Accoucher dans la douleur

«Chaque fermeture d’unité d’obstétrique devrait minimalement être assortie d’un plan de transport par ambulance», réclame Diane Francoeur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec. 
Photo: iStock «Chaque fermeture d’unité d’obstétrique devrait minimalement être assortie d’un plan de transport par ambulance», réclame Diane Francoeur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec. 

Les événements vécus par un jeune couple entre l’hôpital de La Malbaie et l’hôpital Saint-François-d’Assise le week-end dernier ont connu une fin heureuse avec l’arrivée d’un bébé bien en santé. Mais nous ne devons remercier que les parents cette fois-ci. À haute vitesse, pendant que bébé pointait du nez sur le siège arrière, papa évitait en plus une carcasse sur la route chemin faisant.

En 2019, cette situation est tout à fait inacceptable. Est-il normal que, dans une ville qui profite d’une industrie touristique florissante, d’un casino et même d’un hôpital, un couple soit contraint de conduire jusqu’à Québec en pleine nuit ? Il y a pourtant partout au Québec des ambulances qui transfèrent des cas de grossesse à risque. Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait dans ce cas-ci ?

Toute cette situation, digne du tiers-monde, mérite autant d’être décriée qu’une directive qui interdit maintenant aux nouveaux pères de se déplacer avec leur bébé dans les corridors d’un l’hôpital, de peur qu’ils chutent et qu’ils lui infligent des blessures. Heureusement que le ridicule ne tue pas !

Un plan de transport intégré

Pour éviter que ne se reproduisent pareilles situations traumatisantes, une solution de transport par ambulance, voire par hélicoptère, doit être mise en place. Le ministère de la Santé et des Services sociaux doit élaborer et déployer un réel plan de transport universel pour assurer la sécurité des patients dans des régions où les bris de services en obstétrique sont prévisibles, ou encore en chirurgie et en anesthésie.

Ainsi, chaque fermeture d’unité d’obstétrique devrait minimalement être assortie d’un plan de transport par ambulance. Cela sécuriserait les patients, encore davantage les femmes enceintes. Le centre hospitalier devant accueillir les ambulances et leurs patients en serait informé, permettant une gestion moins chaotique de l’urgence. Du reste, les ambulanciers sont formés pour faire des accouchements en situation d’urgence.

Le minimum requis

Depuis plusieurs semaines, les médias rapportent les déplacements forcés de mères vivant en région afin d’accoucher dans de plus grandes localités. Cela soulève inévitablement la question de la masse critique : quel est le chiffre magique minimum d’accouchements à atteindre, avec ou sans césarienne, pour maintenir à temps complet en région un chirurgien et une équipe médicale ?

D’autres questions tout aussi pertinentes se posent : quels services une région devrait-elle minimalement offrir ? Que faire lorsque nous fermons temporairement une unité de soins par manque de ressources ? Quel serait le plan d’ensemble pour pallier les bris de services en région ?

Plus d’agilité dans l’organisation

Nous devrons aborder plus concrètement ces questions, car la précarité des équipes et le surmenage découlant du travail en heures supplémentaires obligatoires entraînent des risques accrus pour les patients et le personnel soignant. Il faut absolument revoir l’organisation et la gestion du travail dans nos hôpitaux afin de s’adapter aux réalités des jeunes travailleurs en santé.

Bien des postes sont actuellement vacants, mais ils ne correspondent pas aux aspirations de la nouvelle cohorte, pour qui la conciliation travail-vie personnelle prend un sens différent que pour la génération précédente.

Une pénurie cachée

Et il ne manque pas seulement de médecins ou d’infirmières. Il y a également un manque criant de préposés et d’auxiliaires. Tout cela mis ensemble, la pénurie de personnel est devenue une question de précarité dans le réseau, à travers tout le Québec.

Ainsi, de plus en plus fréquemment, des unités de soins sont fermées et les patients sont déroutés vers d’autres centres, faute de personnel. À Québec ou à Montréal, des lits restent vides et des unités entières sont régulièrement fermées, faute de personnel. Nous ne sommes pas loin du point de rupture dans certains cas.

Pourquoi ne pas déjà prévoir un plan de continuité des services lorsque nous savons précisément ce qui s’en vient — par exemple durant le long week-end de Pâques et des Fêtes ? Pourquoi ne pas mettre en place une offre stable et prévisible de services médicaux aux citoyens, en leur donnant accès à des corridors de services efficaces et sécuritaires ?

Il est plus que temps d’en parler. Le travail supplémentaire obligatoire doit demeurer une mesure exceptionnelle, la garantie de services aux citoyens doit devenir une mesure essentielle.

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2 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 11 avril 2019 13 h 50

    Et les sages-femmes ?

    Les hôpitaux devraient tenir une liste de sages-femmes reconnues dans les cas d'urgence.

    Voici la définition dans 'Le Petit Larousse illustré 2018' : « Praticienne exerçant une profession médicale à compétence limitée au diagnostic et à la surveillance de la grossesse, et à la pratique de l'accouchement. »

    Pour les hommes, on dit « hommes sages-femmes », ce qui est curieux.

  • Réal Cliche - Abonné 12 avril 2019 20 h 38

    Les ambulanciers et l’accouchement

    Je lis que les ambulanciers sont formés pour faire les accouchements en cas d’urgence... alors pourquoi ne pas leur permettre de les faire en salle d’accouchement quand le personnel régulier n’est pas dispo au lieu d’engager ces mêmes ambulanciers pour les transporter!!!
    Réal Cliche