Il faut soutenir les propriétaires de maisons anciennes

La maison Henry-Stuart à Québec
Photo: Sheon CC La maison Henry-Stuart à Québec

À maintes reprises au cours de la dernière année, l’actualité a abordé l’enjeu de la conservation et de la mise en valeur des maisons ancestrales. Mais qu’en est-il réellement au quotidien ?

Action patrimoine est le fier propriétaire de la maison Henry-Stuart, à Québec. Au fil du temps, l’organisme a eu l’occasion de découvrir les implications d’une telle responsabilité et de tirer quelques leçons de cette expérience.

Deux types de protection et de reconnaissance touchent la maison. Elle est classée immeuble patrimonial par le ministère de la Culture et des Communications. Elle est aussi désignée lieu historique national du Canada par le gouvernement fédéral. Ces protections peuvent, pour certains, sembler restrictives. Elles donnent cependant droit à de l’aide financière pour la restauration.

Pour les propriétaires dont l’immeuble n’est pas désigné ou classé, d’autres moyens sont disponibles. Quelques municipalités offrent des programmes de soutien à certains travaux de rénovation ou de restauration. Elles sont toutefois encore trop peu nombreuses. Cela sans parler de l’absence de crédit d’impôt réservé à la rénovation et à la restauration de maisons patrimoniales. Quel que soit l’ordre de gouvernement, de nouvelles mesures fiscales apporteraient une bouffée d’air non négligeable aux propriétaires vertueux et en inciteraient certainement d’autres à faire plus d’efforts pour préserver leurs biens.

Entretenir de façon adéquate une maison ancestrale demande évidemment d’effectuer un suivi régulier, mais aussi de faire appel à des spécialistes et à des professionnels au savoir-faire rare, parfois unique. Comme on le lit dans les Échos du Sommet national du patrimoine bâti du Québec : « […] de nombreux chantiers et programmes de subventions exigent certains permis comme les cartes de la Régie du bâtiment du Québec, ce qui a souvent pour effet de limiter l’accès des artisans sur les chantiers. »

La clé pour nous est certainement l’entretien quotidien de notre bâtiment et notre vigilance par rapport à son état général. Chaque intervention compte. Pour un propriétaire, il n’est pas toujours simple de faire une restauration complète. D’où l’importance de prévoir un échéancier. Il est évidemment plus facile d’effectuer de petits travaux au fur et à mesure que d’attendre et de devoir gérer de fortes dégradations nécessitant une intervention majeure.

La reconversion, pour léguer

En plus de se soucier de conservation et de mise en valeur, les propriétaires de maisons anciennes doivent penser le bâtiment dans son environnement. Lors de la requalification de la maison Henry-Stuart, Action patrimoine a rapidement compris le rôle civique qu’impliquait la possession d’une telle maison. Notre organisme a choisi de mettre en valeur son intérieur ancien et sa collection par des visites guidées.

Occuper la maison Henry-Stuart avait un objectif double, soit celui de réinvestir un lieu résidentiel sans trop le dénaturer et de démontrer l’efficacité et les répercussions positives de la requalification des bâtiments. Outre les revenus de location, qui sont un bénéfice certain, des professionnels du patrimoine animent la maison au quotidien. Cela permet un suivi régulier de l’entretien et le maintien d’une maison au charme apprécié par les résidents du quartier.

Tout comme les églises ne peuvent pas toutes devenir des bibliothèques, les maisons anciennes ne peuvent pas toutes devenir des musées ou des bureaux. La requalification harmonieuse de bâtiments doit se faire selon plusieurs critères, en fonction notamment de l’environnement du quartier et des besoins de la communauté, mais également des ressources financières disponibles. Les maisons anciennes font partie de notre patrimoine collectif, de notre histoire et de notre identité. Les rendre accessibles permet de développer un sentiment d’appartenance qui favorise la sensibilisation à ce patrimoine et sa préservation.

Quel avenir pour ces maisons ?

Bon nombre de maisons anciennes ont connu un triste sort dans les dernières années.

Au-delà de l’aspect pécuniaire, maintenir une maison ancienne en bon état, c’est traduire le désir, encore plus important, d’une transmission aux générations futures. Il faut être visionnaire, passionné et déterminé, et c’est ainsi que nous contribuons collectivement à la mise en valeur de notre quartier, à la visibilité de notre ville et à l’attractivité de notre région.

Le patrimoine est une responsabilité partagée entre les propriétaires, les villes, les MRC et le gouvernement. Ce dernier a d’ailleurs un rôle déterminant tant dans la mise en oeuvre d’une vision pour le patrimoine que dans la sensibilisation de tous ces acteurs. L’avenir de nos maisons anciennes dépend d’une volonté politique, mais aussi de l’accès à une aide financière et à des professionnels qualifiés capables d’appuyer les propriétaires dans leur démarche de préservation.

Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons une version abrégée d’un texte paru dans la revue Continuité, printemps 2019, no 160.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

1 commentaire
  • François Beaulé - Abonné 9 avril 2019 08 h 57

    Faire des subventions une hypothèque

    Pour inciter les villes et les États québécois ou canadien a investir dans le patrimoine architectural, pourquoi ne pas considérer leur aide financière à la restauration comme une hypothèque sur la maison ? L'aide publique serait remboursée par le propriétaire lors de la revente de la maison.