L’alliance des Franco-Ontariens avec le Québec est fondamentale

Ce qui ressort des événements des dernières semaines, c’est la solidarité entre collectivités francophones et une sympathie réelle de la population québécoise envers la cause francophone en Ontario, soutient l'auteure.
Photo: Lars Hagberg Agence France-Presse Ce qui ressort des événements des dernières semaines, c’est la solidarité entre collectivités francophones et une sympathie réelle de la population québécoise envers la cause francophone en Ontario, soutient l'auteure.

L’abolition du projet de l’Université de l’Ontario français à Toronto et du Commissariat aux services en français, a remis à l’avant-plan la question des relations entre francophones au pays. Contrairement au commentaire de Denise Bombardier à l’émission Tout le monde en parle, qui réanimait le bon vieux feu de la discorde et qui donnait une raison de plus aux francophones de se méfier de l’ensemble des Québécois, la résistance rallie et fait ressortir des sentiments de solidarité et d’indignation devant un gouvernement qui méprise sa minorité francophone. La large couverture médiatique au Québec, tant dans les journaux qu’à la télévision et dans plusieurs émissions de radio, dont a bénéficié cette affaire illustre la persistance d’un attachement du Québec envers les communautés francophones qui va bien au-delà de bons sentiments sans lendemain.

Il faut aussi rappeler que cette solidarité qui paraît toute récente s’inscrit dans une histoire où le Québec a souvent eu l’occasion d’appuyer la cause francophone à l’extérieur de ses frontières et particulièrement en Ontario. Les luttes scolaires dans les provinces, dont celle émanant du fameux règlement 17 (1912) qui interdisait l’enseignement du français dans les écoles en Ontario, ont été soutenues par la population et l’État québécois grâce à de larges campagnes de financement et à de fortes dénonciations. Nous pouvons aussi penser au soutien à l’hôpital Montfort, à la création d’institutions telles que le Secrétariat permanent des peuples francophones (1981), à l’adoption de la première politique du Québec à l’égard des communautés francophones et acadiennes du Canada « Un dialogue, une solidarité agissante » (1995) bonifiée par la suite en 2006 par le gouvernement libéral et additionnée du Centre de la francophonie des Amériques (2008).

Homologues provinciaux

Dans la plus récente politique québécoise traitant de la francophonie canadienne, « Être québécois, notre façon d’être canadien » (2016), la stratégie est d’engager ses homologues provinciaux à augmenter leur participation et leur adhésion à la cause francophone en travaillant avec les autres provinces « à la promotion, à la protection, à la pérennité et à la vitalité du fait français ».

Force est de constater qu’en Ontario, tout comme au Nouveau-Brunswick, la tâche sera ardue. Selon ses dires, François Legault s’est buté à une fin de non-recevoir lorsqu’il a demandé à Doug Ford de revenir sur sa décision. Invoquant l’obligation de donner des services en français, le premier ministre du Québec n’a pas semblé émouvoir davantage son homologue ontarien par le discours des « deux » peuples fondateurs dont font partie les francophones. Nonobstant le bon vouloir du gouvernement du Québec, sans rapport de force tangible, disons que les bons souhaits d’exercer une influence sur ces homologues provinciaux semblent plus que jamais irréalistes. Comme dit l’adage « It takes two to tango » et Doug Ford ne semble pas un très bon danseur.

Il est difficile de ne pas avoir une pensée pour René Lévesque qui, en 1977, souhaitait ardemment que les provinces s’engagent à offrir à leur minorité l’enseignement dans leur langue maternelle tout comme le Québec l’offrait à sa minorité linguistique. Le refus des provinces à la proposition de réciprocité fut unanime.

Aujourd’hui, malgré les difficultés du gouvernement du Québec à faire bouger les choses à Toronto, ce qui ressort des événements des dernières semaines, c’est la solidarité entre collectivités francophones et une sympathie réelle de la population québécoise envers la cause francophone en Ontario à l’extérieur des canaux étatiques.

Les Franco-Ontariens mènent ce projet d’université francophone depuis plus de 40 ans et semblent bien loin de vouloir jeter l’éponge. Heureux de l’appui du Québec, ils ne sont nullement en attente d’un sauveur. Néanmoins, l’alliance avec le Québec est fondamentale. Elle est une arme de plus dans l’arsenal de la lutte ; un élément à renforcer, à pérenniser et à valoriser au sein de la société civile.

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14 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 4 décembre 2018 00 h 57

    Une alliance avec le Québec ne protégerait qu’un seul doigt des francophones hors Québec

    L’idée d’avoir une université française à Toronto était d’une idiotie qui parcourt souvent ceux qui ne peuvent pas voir plus loin que leur tour d’ivoire. Allumez SVP. Les francophones ne sont pas à Toronto, mais bien dans le nord de la province. Or, selon le brillant plan de quelques illuminés, la plupart des étudiants francophones auraient dû aller s’exiler à Toronto, une ville qui est tout sauf francophone pour faire plaisir à quelques déconnectés de la réalité. Excusez-nous encore une fois, mais il existe bel et bien une université 100% francophone en Ontario et on la retrouve à Hearst. Que la petite poignée de soi-disant francophones de Toronto viennent s’y établir pour étudier.

    L’indignation est venue du Québec et non pas de l’Ontario. Comme francophone hors Québec de 3e génération, je n’ai jamais entendu parler du Commissariat aux services en français tellement il occupait une place importante dans notre vie. Qu’il existe ou non, c’était une question d’ordre existentielle, puisque ce n’était qu’une organisation de bureaucrates qui profitait à une petite clientèle disparate. Nous ne pleurons pas pour eux.

    Les « Doug Ford » de ce monde ne reculeront pas. Plus ils malmènent les francophones de l’Ontario, plus ils seront populaires et garniront des votes dans une province qui a une phobie bien à elle de tout ce qui est francophone. De toute façon, les soi-disant 620 000 francophones en Ontario n’existent que dans l’imaginaire de ceux qui croient aux données de Statistique Canada.

    Il ne faudrait pas oublier, dans un Canada qui ne parle pas français, une alliance avec le Québec ne protégerait qu’un seul doigt des francophones hors Québec. Au lieu de courir dans toutes les directions et de crier au drame, pourquoi ne pas demander la réciprocité? Vous coupez les services aux francophones de votre province, le Québec s’engage à faire de même avec les nombreuses institutions anglophones au Québec. Et voilà, le rapport de force serait rétabli.

    • Claude Gélinas - Abonné 4 décembre 2018 10 h 03

      Ce qui nous ramène à la proposition d'une entente Réciprocité faite par le PM René Lévesque rejeter du revers de la main par le Canada anglais sanchant très bien que le Gouvernement québécois ne diminuera jamais le services aux anglophones qui pour un grand nombre une fois leur éducation terminée quitte le Québec pour pratiquer ailleurs. Serrions-nous une fois de plus les dindons de la farce ?

      Et si le Québec ramenait les services aux anglophones au niveau de ceux consentis aux francophones de l'Ontario une levée de boucliers et un Québec bashing faisant passer les anglophones du Québec comme des victimes.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 4 décembre 2018 15 h 54

      Je souhaite bonne chance aux Franco-Ontariens; mais je doute qu’avec une manif de 14 000 personnes……..

      « On ne peut pas réformer un système oppressif. On ne peut que le rejeter »-Nelson Mandela.Les Doug Ford de ce pays ont transformé ce qui devait être une CONfédération entre 2 peuples en une simple fédération de provinces.

      Les reculs et les échecs font partie de notre ADN : Francophones hors Québec et Québécois. Regardez le Québec à qui on a imposé unilatéralement LEUR constitution(1982); mieux encore le Québec a voulu réintégrer le bercail avec Meech(1987). Or, le Canada anglais reniera sa parole et sa signature, en juin 1990. Depuis lors, le PLQ a un profil très doux; pis la CAQ fuit la question. Depuis 1982!

      Si les Canadiens français avaient eu seulement 10% « du guts » des Juifs, ça ferait longtemps que ce pays aurait été un CONfédération.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 4 décembre 2018 08 h 08

    Un poteau fragile s'appuyant sur un autre tout aussi fragile

    C'est le même système qui a donné au Québec la constitution illégitime de 1982. C'est le même système qui reniera sa parole et sa signature et coulera l'entente du lac Meech, en 1990.C'est le même système dans l'affaire des Franco-Ontariens.

    A Montréal mème, le français est en recul. Et le nouveau premier ministre néofédéraliste du Québec est impuissant à formuler une solution pour dénouer l'impasse constitutionnelle qui continue depuis 1982. Les Doug Ford pululent hors Québec.

    Je veux bien que les francophones du Québec et le Québec appuient les Franco-Ontariens. Nous fabriquons nos propres bourreaux: Caroline Mulroney en Ontario; les Trudeau, Chrétien, Lalonde et autres. Il y avait 74 députés québécois PLC, sur 75, en 1982.

  • Claude Bariteau - Abonné 4 décembre 2018 08 h 22

    Effectivement, le Québec ne sera pas le sauveur. Si des Québécois et Québécoises appuient les attentes des Franco-Ontariens, c'est qu'ils durent être généreux par obligation envers les Anglo-Québécoise et se demandent comment est-ce possible que le PM Ford ne le soit pas.

    Le point en cause est pourtant d’une autre nature. Au Canada, seule la province du Nouveau-Brunswick est bilingue. Le Québec et l’Ontario ne le sont pas.

    Or, l’appellation Université de l’Ontario français laisse entendre qu’il y a une Ontario de langue française comme un Nouveau-Brunswick de langue française. Dans cette logique, il faudrait reconnaître que les universités de langue anglaise sont des universités du Québec anglais, ce qui irait à l’encontre de l’affirmation de la langue française comme langue officielle du Québec.

    Le PM Ford n’en parle pas, mais là est la base de son argumentation lorsqu’il avance que les Franco-Ontariens ont des services universitaires dans leurs langues.

    Dit autrement, le gouvernement du Québec et les Québécois/e/s ne peuvent pas appuyer un projet qui serait un pas vers la transformation de l’Ontario et du Québec en province bilingue.

    Par contre, ils peuvent signifier leur étonnement et faire valoir l’importance d’une université de langue française indépendamment de la promotion de l’Ontario français, qui est une bataille d’un tout autre ordre.

    Quant à la solidarité et la sympathie, c’est autre chose. En lisant vos propos, je me disais que le PLC devait s’en réjouir à l’approche des prochaines élections.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 4 décembre 2018 09 h 04

      Re: le bilinguisme du New Brunswick. La réalité c'est que la seule province où le bilinguisme est une réalité quotidienne: le Québec où le français est la langue officielle. Il suffit de se promener, hors des régions francophones, au New Brunswick pour s'en rendre compte.

      D'ailleurs, un nouveau parti politique, critique envers le bilinguisme, vient de faire son entrée à l'Assemblée législative. Il trouve que ça coûte trop cher, inutilement.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 4 décembre 2018 11 h 07

      "En lisant vos propos, je me disais que le PLC devait s'en réjouir....... etc." Bien sûr, vous avez entièrement raison.
      C'est ainsi que "les dynasties", de tout ordre, fonctionnent. Qu'elles soient familiales, politiques, économiques ou encore, idéologiques. Il en va ainsi des "dynasties familiales" qui, au Québec, sont encore dans cette ligne de pensée (sic), si pensée il y a, depuis plus de cent ans. C'est ce courant démagogique qui nuit tellement à notre émancipation comme peuple/nation.

  • Paul Gagnon - Inscrit 4 décembre 2018 10 h 05

    À qui profitera

    cette alliance : aux francos-ontariens ou aux anglos-québécois?

    Le passé étant garant de l'avenir, dit-on, la réponse se laisse deviner.
    Pas d'autre commentaire.
    Je pourrais devenir rapidement grossier et me faire censurer, à juste titre.

  • François Beaulne - Abonné 4 décembre 2018 10 h 06

    La réciprocité à l'heure du jour

    Le soubresaut de résistance des franco-ontariens aux attaques frontales de Ford et de son gouvernement conservasteur fait ressortir les constats suivants:1) tous les épanchements de solidarité et de sympathies du Québec ou d'ailleurs au Canada ne seront que feux de paille tant et aussi longtemps que de nouvelles assises juridiques tels des accords de réciprocité entre le Québec, l'Ontarion, le Nouveau Brunswick et toute autre province canadienne n'auront pas été signés. Le rôle du fédéral serait alors de se porter garant de la mise en oeuvre de ces accords, comme c'est le cas en matière de certains traités internationaux garantis par des tierces parties. 2) il y a effectivement lieu de s'interroger si Toronto est le meilleur endroit pour établir l'université française plutôt que là où existe déjà une concentration de francophones suffisante pour créer un momentum ambiant. 3)Le silence des porte-parole de la communauté anglophone et allophone du Québec en dit long sur leurs véritables motivations de sans cesse contester les dispositions linguistiques du Québec 4) Il est révoltant de constater la manipulation du gouvernement Trudeau et son instrumentalisation partisane du drame des franco ontariens à l'approche des prochaines élections fédérales. Et quelque chose de cynique dans le sans gêne avec lequel la ministre libérale fédérale Mélanie Joly tente de se métamorphoser en nouvelle Jeanne D'Arc alors que c'est notamment la politique du multiculturalisme pan-canadien érigée en doctrine par Trudeau père qui a fait dire à Ford qu'il ne voyait pas pourquoi il devrait traiter les franco ontariens différemment des Chinois ou autres communautés d'immigrants.aussi nombreux, sinon plus nombreux qu'eux dans la province.5) La réciprocité implique aussi que les francophones hors-Québec se montrent solidaires des aspirations des Québécois de se donner tous les outils pour jouer pleinement leur rôle de foyer rayonnant de la francophonie nord-américaine..