Lutte contre le sida: quels sont les défis à relever?

La vulnérabilité sociale demeure un facteur fondamental de la transmission du VIH.
Photo: Prakash Mathema Agence France-Presse La vulnérabilité sociale demeure un facteur fondamental de la transmission du VIH.

Cette année, le 1er décembre marque la trentième édition de la Journée mondiale de lutte contre le sida. Que de chemin parcouru depuis 1988 ! La lutte contre le VIH a connu des développements marquants et des avancées exceptionnelles en un temps record, car les progrès réalisés à ce jour peuvent permettre d’éradiquer le VIH. Mais il reste encore bien des défis à relever dans plusieurs secteurs pour y parvenir réellement et de façon constante.

Ces dernières années, la prévention du VIH s’est complexifiée avec l’accessibilité à la prophylaxie postexposition (PPE, pour éviter de contracter le virus après y avoir été exposé) et la prophylaxie préexposition (PrEP, pour prévenir la transmission du VIH chez les personnes à risque élevé de le contracter). L’époque de l’approche uniquement comportementale (usage du condom) sur le plan préventif est bel et bien révolue.

Aujourd’hui, nous sommes dans une approche de prévention biomédicale et cette approche porte ses fruits. Ainsi, la PrEP s’est avérée une stratégie de prévention pionnière et efficace, en témoignent les chiffres : à l’Actuel, depuis deux ans, le nombre de cas de VIH a diminué de 44 %. Ceci a un impact majeur sur la santé publique. Cette stratégie devrait être renforcée auprès des populations à risque élevé par rapport au VIH. Ceci constitue un des défis majeurs de la prévention.

Déployer davantage la PrEP requiert, d’une part, de la faire connaître tant auprès des personnes pouvant en bénéficier que des médecins susceptibles de la prescrire, ce qui nécessite un transfert des connaissances accru, car trop limité à l’heure actuelle. D’autre part, il faut se souvenir que, pour être efficace, la prévention doit être intégrée dans une perspective globale. La vulnérabilité sociale demeure un facteur fondamental de la transmission du VIH, par la pauvreté, la discrimination, l’homophobie, le manque d’estime de soi, etc. qui alimentent l’épidémie en limitant le dépistage et l’accès au traitement et en fragilisant le maintien des patients dans les soins.

Il y a ces résultats prometteurs et il y en a d’autres, plutôt inquiétants : une épidémie d’infections transmissibles sexuellement (ITS) sévit au Québec. La chlamydia, l’ITS la plus fréquente, touche particulièrement les jeunes de 15 à 24 ans. Le nombre de cas de gonorrhée a plus que doublé ces cinq dernières années. La syphilis, qui avait quasiment disparu, est exponentielle, y compris des cas congénitaux depuis 2016. La lymphogranulomatose vénérienne (LGV), infection causée par une bactérie de la famille de la chlamydia, est en recrudescence depuis 2013, passant de moins de dix cas à plus de 125 en 2017. Les ITS affectent plus particulièrement les jeunes, les femmes en âge de procréer et la population LGBTQ.

Comportements à risque

Ce contexte épidémiologique explosif est trop souvent associé à la PrEP. C’est à la fois réducteur et erroné pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la recrudescence des ITS a commencé bien avant que la PrEP soit prescrite. Et, à l’inverse de ce que l’on croit, le suivi de la PrEP permet de dépister régulièrement (tous les trois mois) des personnes à risque élevé de contracter une ITS. L’augmentation des ITS est d’abord liée à la diminution des comportements sécuritaires, due en grande partie à l’absence d’éducation sexuelle dans les écoles depuis 15 ans et de campagnes de prévention et de sensibilisation aux ITS depuis sensiblement la même période. C’est en rendant ces secteurs prioritaires en santé publique que l’on parviendra, à terme, à reprendre le contrôle des ITS.

Dans ce contexte, le « chemsex » — qui consiste à faire usage de drogues dures, en particulier le crystal meth, pendant des relations sexuelles — est une pratique préoccupante, surtout pour les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). En effet, sa pratique génère des risques accrus de transmission d’ITS et du VIH (nombre important de partenaires et moindre usage du condom), des risques physiques (surdose et agression sexuelle) et psychiques, et augmente les risques de détérioration de la vie dans son ensemble. En résumé, le chemsex présente une accumulation de facteurs de vulnérabilité et une double dépendance à la drogue et au sexe. Malgré la gravité de la situation, à l’heure actuelle, très peu de ressources tant financières qu’humaines sont allouées à cette problématique de santé publique.

Le thème de ce 1er décembre, Connais ton statut, est une invitation à accroître l’accessibilité du test de dépistage du VIH de façon à réduire la proportion de ceux qui ne connaissent pas leur statut (estimée à 20 %), à mettre les personnes séropositives au VIH sous traitement le plus rapidement possible de façon à ce que leur charge virale soit indétectable et, ultimement, à éradiquer le VIH. L’éradication ne saurait aboutir sans développer une étroite collaboration avec les autorités de santé publique et sans suivre une orientation commune : l’urgence d’agir auprès des personnes à risque en regard du VIH et des ITS en augmentant les ressources et en favorisant leur accessibilité.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.