Maternelles 4 ans: un détournement de sens

«La maternelle 4 ans n’est pas un modèle à portée universelle. Elle ne remplace pas le magnifique travail accompli dans les CPE où se détectent, bien avant 4 ans, d’éventuelles carences», juge l'ex-ministre de l'Éducation.
Photo: Getty Images «La maternelle 4 ans n’est pas un modèle à portée universelle. Elle ne remplace pas le magnifique travail accompli dans les CPE où se détectent, bien avant 4 ans, d’éventuelles carences», juge l'ex-ministre de l'Éducation.

Ayant proposé et défendu la loi introduisant les maternelles 4 ans pour les enfants de milieux défavorisés, je voudrais en rappeler l’intention de départ afin d’éclairer le débat qui aujourd’hui soulève les passions.

Le constat était simple et troublant : de nombreux enfants arrivent à la maternelle 5 ans avec des carences telles qu’on peut leur prédire des échecs scolaires. Que s’est-il passé ? Pour nombre d’entre eux, l’absence de fréquentation d’une garderie durant leur toute petite enfance est un élément explicatif. Leurs parents, souvent leur mère, considèrent qu’il est de leur responsabilité de garder leur enfant, qu’ils en sont capables et que ce n’est pas à d’autres de s’en occuper.

Sans juger cette situation, nous avons le devoir d’en tenir compte. Durant les très longues heures de discussion en commission parlementaire, j’ai entendu les tenants du « tout à l’école » comme ceux du « tout à la garderie », les premiers considérant qu’une scolarisation précoce est garante de succès, les seconds défendant le modèle québécois des centres de la petite enfance par lequel idéalement tous les enfants devraient passer.

Qu’est-ce qui l’a emporté finalement ? L’idée qu’il fallait diversifier notre offre pour les petits qui n’iraient jamais en garderie, même si c’était gratuit. Leurs parents toutefois pourraient vouloir les envoyer à l’école parce que l’école, c’est prestigieux et on y offre des services qu’on ne peut donner à la maison. C’est pourquoi nous avons ouvert une nouvelle porte, celle des maternelles 4 ans pour les milieux défavorisés. Concrètement, il s’agit d’une année de mise à niveau. Elle donne une chance à des enfants de rattraper leurs retards comportementaux ou langagiers afin d’arriver à la maternelle 5 ans mieux équipés, mieux préparés, avec un indice de confiance en eux augmenté.

Non à l’universalité

La maternelle 4 ans n’est donc pas un modèle à portée universelle. Elle ne remplace pas le magnifique travail accompli dans les CPE où se détectent, bien avant 4 ans, d’éventuelles carences. Car c’est bien cela qu’il faut avoir à l’esprit : c’est dans la toute petite enfance que le vocabulaire se développe, que les comportements sociaux s’ajustent, que les débuts du raisonnement logique s’amorcent. Croire que c’est à 4 ans qu’on va corriger les carences pour tous les enfants, c’est à mon avis une erreur. Mieux vaut investir dans le réseau des CPE et y ajouter toutes les ressources nécessaires que de faire d’une année de rattrapage pour quelques-uns un nouveau modèle pour tous. Et puis, a-t-on songé que, si tous vont à la maternelle à 4 ans, les petits qui ont des retards seront dans des groupes où ils seront déjà les moins bons, les moins performants, les moins adaptés ? Au lieu de leur offrir un lieu de développement adapté à leurs besoins, on risque de reproduire, une année avant, les problèmes qui sont actuellement vécus à la maternelle 5 ans.

Tous les pays font leurs choix. Certains scolarisent très tôt, comme la France. D’autres beaucoup plus tard, comme les pays scandinaves. Plus près de nous, l’Ontario a introduit des maternelles 4 ans, mais n’avait pas de réseau de CPE. Il me semble important que nos choix soient les nôtres, dictés par nos acquis, nos valeurs, nos réussites. Eh oui, il faudra bien entendu que ces choix soient accompagnés des ressources nécessaires, mais au bon moment et surtout au bon endroit. Dans ce contexte, la discussion autour des problèmes de faisabilité en matière d’espace et de personnel pour universaliser les maternelles 4 ans détourne l’attention de l’essentiel. Il ne s’agit pas de savoir combien de nouvelles classes il faudra construire ni si on a les enseignants appropriés. Il s’agit de savoir ce qui est le mieux pour nos tout-petits.


 
7 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 21 février 2019 06 h 51

    nos enfants ne sont pas des robots, mais des être en chair et en émotions

    si pour certains enfants quatre ans n'est pas trop tôt qu'en est -il pour la plupart des enfants, ne sont-il pas toujours dans les premiers âges de la vie , qu'allez vous faire des enfants qui n'atteigne cette maturité qu'a sept ans je suis concvaincu que beaucoup de parents ne font une différence entre une maternelle et une garderie , quel a -t-il pu rêvé a cette ineptie accessible qu'a quelques individus

  • Rose Marquis - Abonnée 21 février 2019 09 h 34

    D'accord avec Mme Malavoy

    Surtout quand elle dit: ''Il me semble important que nos choix soient les nôtres, dictés par nos acquis, nos valeurs, nos réussites.'' Mais elle ne parle pas de tous les services offerts aux 4 ans et à leurs parents dont l'animation Passe-Partout dans plusieurs commissions scolaires, des activités dans les Maisons des Familles. Elle parle peu du soutien à apporter aux parents car s'il n'y a pas de collaboration entre ceux-ci et les autres intervenants nous n'éaméliorerons pas la réussite de ces enfants.

    • Hélène Paulette - Abonnée 21 février 2019 11 h 54

      Les services dont vous parlez, madame Marquis, servent à préparer et acclimater les enfants à la maternelle mais nullement à détecter les carences ou troubles qui demandent une intervention précoce.

  • Pierre Bernier - Abonné 21 février 2019 09 h 58

    Le "mieux" ?

    Le « mieux » n’est-il pas l’école obligatoire... même à 3 ans comme l’instaure la France à compter de septembre prochain ? ?

    • Hélène Paulette - Abonnée 21 février 2019 11 h 58

      Lorsque je faisais partie du CA d'une garderie communautaire avec programme éducatif, nous évoquions déjà la possibilité que le réseau soit intégré au système scolaire... À ce moment, il y avait une incitation à la fréquentation d'enfants issus de milieux défavorisés avec un tarif préférentiel de $1/jour.

  • Hélène Paulette - Abonnée 21 février 2019 12 h 07

    Merci madame Malavoy...

    Est-ce que ça ne coûterait pas moins cher d'intégrer gratuitement aux CPE les enfants de milieux défavorisés à partir de trois ans? Ces enfants bénéficieraient d'un ratio éducateur/enfant moins élevé et d'un milieu plus approprié... Ça fait longtemps que les CPE devraient faire partie du systéme scolaire en tout ou en partie.

  • Denis Paquette - Abonné 22 février 2019 14 h 00

    est -ce trop demander que d'offrir a nos enfants les moyens de se développer normallement

    pourquoi pas s'orienter vers des centres de la petite enfance ou chaque enfant sera évalué selon ses moyens, avec les garderie nous avons franchi une étape pourquoi ne pas aller plus loin et fournir maintenant , un vrai service professionnel, je suis tout a fait d'avec vous Hélène, il serait peut être temps que les gens compétents se prononce, nos enfants ne sont pasdes choses mais des être humains qui viennent au monde avec des aptitudes et des compétences, il faut juste leur donner l'occasion et le temps , de se développer normalementue