L’implantation de maternelles 4 ans: une bonne stratégie

«La préscolarisation à 4 ans permet aux enfants d’avoir les préalables nécessaires à l’entrée à l’école, et de prévenir le risque de difficultés ultérieures d’apprentissage ou d’adaptation», écrit l'auteur.
Photo: Getty Images «La préscolarisation à 4 ans permet aux enfants d’avoir les préalables nécessaires à l’entrée à l’école, et de prévenir le risque de difficultés ultérieures d’apprentissage ou d’adaptation», écrit l'auteur.

Depuis quelque temps au Québec, un débat en éducation polarise les acteurs de l’éducation et certains chercheurs tant en éducation qu’en petite enfance.

Certains chercheurs, dont je suis, soutiennent qu’un bon système d’éducation demande l’établissement de maternelles 4 ans en milieu défavorisé, puis accessible pour tous les enfants, peu importe leurs milieux. D’autres acteurs de l’éducation prônent un investissement plus grand dans le système actuel des garderies et CPE.

Deux visions complémentaires

Ceux qui sont favorables aux CPE argumentent qu’à l’âge de 4 ans, cet environnement offre un climat de vie très favorable à la petite enfance et qu’il faut préconiser une approche d’exploration plutôt que d’apprentissage réalisée par le milieu scolaire.

Ce sont deux visions différentes, complémentaires, qu’il ne faut pas opposer. La mission des CPE et des garderies est d’offrir un milieu de vie éducatif de qualité pour favoriser le développement global des jeunes enfants. La mission des maternelles 4 ans est d’offrir aux enfants une éducation préscolaire préparant à la scolarisation en plus d’assurer le dépistage et l’intervention préventive dès les premiers signes de difficultés.

L’approche CPE

Certains « pro-CPE et garderies » jugent que la scolarisation hâtive de tous peut mettre les plus jeunes à risque. Les pro-maternelles 4 ans sont convaincus du contraire. La préscolarisation à 4 ans permet aux enfants d’avoir les préalables nécessaires à l’entrée à l’école, et de prévenir le risque de difficultés ultérieures d’apprentissage ou d’adaptation.

Les défenseurs des CPE et garderies voient dans le projet de la CAQ une menace au système de garde du Québec. Je crois que ces deux systèmes sont complémentaires […] et ne devraient pas être mis en opposition. […] Il faut un système de CPE et de garderie de grande qualité, accessible pour tous, et il n’est pas question de le remplacer par les maternelles 4 ans. Il faut poursuivre le développement du réseau des CPE, un acquis de grande qualité pour les familles et les enfants du Québec. Doté d’éducatrices en petite enfance, notre système de garde fait un excellent travail pour le développement des enfants et pour soutenir les familles. Les deux systèmes doivent collaborer et partager leurs compétences.

Pour les maternelles 4 ans

L’objectif d’implanter des maternelles 4 ans, soit en milieu défavorisé ou dans tous les milieux, vise la prévention et l’intervention précoce dans le développement des enfants. Surtout pour préparer la scolarisation par les apprentissages fondamentaux en littératie (lecture et écriture) et en numératie, ainsi que pour développer la socialisation.

Plusieurs études ont démontré que nombre d’enfants, surtout en milieu défavorisé, n’ont pas les préalables nécessaires aux apprentissages scolaires à l’entrée en maternelle 5 ans et au primaire, et accusent des retards dans certains domaines.

Les CPE ont pour mission le développement global des enfants, mais pas les préalables d’apprentissages préscolaires. Le milieu scolaire dispose non seulement de personnel formé en enseignement au préscolaire, mais aussi de ressources professionnelles spécialisées pour les enfants ayant des besoins particuliers (orthopédagogue, orthophoniste, éducatrice spécialisée, etc.)

Pour favoriser la réussite et prévenir le décrochage scolaire, l’intervention ne doit pas être seulement universelle, mais également ciblée dès l’âge de 4 ans aux enfants en difficulté (plus encore en milieu défavorisé).

Les solutions

L’implantation de maternelles 4 ans doit se faire de concert avec le réseau des CPE pour profiter de cette expertise, préserver les acquis de ce système et anticiper les pertes possibles de clientèles en CPE.

Il faut viser une collaboration étroite entre les ministères et organismes responsables du réseau des CPE et du préscolaire (commissions scolaires et écoles).

La maternelle 4 ans doit être sous la responsabilité commune d’une enseignante formée en préscolaire et d’une technicienne en petite enfance.

L’implantation doit se faire par étapes, d’abord dans tous les milieux défavorisés, puis dans tous les autres milieux.

Il faut s’assurer que le programme de prématernelle s’appuie sur des pratiques reconnues par la recherche et que sa mise en oeuvre soit suivie et évaluée.


 
6 commentaires
  • Patrick Provost - Abonné 21 février 2019 00 h 39

    Y a-t-il anguille sous roche?

    Je me questionne toujours quand un individu ou un gouvernement fait preuve d'un tel entêtement, ici, à vouloir implanter les maternelles 4 ans, plutôt que de faire confiance à notre réseau d'éducatrices et de CPE qui, soit dit en passant, fait l'envie du reste du Canada... Pour un gouvernement qui se disait vouloir être à l'écoute de la population, ça a soulevé des doutes dans mon esprit. Une théorie "du complot" avancée par un de mes contacts voudrait que les maternelles 4 ans permettent le diagnostic plus précoce des problèmes d'appentissage des enfants, ce qui, en fin de compte, profiteraient davantage... aux pharmaceutiques, qui ont, en effet, de puissants lobbies auprès de nos élu.e.s. Laisser nos enfants en pâture aux pharmaceutiques? Avec un gouvernement constitué, en très grande majorité, d’hommes d’affaires et qui risque d'être plus particulièrement à l'écoute de leurs semblables, c’est un questionnement qui m'apparait, malheureusement, bien légitime…

  • Paul Gagnon - Inscrit 21 février 2019 09 h 10

    Complotisme intégrateur

    @Patrick Provost - Abonné 21 février 2019 00 h 39
    Rarement vu une aussi fascinante théorie du complot en un seul paragraphe!
    Un ministre, un gouvernement au complet, les pharmaceutique, les hommes (et femmes) d'affaires... Mais vous avez oublié le système scolaire et les parents qui fournissent la matière première.

    Êtes-vous QuéSiste?

    En passant que "notre réseau d'éducatrices et de CPE [fasse] l'envie du reste du Canada", cela a davantage l'allure d'un slogan publicitaire que d'un fait prouvé. (il n'y aurait donc pas d'éducateurs dans les CPE?)

  • Francine Davis - Abonnée 21 février 2019 10 h 25

    Amalgamer CPE et garderies : erronné et insidieux.

    Les CPE sont des centres éducatifs pour jeunes pour enfants. De ce fait, ils sont beaucoup plus qu'une "garderie". Les associer dans un même concept pour fins d'analyse et de discussion est une erreur majeure. Cet amalgame induit en erreuer. Et il devient insidieux si volontaire...

  • Gilles Théberge - Abonné 21 février 2019 11 h 11

    William Glasser, que j’ai étudié à l’UQTR écrivait qu’il n’est pas nécessaire d’avoir raison pour avoir raison, mais que la recette c’était de durer.

    Ce débat où s’opposent les pro-CPE et les pro-maternelle 4ans, me fait penser à ça.

    Je ne crois pas à toutes ces histoires. Des arguments solides sont déployés des deux bords.

    Il me semble bien que les profs d’université, vont « durer » le plus longtemps...

  • Cyril Dionne - Abonné 21 février 2019 12 h 56

    Les mirages des maternelles 4 ans

    Désolé M. Potvin, mais je ne suis pas totalement d’accord avec vous. Vous élevez la maternelle 4 ans au rang d’un passage inconditionnel pour la réussite d’un enfant. Or, ce n’est pas le cas selon mon expérience sur le terrain. Va pour le dépistage précoce qui n’est aucune garantie pour le succès scolaire de l’enfant à longue échéance, mais disons qu’il est mieux outillé. Va aussi pour les enfants en milieu défavorisé puisque ceux-ci sont soustraient d’un environnement qui est souvent néfaste à leur bien-être physique et psychologique.

    J’ai enseigné en Ontario et j’ai connu les classes de maternelle au tout début de ma carrière. J’ai pu suivre ces élèves tout au long de leur parcours scolaire jusqu’en 12e année avec ceux dont les parents avaient pris la décision de les garder à la maison. Or, ceux dont les parents avaient gardé leurs enfants à la maison étaient mieux adaptés à la routine scolaire et leur taux de réussite était supérieur aux autres. Il ne faut jamais oublier que le développement socio-affectif de l’enfant, qui est crucial dans l’apprentissage cognitif, était plus développé chez ses enfants. Les parents sont toujours les mieux placés pour le développement affectif et social de leur progéniture.

    Et pour votre curriculum d’exploration en maternelle dont nous avons quelque chose de semblable en Ontario, quel désastre. Lorsqu’ils arrivent en 1ère année, les enfants étant habitués à tous sauf les routines, ne peuvent pas s’asseoir et se concentrer pour quelques minutes, ce dont qui est requis même pour un enfant de six ans. En fait, la plupart accusent un retard académique en littératie et numératie à la fin de leur 1ère année, item qu’on n’entrevoyait pas avant.

    L’attrait des maternelles au Québec, c’est que les parents n’auront pas à débourser des frais de garderie comme au CPE puisque tout sera gratuit. Ceci risque d’en convaincre plusieurs à cause de raisons monétaires et non pas éducatives. Et non, je n’ai rien à ou à voir avec les CPE.