui, le service de logements avec soutien constitue l’élément le plus important des services offerts par la Mission Old Brewery. Nous avons donc la capacité de livrer la marchandise… et nous devons la livrer.

Les Montréalais et les Canadiens sont habitués aux promesses politiques de tous les paliers de gouvernement qui finissent par tomber à l’eau, mais ce sont souvent les individus marginalisés qui souffrent le plus du non-respect de ces engagements.

Gestes concrets

Tant que les gouvernements ne posent pas de gestes concrets concernant leurs promesses en matière de logement, qu’ils n’affectent pas les ressources nécessaires ni n’établissent d’échéanciers pour la mise en oeuvre d’un plan d’action et ne mobilisent pas des partenaires communautaires compétents, nous allons continuer de voir se dérouler ce qui se produira ce mois de juin, comme c’est le cas tous les ans : la ruée vers le logement, l’acceptation de logements insalubres et de mauvaise qualité en tant que dernier recours abordable et ceux laissés derrière qui se retrouvent à nos portes.

Alors pourquoi cela va-t-il se reproduire ? Est-ce parce que les décideurs n’ont pas l’habitude d’être mal logés et qu’ils n’apprécient pas la valeur réelle de ce que cela signifie pour les gens et leurs familles ? Est-ce parce qu’ils n’accordent pas suffisamment de place à cette question dans leur liste de priorités ? Est-ce parce qu’il est plus facile de faire une promesse électorale plutôt que de tenir une promesse ?

Je n’ai pas les réponses à ces questions, mais j’ai une suggestion à faire à tous les paliers de gouvernement : trouver la volonté de collaborer à l’élaboration d’une stratégie et d’un plan d’action unifiés et respecter les échéances fermes. Le Canada a les moyens d’offrir à chaque citoyen l’accès à un logement décent.

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3 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 26 juin 2019 19 h 48

    Progressistes d'opérette

    Le hasard veut qu'il y a près d'une vingtaine d'années, j'ai été un témoin privilégié des tractations entourant la vente d'un complexe immobilier où parmi les locataires ont comptait des membres fondateurs de l'Union des forces progressistes (UFP).

    L'acquéreur avec la complicité du vendeur harassait les locataires pour les inciter à déménager en cours de bail, afin de majorer à sa guise le montant des loyers pour ainsi doper la valeur marchande de ce complexe immobilier;

    Les nouveaux concierges s'introduisaient à leur guise dans les logements sous des prétextes fumeux, surprenant par exemple des jeunes filles au lit ou encore sous la douche. Jamais la police ne voulut enregistrer de plaintes au sujet de ces intrusions intempestives des concierges ou par rapport aux menaces que ces derniers proféraient.

    Ces intrusions, qui avaient pour but d'harasser les locataires, n'ont pas ému nos progressistes d'opérette, bien au contraire; ils n'ont manifesté aucune empathie pour le lumpenprolétariat qui logeait dans ces immeubles et ils étaient plutôt bien disposés à l'égard de ces dignes représentants du prolétariat que personnifiait cette engeance de crapules qu'étaient ces concierges-là.

    L'inertie de ces membres de l'UFP m'était apparut pour le moins paradoxale face à l'inquiétude des locataires. D'ailleurs, ils n'ont été d'aucun secours pour une dame à la santé mentale défaillante et qui a dû réclamer l'aide de son frère -un homme âgé- pour descendre du troisième étage ses maigres biens le jour, en pleine canicule, où on la chassa de son logement qu'elle habitait sans anicroche depuis une quinzaine d'années.

    Il y avait bien un Comité-logement dans le quartier, mais sa seule activité consistait à informer les citoyens qu'en cas de problème locatif il fallait recourir à la Régie du logement… François Saillant lui-même avait dit que ce Comité ne semblait pas faire grand-chose.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 27 juin 2019 13 h 30

    Éloquente absence



    Comme nous avons eu le loisir de le constater dans les pages de ce journal ces dernières semaines, les zélotes de QS seraient monté au créneau si cette lettre avait mis à mal les préceptes religieux auxquels veulent se soumettre certains fonctionnaires durant leurs heures de service.

    Mais voilà que cette lettre sans complaisance ne discoure que sur le temporel, d'où la remarquable absence de nos intrépides thuriféraires du voile islamique…

  • Alice Brisebois Raby - Abonné 27 juin 2019 23 h 15

    mal logés

    Pendant qu'on peine à trouver des logements abordables,salubres et
    accessibles aux gens agés comme aux familles,on chauffe des édifices vides comme les anciens hôpitaux tel l'Hötel-dieu de Mtl .

    Et puis on laisse croire qu'on négocie avec les développeurs de condos pour qu'ils incluent des logements sociaux :fadaise ou foutaise.
    Aller vivre au centre-ville ds des tours,ça n'intéresse pas les familles .pas plus que les gens seuls qui cherchent à développer des liens ,à socialiser,dans un environnement humain qui leur ressemble. Cela semble bien difficile à comprendre pour les décideurs élus. Inventez donc la mode de la décence et de la salubrité .Soyez pro-actifs.Votez des lois qui ont des dents pour obliger les proprios de ces taudis à les démolir.La SCHL n'existe-t-elle pas encore.On n'en entend pa beaucoup parler ces dernières années. Les illuminations du pont Jacques-Cartier sont bien jolies ,on fait parler de Montréal. Ne pourrait-on pas se distinguer par la qualité de nos logements. À bon entendeur,salut .