De l’islam, des musulmans et du terrorisme

«Les extrémistes religieux n’ont jamais voulu comprendre et ne veulent pas comprendre. Les événements survenus au Sri Lanka sont la conséquence de cette incompréhension», mentionne l'auteur.
Photo: Jewel Samad Agence France-Presse «Les extrémistes religieux n’ont jamais voulu comprendre et ne veulent pas comprendre. Les événements survenus au Sri Lanka sont la conséquence de cette incompréhension», mentionne l'auteur.

Au nom de l’islam, il faut condamner sans ambiguïté et inconditionnellement les odieux attentats qui ont visé la communauté chrétienne du Sri Lanka. En travaillant à propager la déshumanisation de l’autre et le martyre religieux à l’échelle planétaire, ce crime monstrueux nous rappelle combien de fois les hommes peuvent être esclaves des passions meurtrières qu’encouragent certaines idéologies.

Ce qui laisse perplexe le citoyen de confession musulmane toutefois, c’est de voir l’islam servir de justification aux massacres de masse, de constater le rôle que les groupes extrémistes font jouer aux références musulmanes dans leur construction de l’ennemi et dans leur conception binaire et totalitaire du monde. J’estime que ce n’est pas aux musulmans d’assumer la responsabilité de la charge meurtrière que les terroristes font porter à l’islam. Mais, parce que les références musulmanes définissent une partie de l’identité du citoyen de confession musulmane, il y a une responsabilité, au nom de cette part musulmane, de prendre la mesure du mal, de le dénoncer ouvertement et surtout d’entreprendre au nom même de la tradition musulmane une déconstruction religieuse et politique du discours des groupes terroristes.

Pour ce faire, il ne suffira plus de rappeler à l’infini que l’islam est synonyme de paix et d’amour. Car la situation politique et sociale des sociétés à majorité musulmane, la globalisation de la terreur djihadiste et les tensions identitaires que suscite la présence musulmane en Occident ont achevé de jeter un doute sur le potentiel de tolérance de l’islam. Il faudrait plutôt travailler à une meilleure compréhension du rapport entre les références musulmanes et le discours des groupes islamistes. Non pas pour dédouaner l’islam, mais pour déterminer si le rapport entre les deux dimensions est de nature causale ou instrumentale ; autrement dit, est-ce le discours normatif et spirituel de l’islam qui porterait en germe l’idéologie terroriste ou est-ce les groupes terroristes qui, exploitant le ressentiment et cherchant une adhésion plus grande à leur cause, instrumentalisent l’histoire et les références musulmanes à des fins politiques ? L’objectif d’une telle interrogation sera de mettre au jour et, surtout, d’inhiber les formes de dogmatismes et les automatismes de pensées qui engagent dans la voie monstrueuse de l’extrémisme religieux.

Enseignement religieux

Pour atteindre un tel objectif, je pense que l’éducation religieuse qui se pratique dans les mosquées, au Québec et ailleurs, devrait fournir aux musulmans des outils d’émancipation critique permettant d’entretenir une relation actualisée et saine avec les références musulmanes : l’enseignement religieux ne devrait pas se limiter à faire de bons croyants, mais oeuvrer aussi à favoriser une disposition de l’esprit respectueuse de l’humanité dans toute sa diversité et soucieuse de rendre le monde aimable et habitable, pour parler comme Hannah Arendt. C’est entre autres au moyen de cette pédagogie à l’universel que l’islam pourrait se prémunir contre l’instrumentalisation dont il fait l’objet de la part des tendances extrémistes. Et contrairement à une opinion bien ancrée, les références musulmanes, étudiées à partir des contextes historiques et culturels de leurs révélations et à la lumière de leur finalité spirituelle, offrent une réserve de sens capable de relever le défi que posent l’élévation à l’universel et le respect de l’altérité. La question demeurera entière de savoir comment traduire, pour le citoyen de confession musulmane, dans son existence sociale, au sein de l’espace politique, le potentiel humaniste de l’islam.

À ce niveau de réflexion, c’est la dimension proprement politique de l’existence du croyant qui est convoquée. Et parce que celle-ci engage non plus son rapport à Dieu, mais son rapport avec la société dans toute sa pluralité, un islam compris selon ses finalités spirituelles et à la lumière des circonstances du présent inviterait à faire des compromis avec les autres membres de la société afin de garantir la stabilité sociale. C’est qu’il n’y a rien dans l’islam qui exige que l’organisation de l’espace politique se fasse selon les principes normatifs de l’islam : le Coran n’est pas un traité politique parce que sa finalité n’est pas de donner un sens aux rapports sociaux, mais de relier, librement, le coeur du croyant à la transcendance divine. Voilà ce que les extrémistes religieux n’ont jamais voulu comprendre et ne veulent pas comprendre. Les événements survenus au Sri Lanka sont la conséquence de cette incompréhension.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

65 commentaires
  • Diane Boissinot - Abonnée 2 mai 2019 01 h 43

    Merci. Un texte courageux et essentiel.

    • Cyril Dionne - Abonné 2 mai 2019 09 h 39

      « …le coeur du croyant à la transcendance divine ».

      Mais c’est quoi tout cela pour essayer d’expliquer la violence et la tuerie basées sur des superstitions. Personne n’est contre la liberté de conscience, mais en 2019, les contes pour enfants ne sont plus de mise. L’islam n’est pas une race mais bien une idéologie créationniste et politico-religieuse. Point à la ligne.

      Il faut bien plus de courage de se dissocier de ces balivernes religieuses que de pondre un tel texte. Il n’y a aucune spiritualité dans l’islam puisque la spiritualité sous-entend l’expérience personnelle qui se passe entre les deux oreilles d’une personne sans l’extérioriser. L’islam, c’est la dictature de la pensée comme le sont toutes les autres religions ou superstitions. Pardieu, au risque de me répéter, nous ne sommes plus au 7e siècle.

    • Diane Boissinot - Abonnée 2 mai 2019 18 h 33

      «Il faut bien plus de courage de se dissocier de ces balivernes religieuses que de pondre un tel texte» .Cyril Dionne

      Le courage que j'y trouve est proportionnel au risque réel qu'un musulman modéré encoure s'il dénonce ouvertement l'Islam politique intégriste ou extrémiste. C'est une critique que ne peut normalement se permettre un musulman modéré, car il peut être passible d'un crime contre l'Islam et la peine est proférée par des chefs de mosquées souvent financées par l'Arabie saoudite. La crainte de l'apostat est un puissant bâillon pour les musulmans et les chefs de mosquées disposent d'une redoutable influence dans leur communauté. Ce musulman ou cette musulmane risque une forme de rejet par la communauté des fidèles souvent assez bien contrôlée par ces Imams. Comme chrétiens ou non croyants, nous pouvons difficilement imaginer la force de cette crainte de la peine pour crime de blasphème et la force de la pression sociale qui commandent fortement aux fidèles qui auraient des objections de «se la fermer» et de rentrer dans le rang. Du moins c'est ce que je comprends de la dynamique de peur paralysante qui plane sur ces communautés souvent dirigées par des intégristes. Il s'en trouvera bien quelques-uns pour me corriger si je me trompe.
      Quoi qu'il en soit, ces dénonciateurs et ces dénonciatrices ont toute mon admiration et mon respect. Ce sont des humanistes. Et s'ils sont croyants (ils en ont le droit), ils ne sont pas pour autant conquérants.

    • Suzanne Chabot - Inscrite 3 mai 2019 09 h 10

      @ Mme Boissinot

      Tous ceux qui dénoncent les terroristes sont en danger y compris moi-même. Ces gens n’ont pas de pitié et n’hésitent pas à menacer même les oulémas, les prédicateurs, les imams et autres. Ils sont non seulement les ennemis des non-croyants, qu’ils considèrent tous comme des ennemis combattants, mais aussi de l’ensemble des musulmans, à l’exception de ceux qui adhèrent à leur groupe. Ils les considèrent comme apostats.

      Les imams ne sont pas du tout dangereux, de même que l’Arabie Saoudite qui est un pays allié de l’Occident.

      Ceux qu’il faut combattre, ce sont les terroristes, et je peux vous assurer qu’ils n’ont pas de place dans nos mosquées et que nous les dénonçons à la police lorsque nous en rencontrons. Nous sommes vos alliés dans ce combat. Nous ne sommes pas vos ennemis.

      Voir ce reportage de Radio Canada : https://www.youtube.com/watch?v=wqYkc9yJsno

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 2 mai 2019 07 h 05

    … Coran ?

    « le Coran n’est pas un traité politique parce que sa finalité n’est pas de donner un sens aux rapports sociaux, mais de relier, librement, le coeur du croyant à la transcendance divine. Voilà ce que les extrémistes religieux n’ont jamais voulu comprendre et ne veulent pas comprendre. » (Amadou Sadjo Barry, Enseignant en philosophie, CEGEP St-Hyacinthe)

    De cette citation, et si c’était le cas, comment se fait-il que le « Coran » soit si mal interprété dans le quotidien de la vie de chaque jour ?

    De plus, tout en saisissant « sa » finalité, comment et pourquoi ce Coran cherche-t-il à susciter la conversion autour de lui ?

    De ce qui précède, une question-douceur :

    Sans le phénomène du « djihad », où seront les adeptes-adhérants du …

    … Coran ? - 2 mai 2019 -

    A : https://fr.wikipedia.org/wiki/Djihad .

    • Alain Léger - Abonné 2 mai 2019 12 h 06

      C'est effectivement à se demander!

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 2 mai 2019 07 h 13

    … Coran ?

    « le Coran n’est pas un traité politique parce que sa finalité n’est pas de donner un sens aux rapports sociaux, mais de relier, librement, le coeur du croyant à la transcendance divine. Voilà ce que les extrémistes religieux n’ont jamais voulu comprendre et ne veulent pas comprendre. » (Amadou Sadjo Barry, Enseignant en philosophie, CEGEP St-Hyacinthe)

    De cette citation, et si c’était le cas, comment se fait-il que le « Coran » soit si mal interprété dans le quotidien de la vie de chaque jour ?

    De plus, tout en saisissant « sa » finalité, comment et pourquoi ce Coran cherche-t-il à susciter la conversion autour de lui ?

    De ce qui précède, une question-douceur :

    Sans le phénomène du « djihad » (A), où seront les adeptes-adhérants du …

    … Coran ? - 2 mai 2019 -

    A : https://fr.wikipedia.org/wiki/Djihad .

  • Hélène Lecours - Abonnée 2 mai 2019 07 h 41

    Bien dit

    Ce travail doit être fait ET VITE. Ce que nous, occidentaux en général, connaissons de l'Islam se résume à pas grand chose. C'est un peu un foutoir, plein de guerres, d'envahissement, etc. Et les magnifiques mosquées qu'il ne nous est pas souvent donné de visiter.. Nous, pauvres citoyens ordinaires aimerions connaitre le fond véritable de cette spiritualité. On peut toujours cherher bien sûr, mais comment et où trouver ce qui fait vbrer le coeur les musulmans pacifiques...et il y en a.

  • Céline Delorme - Abonnée 2 mai 2019 07 h 56

    Merci

    Merci Monsieur Barry pour ce texte qui appelle à la paix et à la compréhension dans le monde.
    Je pense que les lecteurs du Devoir seraient reconaissants à leur journal de vous offrir un poste de chroniqueur régulier.

    • Michel Gélinas - Abonné 2 mai 2019 16 h 25

      Mad. Delorme, j'endosse votre suggestion. Pour remplacer, Francine Pelletier, par exemple, ou Émilie Nicolas aux discours répétitifs et connus d'avance ou après avoir lu le 1er paragraphe!