Est-il permis de critiquer le militantisme transgenre?

La direction de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal a annulé l’invitation faite à Nadia El-Mabrouk après l’éclatement d’une controverse chez les enseignants.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La direction de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal a annulé l’invitation faite à Nadia El-Mabrouk après l’éclatement d’une controverse chez les enseignants.

Selon le journaliste Marco Fortier, du Devoir, l’annulation la semaine dernière de la présence à une table ronde et à une conférence de Nadia El-Mabrouk par le syndicat de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal ne serait pas due à ses positions sur la laïcité, mais davantage à ses opinions sur le militantisme transgenre.

L’invitation à Mme El-Mabrouk, professeure à l’Université de Montréal, membre du groupe féministe Pour les droits des femmes du Québec (PDF), conférencière et chroniqueuse dans La Presse, avait été faite depuis janvier 2018.

Se basant sur un article de Mme El-Mabrouk paru dans La Presse+ le 9 mai dernier intitulé « Idéologie queer la nouvelle religion », Élyse Bourbeau, membre du syndicat et enseignante, aurait exprimé fortement et avec colère sa désapprobation lors d’une assemblée des délégués, appuyée par des « alliés », soulignait-elle sur sa page Facebook.

Elle affirmait sur cette page, désormais réservée, que Nadia El-Mabrouk était non seulement contre les femmes voilées, mais qu’elle était aussi « transphobe ».

Elle énumérait alors une longue liste de doléances, soit que Nadia El-Mabrouk : « nie la réalité scientifiquement démontrée de l’identité de genre; accuse les personnes trans de nuire au mouvement féministe; mégenrent (sic) plusieurs personnes trans; dénigrent (sic) le mouvement queer ».

[...]

L’article de Nadia El-Mabrouk était d’une « violence inouïe envers des femmes qui enseignent et qui sont membres de l’Alliance » et Élyse Bourbeau aurait ressenti une « blessure énorme », écrivait-elle aussi.

Telle était la base de ses revendications à son syndicat.

Plusieurs féministes dénoncent depuis longtemps les conséquences sur toutes les femmes des revendications du lobby transgenre omniprésent (et omniscient?) : ouverture des dortoirs, vestiaires, toilettes et prisons réservés aux femmes; acceptation des trans dans les compétitions sportives féminines; intégration des femmes trans dans les statistiques concernant les femmes, ce qui fausse certaines réalités; demandes afin qu’on cesse de parler de femmes enceintes, de maternité, de mère, mais plutôt de personnes enceintes; remplacement de femmes menstruées par « menstruateurs », etc.

Altération des mots

Des féministes britanniques dénoncent, elles, l’altération des mots pour désigner les organes sexuels féminins et les femmes: le Parti vert britannique ne parle plus de « femmes » mais de « non-hommes » et le Musée de la Wellcome Collection, le collège Goldsmiths et l’Université de Londres ont, eux, décidé d’adopter le mot « womxn » dans le but d’inclure les trans !

Nadia El-Mabrouk n’est pas la première féministe à être l’objet de blâmes. Une conférence de Rhéa Jean, docteure en philosophie et féministe, organisée par le collectif Société de l’UQAM en 2016 et intitulée « Sexes, genres et transidentités : réflexions critiques », avait été interrompue à cause de l’agressivité de plusieurs personnes de l’assistance. La conférencière s’était réellement sentie en danger.

[...]

Ce ne sont que quelques exemples de la dérive qui entoure l’idéologie de l’identité de genre.

Est-il permis aujourd’hui de critiquer cette idéologie?

Est-il permis aux femmes de se définir elles-mêmes et de dénoncer des menaces à leurs droits?

Est-il permis de penser qu’on assiste à une nouvelle tentative patriarcale de reprendre le contrôle sur les femmes et leur corps?

L’influent lobby trans est tel qu’il ne demande pas uniquement que leurs droits soient respectés (droits contre la discrimination à l’emploi, au logement, contre la violence physique, le harcèlement, etc.) — des droits que toutes les féministes appuient sans réserve pour toutes les personnes —, mais il veut changer la réalité en fonction du ressenti de certaines personnes, imposer de nouveaux « droits » et des changements qui touchent les femmes, dont leur identité propre.

Pour contrer toute cette censure, cet effacement et même cette agressivité, un groupe a formé le mouvement #WomenStandUp pour rappeler qui sont les femmes : « un être humain de sexe féminin ».

On en est rendues là! Ce mouvement est devenu essentiel.

Surtout lorsque des féministes influentes comme Françoise David, aussi invitée au colloque de l’Alliance, affirme être contre les positions de Nadia El-Mabrouk sur la laïcité et sur les trans, car c’est une « menace supposée — mais non avérée — sur les luttes féministes » !

Surtout lorsqu’on voit des politiques gouvernementales participer à cet effacement des femmes.

Le dernier en date est ce changement du ministère de la Condition féminine en ministère des Femmes et de l’Égalité des genres en décembre 2018.

[...]

Mais oui, malheureusement, le militantisme transgenre (comme le militantisme contre la laïcité) est une menace pour les luttes féministes ET pour les femmes.

Voilà pourquoi on doit multiplier les débats, conférences et tables rondes pour aborder, sans faux-fuyant, ces sujets.
 

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64 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 29 janvier 2019 02 h 04

    Le militantisme trans genre a remplacé le patriarcat.

    Je suis tout à fait d'accord avec madame Johanne St-Amour. Le lobby qui veut effacer l'existence même de la femme a perdu la tête. On ne doit pas embrasser toutes les idées poste-modernes sans analyse critique. Le conformisme n'est pas une option valable. Tout ce qui est nouveau n'est pas nécessairement louable.

    • Gilles Roy - Abonné 29 janvier 2019 08 h 59

      Malaise. Vous vous dites d’accord avec l’auteure, or le titre de votre commentaire mène à glissement. Vous arguez que le militantisme trans a remplacé le patriarcat, alors que mme Saint-Amour me semble défendre l’idée que le patriarcat se sert du militantisme trans pour prendre contrôle des femmes et de leur corps.

    • Nadia Alexan - Abonnée 29 janvier 2019 13 h 09

      C'est ce que je voulais dire. Peut-être, je me suis mal exprimé.

  • Jean-Marc Cormier - Abonné 29 janvier 2019 05 h 11

    Excellent invitation à la réflexion

    Votre texte pose des arguments pertinents pour une réflexion plus approfondie et soucieuse de tous les aspects de la question du militantisme transgenre.

    Merci.

  • Jean Lacoursière - Abonné 29 janvier 2019 06 h 55

    Des lettres qui posent de bonnes questions

    Nadia El Mabrouk est une femme admirable et brillante, et comme la lettre de madame St-Amour, sa lettre dans La Presse + est lucide et contient des questions très pertinentes. Je peux cependant déceler les quatre mots qui ont fâché dans sa lettre. Je cite Nadia El Mabrouk : "Dans une capsule vidéo publiée sur ce site [site SOGI financé, entre autres, par des organisations LGBTQ+], on nous présente une « fille trans » de 14 ans, autrement dit un garçon, qui explique être une fille, notamment par le fait qu’il aime dessiner des sirènes."

    Ce "autrement dit un garçon" donne l'impression que l'auteure remet en question la sensation réelle que certaines personnes ont d'être nées dans le 'mauvais' corps. Je ne crois pas une minute que madame El Mabrouk remet en question cette sensation.

    Voici une question d'El Mabrouk montrant l'intelligence de ses analyses (extrait de La Presse +):

    "Cette semaine, Radio-Canada nous présente Alexis, un ex-culturiste, qui explique son sentiment d’être une femme par le fait d’avoir toujours été attiré par les jouets, le maquillage et les vêtements féminins. Alexie, devenu « femme », donne des conférences devant des jeunes du secondaire. A-t-on fait tout ce chemin de lutte contre les stéréotypes pour en arriver là ? Plutôt que de brouiller la distinction entre les sexes, le rôle de l’école n’est-il pas de faire en sorte que les garçons se sentent à l’aise de pratiquer des activités traditionnellement assignées aux filles, et inversement ? Comment les enseignants devront-ils surfer sur ce paradoxe qui consiste, d’une part à lutter contre les stéréotypes, comme le prévoit la stratégie gouvernementale « Pour l’égalité entre les femmes et les hommes », et d’autre part à aller dans le sens de la reconnaissance de l’« identité de genre » qui s’appuie, en grande partie, sur l’acceptation des stéréotypes ?"

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 29 janvier 2019 10 h 46

      « la reconnaissance de l’« identité de genre » qui s’appuie, en grande partie, sur l’acceptation des stéréotypes ? »

      Que cette reconnaissance repose ou pas sur des stéréotypes ne dispose pas de la question de savoir si elle a un fondement réel. À la fin du texte du 9 mai que vous citiez, elle demandait :

      « Allons-nous faire face, avec le cours d’éducation à la sexualité, à une nouvelle idéologie, encore plus intrusive, qui nie les sexes ? »

      Il me semble assez clair que pour elle, remettre en quesiton la partition des sexes relève de l'idéologie et non de la science. Sur ce sujet particulier, ce ne sont donc pas des « questions» qu'elle met de l'avant, mais des réponses, de façon péremptoire et sur la foi de ses propres réflexions et non d'une expertise scientifique.

      Cela n'entame pas son plein droit de soutenir ce qu'elle veut. Seulement l'autorité qu'on doit reconnaître à ses avis.

    • Jean Lacoursière - Abonné 29 janvier 2019 12 h 37

      @RMD

      À l'école, quelles choses devraient être enseignées aux enfants qui leur permettraient de trouver leur identité de genre ?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 29 janvier 2019 14 h 20

      Monsieur Lacoursière, je pense qu'on pourrait commencer par leur dire que ces questions se posent, même si elles ébranlent les conceptions communes de manière analogue à ce qui est arrivé quand on a remis en question les stéréotypes sexistes. Ensuite, il conviendrait de commencer à les outiller très tôt pour y réfléchir de manière critique, par eux-mêmes, plutôt que de les exposer au tir croisé des tentatives de conditionnement idéologique qui ne peuvent manquer de survenir sur des sujets sensibles et controversés. Je ne veux pas être déplaisant, mais s'il devait un jour s'avérer que toutes les hypothèses nouvelles concernant les genres relevaient de la pseudo-science - ce dont nous aurions bien besoin -, ce ne serait pas entre vous et moi que cela se déciderait et nous aurions besoin d'autres lumières que celles de l'opinion.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 29 janvier 2019 14 h 28

      @M. Maltais-Desjardins,
      Vous dites ici: «Sur ce sujet particulier, ce ne sont donc pas des « questions» qu'elle met de l'avant, mais des réponses, de façon péremptoire et sur la foi de ses propres réflexions et non d'une expertise scientifique.» Mais de quelle expertise scientifique parlez-vous donc?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 29 janvier 2019 17 h 06

      Comme madame El-Mabrouk est une universitaire, je suppose qu'elle est à même de faire la distinction entre une connaissance générale et une expertise et qu'elle s'y réfèrerait tout naturellement. À votre question, la seule évocation du champ des « études de genre » est déjà suffisante pour appeler les démineurs, il faut en convenir. Les études interdisciplinaires, même en sciences dites dures, ont déjà du mal à relever les défis épistémologiques. A fortiori en sciences humaines et sur des questions aussi sensibles. En toute courtoisie soit dit, je ne crois pas que l'expertise en informatique y apporte une lumière particulière, cependant. Cela dit sans préjuger de l'intérêt des réflexions que lui inspire son background culturel, religieux, féministe, qu'on soit d'accord avec elle ou pas. Je rappelle une fois de plus que je n'ai jamais dit que la décision était la bonne. Seulement qu'elle était légitime et que l'APPM avait tous les outils démocratiques voulus pour la corriger le cas échéant. On verra.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 29 janvier 2019 17 h 25

      Je répète ma question M. Maltais Desjardins: de quelle expertise scientifique parlez-vous? Vous ne répondez pas à ma question.

      En plus de juger que l'expertise informatique de Mme El-Mabrouk (son background culture, religieux et féministe) ne lui permet pas de parler de l'identité de genre! C'est fort de café.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 30 janvier 2019 05 h 57

      Ma réponse ne vous satisfait pas. J'ai parlé des études de genre. Comme vous le savez, on appelle de ce nom le champ interdisciplinaire où la question est envisagée sous l'angle de la biologie, de la sociologie, de l'histoire, de la psychologie, de la psychiatrie, entre autres. Idéalement, dans chaque cas, ce serait à la faveur du développement d'une spécialité, d'une expertise particulière. L'informatique ne fait pas partie des disciplines au sein desquelles une telle spécialisation paraît pouvoir se développer.

      Vous me faites dire que pour moi son background ne lui permet PAS de parler de l'identité de genre. C'est le contraire que je dis. Ma seule réserve, c'est que son champ d'expertise n'ayant pas de lien avec la question, son statut de professeur de l'UdeM ne lui confère aucune autorité. A moins bien sûr que nous estimions comme un certain scientisme que plus notre discipline s'approche de la rigueur des sciences physiques, plus leurs praticiens peuvent se prononcer sur n'importe quelle question ex cathedra.

    • Raymond Labelle - Abonné 30 janvier 2019 06 h 56

      RMD - ce qui a soulevé l'indignation contre NEM est cet article: http://plus.lapresse.ca/screens/ee84bd37-3153-48c5

      Dans cet article, NEM montre que selon l'idéologie queer le sexe réel d'une personne dépend de son ressenti subjectif. Et c'est a cette affirmation qu'elle s'attaque.

      Or, un ressenti subjectif n'est pas nécessairement une réalité objective. Et l'idéologie queer n'assume pas le fardeau d'avoir mis à jour toute la science sur le sujet de l'identité des genres pour non seulement imposer son idée que le sexe réel dépend de son ressenti subjectif mais se permet même de traîner dans la boue publiquement toute personne qui se questionne sur cette affirmation.

      Voyons l'affirmation "Si je ressens subjectivement que la terre est plate, ça ne veut pas dire que c'est vrai" - même si un non-géographe ou un non-astronome le dit, c'est quand même vrai.

      Si je ressens subjectivement que je suis une réincarnation de Napoléon premier, cela n'est pas nécessairement vrai, même si personne ne peut scientifiquement nier mon impression subjective (qui sait, ça se pourrait).

      Le test du ressenti subjectif n'est pas suffisant, contrairement à ce qu'affirme l'idéologie queer. Et c'est juste pour avoir dit ça que NEM se fait lancer des tomates.

      Si une prof d'université ne peut pas dire que le ressenti subjectif d'une personne peut ne pas correspondre au réel sans se faire traîner dans la boue par d'autres profs d'université, les sciences molles sont vraiment très molles.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 30 janvier 2019 07 h 54

      Merci d'éclaircir votre propos M. Maltais Desjardins: j'ai bien compris que vous n'autorisez pas Nadia El-Mabrouk à donner son opinion, comme féministe par ailleurs, parce que vous jugez qu'elle n'a pas le bagage requis. Ce que vous vous permettez de faire, par ailleurs.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 30 janvier 2019 12 h 28

      Madame St-Amour, vous n'avez pas compris ce que je voulais dire. Pouvez-vous au moins admettre cela, même à supposer que ce soit parce que je n'ai pas été assez clair ou dois-je me plier à votre jugement sur ce que je pense? On n'ira vraiment pas loin avec une telle attitude.

      Monsieur Labelle, si des gens veulent nous forcer à donner crédit à leur ressenti subjectif en se soustrayant à l'examen critique de leur croyance, nous sommes d'accord. S'ils sont mis en situation de devoir se défendre contre les prétentions d'universitaires tant qu'on voudra qui se prononcent de façon péremptoire comme le faisait Nadia El-Mabrouk dans cet article, nous ne le sommes plus. Comme je le dis depuis quelques jours, ces questions-là ne doivent pas être réglées au tribunal de l'opinion. MEM a les siennes. J'ai les miennes. Mais si vous êtes comme moi partisan de la science...

    • Raymond Labelle - Abonné 30 janvier 2019 14 h 18

      RMD - rappel - les commentaires de NEM portaient sur un projet d'éducation à l'école primaire et non pas sur la résolution de toutes les questions scientifiques reliées aux genres ou à l'illusion des genres de tout genre.

      Extraits de l'article de NEM:

      "Dans une capsule vidéo publiée sur ce site, on nous présente une « fille trans » de 14 ans, autrement dit un garçon, qui explique être une fille, notamment par le fait qu’il aime dessiner des sirènes.

      Cette semaine, Radio-Canada nous présente Alexis, un ex-culturiste, qui explique son sentiment d’être une femme par le fait d’avoir toujours été attiré par les jouets, le maquillage et les vêtements féminins. Alexie, devenu « femme », donne des conférences devant des jeunes du secondaire."

      L'identification au sexe féminin est donc, dans ces exemples, grossièrement stéréotypée. Le ressenti peut l'être aussi – l’homme qui se "sent femme" impute on ne sait trop quel contenu à une féminité nécessairement essentialisée (pour se "sentir femme", il faut avoir essentialisé), qui pourrait être plus stéréotypé que ce que vivent vraiment les personnes à chromosomes XX.

      L'article

      "Comment les enseignants devront-ils surfer sur ce paradoxe qui consiste, d’une part à lutter contre les stéréotypes (...) et d’autre part à aller dans le sens de la reconnaissance de l’« identité de genre » qui s’appuie, en grande partie, sur l’acceptation des stéréotypes ?"

      Je trouve la question légitime: pas vous?

      La solution serait peut-être de simplement expliquer aux enfants que certaines personnes ont un tel ressenti et préfèrent agir ainsi et que ce choix leur appartient. Ce ressenti ne doit pas être présenté comme une vérité universelle sous prétexte de ne blesser personne - on peut la présenter comme elle est: le subjectif ressenti de certaines personnes.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 30 janvier 2019 16 h 04

      « Ce ressenti ne doit pas être présenté comme une vérité universelle sous prétexte de ne blesser personne - on peut la présenter comme elle est: le subjectif ressenti de certaines personnes. »

      D'accord, monsieur Labelle, pour autant que cela ne signifie pas que ce n'est QUE du ressenti subjectif et que ce ressenti serait LUI dépourvu de fondement biologique, alors que les identités de genre typiques d'homme ou de femme pourraient SEULES être reconnues comme ayant un support matériel. Quand MEM précise « autrement dit un garçon », elle soutient explicitement que quel que soit le sentiment qu'on a de soi-même, malgré toute la commisération qu'on doit manifester à l'égard de ces personnes, on est tout à fait justifier de les ramener au genre auquel ils s'identifieraient dans des conditions normales. Pour elles il y a deux sexes, point. Il faut lire le reproche qu'elle adresse aux militants Queer de « nier les sexes », à la fin de l'article.

      Pour moi, la question de savoir si le sexe biologique nous distingue essentiellement les uns des autres n'est pas plus futile que lorsqu'on a osé remettre en question la partition de l'humanité selon la « race ». Elle ne se décide pas par l'opinion.

    • Jean Lacoursière - Abonné 30 janvier 2019 18 h 07

      @RMD

      Vous écrivez : "Pour moi, la question de savoir si le sexe biologique nous distingue essentiellement les uns des autres n'est pas plus futile que lorsqu'on a osé remettre en question la partition de l'humanité selon la « race ». Elle ne se décide pas par l'opinion."

      Que voulez-vous dire par "essentiellement" ?

      La science génétique a démontré que les races n'existaient pas (nous sommes tous de la même espèce). La biologie (et la connaissance ordinaire...) a longtemps démontré que les sexes existent, et pourtant vous trouvez que se demander si le sexe biologique nous distingue essentiellement les uns des autres est une question moins futile que celle sur la race ?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 30 janvier 2019 21 h 56

      L'essence, ce serait ce qui dans un être fait qu'il est ce qu'il est, sans lequel il ne le serait pas. Que j'aie les cheveux longs ou court n'en fait pas partie. Que je sois jeune ou vieux non plus. Les existentialistes pensaient que si on épluchait tout ce qui est contingent, il ne restait rien. Que ce qu'on finit par être résulte de notre projet. Évidemment, ils connaissaient la biologie et leur conception de la liberté si radicale soit-elle ne leur a jamais fait pousser des ailes. Mais ils estimaient que l'idée de nature humaine (autre nom de l'essence) n'a jamais rien d'une fatalité déterministe. C'est pour ça que j'évoquais SdeB.

      Pour la deuxième partie, je crois que vous avez compris l'envers de ce que j'ai voulu dire. Désolé si c'était pas clair. Pour moi, les deux questions sont aussi importantes.

    • Raymond Labelle - Abonné 30 janvier 2019 23 h 16

      RMD. NEM pourrait errer en essentialisant les sexes aux chromosomes. D'acco d'acc c'est réducteur.

      Mais il est tout aussi réducteur de le limiter à la subjectivité ressentie. Vous écrivez: "Pour moi, la question de savoir si le sexe biologique nous distingue essentiellement les uns des autres n'est pas plus futile que lorsqu'on a osé remettre en question la partition de l'humanité selon la « race ». Elle ne se décide pas par l'opinion" - d'acco d'acc ....et je continue "ni par le ressenti subjectif de quiconque, y compris des personnes visées."

      La subjectivité d'un raciste ne nous instruit pas plus sur la question de l'existence des races que la subjectivité d'un trans sur les questions d'identité sexuelle.

      Mais que pensez-vous de l'aspect suivant que j'avais abordé en d'autres mots: Se sentir "féminin.e" ne procède-t-il pas nécessairement de perception de ce que serait l'essence d'être femme? D'une essentialisation, et donc objectivation de la femme?

      Que pensez-vous de cette question de NEM: "Comment les enseignants devront-ils surfer sur ce paradoxe qui consiste, d’une part à lutter contre les stéréotypes (...) et d’autre part à aller dans le sens de la reconnaissance de l’« identité de genre » qui s’appuie, en grande partie, sur l’acceptation des stéréotypes ?"

      Si un trans dit: je me sentais femme entre autres pcq j'aimais jouer à la poupée et dessiner des sirènes, signes que je suis une femme dans un corps d'homme, comment accepter cela et ensuite dire: on peut être une fille et ne pas nécessairement jouer à la poupée et aimer dessiner des sirènes. Problème de cohérence?

      Et de ma proposition?:

      La solution serait peut-être de simplement expliquer aux enfants que certaines personnes ont un tel ressenti et préfèrent agir ainsi et que ce choix leur appartient. Ce ressenti ne doit pas être présenté comme une vérité universelle sous prétexte de ne blesser personne - on peut la présenter comme elle est: le subjectif ressenti de certaines

    • Raymond Labelle - Abonné 30 janvier 2019 23 h 41

      "la notion même d'identité et de la nature essentielle d'une personne demandent des définitions qui relèvent de prédicats descriptifs objectifs et de prédicats évaluatifs subjectifs." Hmm. Je n'en suis déjà plus si sûr - car une telle nature essentielle n'existe peut-être pas.

  • Bernard Terreault - Abonné 29 janvier 2019 08 h 09

    Querelle de mots ?

    Les uns prétendent que les mots 'homme' ou 'femme' désignent une réalité physiologique, soit des organes reproducteurs mâle ou femelle dont on hérité à la naissance, alors que d'autres y voient une réalité psychologique, soit la conformité avec les stéréotypes de comportement considérés comme masculis ou féminins. Pour caricaturer, si on aime les fringues et qu'on est gentil(le) on est une fille et si on aime les chars et qu'on est bataliieur on est un gars. Et si je m'imagine voler, est-ce que cela fait de moi un oiseau ?

  • Rino St-Amand - Inscrit 29 janvier 2019 08 h 23

    Il ne faut pas mélanger les genres

    La cause des transgenres est tout aussi valable et défendable que la cause des féministes. Mais il aurait fallu ne pas mélanger les genres, ce qui a été fait lorsqu'une transgenre est devenue présidente de la FFQ. Il est évident qu'en fusionnant les deux causes, la cause féministe ne peut qu'être pervertie et diluée dans la cause transgenre.

    Il ne faut pas voir le phénomène transgenre (à l'échelle de l'Occident) comme une lubie individuelle, mais plutôt comme le résultat d'un changement dans l'environnement social. S'il fut un temps où le poids des traditions faisait en sorte que le genre (comme bien d'autres choses) nous était attribué par notre milieu (notre famille et communauté), ce n'est plus le cas aujourd'hui. Aujourd'hui nous sommes devenus des atomes libres et on ne doit compter que sur nous-même pour choisir notre identité, notre religion, notre partenaire sexuel, notre mode de relation avec celui-ci, etc. Bref, tout se passe sur le mode de la consommation. Faute de pouvoir réintroduire les traditions d'autrefois (serait-ce vraiment souhaitable?), il faudra bien trouver une façon de composer avec ce nouveau phénomène, et respecter l'humanité de chacun(e).

    • Ghislaine Gendron - Inscrit 29 janvier 2019 12 h 41

      M. St-Amand

      Est ce que je vous n'avez pas plutôt voulu dire : "il ne faut pas mélanger le genre et le sexe" ? Si c'est le cas, je suis totalement d'accord: C'est le problème majeur de ce débat; la confusion entre le genre et le sexe.

      Vous avez raison de dire que nous avons la chance de vivre dans une société dans laquelle nous pouvons briser les conventions sociales traditionnelles (orientation sexuelle, liberté de conscience etc).

      Les féministes universalistes ne s'opposent d'aucune manière à ce que des hommes portent des vêtements conventionnellement "féminins" et vice-versa. Le féminisme universel dénonce depuis très longtemps l'enfermement des hommes et des femmes dans des comportements sociaux stéréotypés en fonction du sexe autrement dit: le "genre". Tant mieux si les femmes choisissent de porter des pantalons ou la moustache et si des hommes aiment mettre du rouge à lèvre, ou porter des robes. Hubert Lenoir le fait avec splendeur, sans pour autant prétendre être une femme. Et Kloé Pelgag a fièrement porter la moustache au gala de l'ADISQ. Ça en fait pas un homme. Les personnes qui le font peuvent aussi se nommer trans-hommes ou trans-femmes, ça ne pose pas de problèmes et ils ne devraient pas se voir refuser des emplois, des logements, sur cette base.

      PAR CONTRE: Là où les droits des femmes sont menacés, c'est quand les activités, les programmes ou les espaces protégés en fonction de leur sexe (notamment les compétitions sportives, les prisons, les toilettes, les vestiaires, les programmes réservés aux femmes) s'ouvrent aux personnes du sexe masculin, en totale infraction aux engagements internationaux du Canada de protection du droit des femmes basés sur le sexe. Les femmes sont violées, discriminées, harcelées sexuellement, à cause de leur sexe, pas de leur "genre", et ce, même avant la naissance puisque les avortements sélectifs sont perpétrés en fonction du sexe. Pas du genre.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 29 janvier 2019 14 h 40

      Cela sera peut-être un peu gênant, madame, mais j'ai beaucoup apprécié votre explication, avec laquelle je suis en très grande partie d'accord. Autrefois, les distinctions de genre étaient entièrement gommées, réduites au différences sexuelles. Chacun naît nécessairement avec des caractéristiques sexuelles, qu'elles soient typiquement masculines, féminines ou quelque part entre les deux. L'enjeu, c'est de savoir dans quelle mesure ces caractéristiques sont aussi essentielles. Sans vouloir pousser la chose à l'extrême, je crois sincèrement qu'il faut pousser à sa limite le mot de Simone de Beauvoir : on ne naît pas femme, on le devient. Et il n'y a pas de lien causal déterministe absolu
      entre la biologie et le destin. Heureusement...

    • Johanne St-Amour - Inscrite 29 janvier 2019 14 h 59

      @ Richard Maltais-Desjardins

      Je crois que vous interprétez très mal Simone de Beauvoir quand elle disait : «On ne naît pas femme, on le devient.» Elle faisait bien sûr allusion à la place « secondaire » des femmes dans la société imposée par une culture dominante masculine! Donc l'inégalité entre les femmes et les hommes étaient - et est malheureusement encore - socialement construite.
      Quand on parle de caractéristiques sexuelles des personnes à la naissance, femme, homme ou intersexué, on parle d'autres choses.
      Elles ne sont peut-être pas essentielles afin de définir sa personnalité (ou son ressenti) (d'òu le combat des féministes envers les stéréotypes), mais elles sont tout de même une réalité biologique.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 29 janvier 2019 16 h 53

      Mme St-Amour, je vous invite à me relire. Je ne suis pas sûr d'avoir été parfaitement clair, mais je ne vois pas d'opposition entre mes propos et les vôtres sur cette question spécifique.

    • Rino St-Amand - Inscrit 29 janvier 2019 17 h 14

      Mme Gendron,

      J’ai peut-être fait un mauvais jeu de mots, mais ce qui était visé c’est le mélange de deux causes, aussi louable l’une que l’autre, que l’on retrouve, par exemple, à la FFQ.

      Une femme qui lui pendouille un pénis entre les deux jambes ne peut prétendre être comme l’autre femme, née avec un vagin, de même que prétendre pouvoir faire corps avec elle dans toutes les activités humaines. Cet hybridation entre le sexe masculin et le genre féminin expose ces gens à toute sortes de situations délicates, parce que ni les gens nés femmes, ni les gens nés hommes ne peuvent se sentir à l’aise avec eux dans toutes les circonstances. Il y a donc lieu pour ses gens, tout comme pour les femmes, de militer au sein d’un mouvement pour défendre leur cause dans le but de faire leur place dans la société. Mais ça n’excuse pas le fait que les féministes se soient fait confisquer l’une de leurs organisations (la FFQ) par ce mouvement, dont les visées sont nécessairement différentes.

    • Raymond Labelle - Abonné 29 janvier 2019 23 h 30

      Qu'est-ce que se "sentir femme" dans un corps d'homme (au départ)? Cela n'implique-t-il pas une identification procédant plutôt de la subjectivité psychique (aussi alimentée par le conditionnement social?) quant à ce que l'on croit être "femme" plutôt que le constat d'une nature féminine réelle en soi dont on pourrait pourtant douter qu'elle procède d'une essence fondamentale, pour parler en termes existentialistes (SdeB)?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 30 janvier 2019 06 h 28

      Votre question me trotte dans la tête, monsieur Labelle. Dans toute revendication d'identité, pas juste à l'égard du genre, il y a une part de subjectivité sur laquelle nous ne pouvons ni ne devons avoir de prise. Chacun a droit de se voir comme cela lui plaît. Sauf que la reconnaissance que nous accordons à ce droit porte sur ce droit et non sur ce qui est revendiqué en son nom. Si Michele Blanc ou Gabrielle Bouchard affirment qu'elles sont des femmes, c'est leur affaire et tant qu'il n'y a pas de raison objective de leur retirer activement ce statut (en disant que ce SONT des hommes qui affirment être des femmes), je ne vois pas ce qui m'autoriserait à leur assigner un autre genre. En contrepartie, cependant, nul ne peut me forcer dans mon for intérieur à les essentialiser d'une manière qui leur rendrait moins souffrante leur condition. La bienveillance, quoi.

      Ce que permet le droit à cet égard, c'est de nous constituer en personnes qui, dans les rapports qu'ils entretiennent les unes avec les autres peuvent bien avoir les préférences qu'on voudra à l'égard de l'âge, de l'ethnicité, du sexe biologique ou du sexe revendiqué, tant en termes d'affirmation de soi que d'affinités, que ces préférences aient ou pas un fondement essentiel, mais sans qu'il doive en résulter une dissymétrie de droits. Le féminisme tel que je le conçois, ce n'est pas la revendication d'un statut juridique fondé sur le sexe, mais au contraire celle d'un statut de personne où les différences ne seraient plus essentialisées.

      Le statut de personne ne peut se constituer dans le droit qu'à condition de l'élaguer de toutes ces différences qui en ont empêché l'établissement. Le piège, c'est que sous cette universalité de condition de la Personne se cache souvent un déclassement actif de la différence. Ainsi, l'arabo-musulman verrait-il sa reconnaissance sociale suspendue à l'occultation de ses croyances intimes. Tout comme les femmes. Il reste trente mots pour clore le sujet ;).

    • Raymond Labelle - Abonné 30 janvier 2019 10 h 20

      "Le statut de personne ne peut se constituer dans le droit qu'à condition de l'élaguer de toutes ces différences qui en ont empêché l'établissement." Par exemple: "Le féminisme tel que je le conçois, ce n'est pas la revendication d'un statut juridique fondé sur le sexe, mais au contraire celle d'un statut de personne où les différences ne seraient plus essentialisées." RMD. Exactement.

      Comment alors conjuguer cela avec la volonté d'exprimer une identité que l'on auto-perçoit et affirme ?

      Peut-être découvrirons-nous un jour que de s'identifier comme étant par essence ceci ou cela est une erreur que nous devrions toutes et tous nous considérer avant tout comme des personnes.

      Quoiqu'il en soit, lorsqu’on en arrive à l’expression de la subjectivité (et s’identifier comme essentiellement ceci ou cela est une expression de subjectivité), il y a alors déplacement de la reconnaissance de l'égalité des personnes vers des questions de liberté d'expression (de cette subjectivité).

      Mais si on peut exprimer sa subjectivité, il est tout aussi légitime de questionner si cette subjectivité est conforme au réel. Pour que « se sentir femme » corresponde au réel plutôt que d'être purement subjectif, il faudrait nécessairement qu’il y ait une essence féminine réelle, ce qu’il est légitime de mettre en doute.

      On peut croire au Coran ou à la Bible, et suivre ses préceptes, réels ou supposés, et on peut avoir le droit d’exprimer sa foi, mais il est aussi légitime de soumettre leur contenu à une analyse historique et sociologique et ne pas arriver à la même conclusion que la croyante ou le croyant. La croyante ou le croyant n’a pas plus la légitimité d’empêcher cet exercice que l’on en aurait de lui interdire l’expression de sa foi. Et la subjectivité du croyant ou de la croyante pour empêcher cet exercice ne m’apparaît pas comme un motif valable de ne pas s'y adonner.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 30 janvier 2019 13 h 14

      Je n'avais pas vu votre dernière entrée... vous peut-être pas la mienne. Sans vouloir vous tirer à moi, monsieur Labelle, je suis heureux de nous trouver plutôt d'accord sur les principes.

    • Raymond Labelle - Abonné 30 janvier 2019 14 h 24

      Ma entrée immédiatement au-dessus la vêtre du 30 janvier 2019, 13h14 commence en vous citant RMD. Votre précédente m'a bien fait réfléchir. Et suis content de voir que la vôtre manifestait explicitement de l'ouverture par rapport à l'une des miennes. Bref, un bon dialogue - quelquefois serré et difficile, mais évolutif et enrichissant.